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Etat Providence Participatif=société des participants - Page 4

  • La sociocratie pour réconcilier le je et le nous et réduire la surchauffe des égos.

    Le 9 Mai 2011 à Lyon, Gérard Endenburg tenait une conférence-débat organisée par le Centre Français de Sociocratie sur le thème de ... la sociocratie. J'y étais. Bien qu'il n'ait pas inventé le nom et sa signification, c'est Auguste Comte qui en est l'auteur, on peut lui attribuer la paternité de la mise en pratique d'un principe d'organisation sociale qui fait converger le respect de chacun avec la conduite du groupe. Cette conférence est pour moi la fin d'une étape de recherche de démocratie appliquée à l'entreprise (le terme est mal choisi et Auguste Comte l'aurait récusé, lui qui a construit le principe sociocratique par opposition à l'aristocratie et à la démocratie). Toute forme d'organisation peut d'ailleurs s'appuyer sur les principes développés par Endenburg. C'est, de mon point de vue, la forme d'organisation la plus aboutie que j'aie pu découvrir. De plus, elle s'inscrit naturellement dans le cours de mes recherches et de mes interrogations sur la façon de concilier démocratie et capacité de décision, de concilier le je et le nous.

    Gérard Endenburg est né en Hollande en 1933 et a eu la chance de faire partie de l'école Workplaats Community School érigée selon les principes du pédagogue Kees Boeke (1884-1966). Il raconte qu'au début qu'il y était vers ses 10 ans, il n'y avait rien dans cette école, même pas de professeur. Avec ses camarades, ils sont même allés jusqu'à fabriquer chaises et tables et c'est eux qui se sont débrouillés pour convaincre des professeurs de leur venir en aide. Cette histoire qui paraît assez incroyable est certainement fondatrice de la confiance en les capacités d'auto-organisation humaine dont la sociocratie de Gérard Endenburg fait preuve. Elle me rappelle un récit d'Albert Jacquard racontant comment en terminale, lui et ses camarades avaient réussi une de leurs meilleures années alors que leur professeure était complètement débutante, mais qu'elle avait su animer et stimuler leur auto-organisation en acceptant d'être aussi novice qu'eux. Après des études qui le conduisent à découvrir les systèmes et la cybernétique, Gérard Endenburg travaille comme ingénieur radar. Puis, il hérite de la direction de l'entreprise familiale. Je cite Wikipedia:

    En 1968, il prend la direction de l'entreprise familiale Endenburg Elektrotechniek en remplacement de son père. En 1970, atterré par les conflits permanents au sein du comité d'entreprise, il décide de stopper le développement économique de l'entreprise pour se consacrer à améliorer son organisation. Il invente alors la méthode sociocratique fondée sur le concept plus aucune objection argumentée d'aucune personne.

    La première observation qu'il fait, c'est que tous les systèmes complexes, et en particulier les systèmes vivants, répondent à trois fonctions: une commande, une réalisation et un contrôle asservi sur la commande. Plus l'information qui circule dans le système est fiable et accessible et meilleur est le fonctionnement.

    La seconde observation, c'est que tous les éléments fonctionnels d'un système ont la même valeur dans le sens où si l'un d'eux vient à défaillir, c'est le système entier qui est en panne. Il en tire la leçon que chaque personne de l'entreprise doit clairement avoir une place et donc voix aux décisions qui la concerne. Gérard Endenburg a beaucoup insisté sur ce point lors de sa conférence, sur le fait que chacun ait une place et qu'il le sache. La règle du consentement rend concrèt ce principe (Plus aucune objection argumentée d'aucune personne).

    La troisième observation, c'est que les fonctions d'un système complexe comme l'est une organisation humaine, s'organisent en sous-systèmes hiérarchisés. Une de ses collaboratrices a illustré cette réalité de la hiérarchie des fonctions en disant que si notre tête n'était pas entre nos jambes ce n'était pas par hasard. Gérard Endenburg recherche un système qui permette de gérer le pouvoir en évitant autant que possible l'abus de pouvoir.

    Il observe également qu'être créatif apporte des satisfactions, aussi bien sur un plan technique que sur un plan organisationnel, mais qu'en général il est donné à bien peu la possibilité d'exercer leur talent sur le plan organisationnel.

    A partir de ces observations, Gérard Endenburg a émis quatre règles de base:

    • 1)Le cercle sociocratique (Commande (ou orientation)/Réalisation (ou opération)/contrôle (ou mesure)), lieu de prise des décisions du domaine de compétence du cercle.
    • 2)Le consentement (le mode de prise de décision sociocratique), à ne pas confondre avec le consensus.
    • 3)Le double lien entre les niveaux hiérarchiques.
    • 4)L'élection sociocratique sans candidat (en général pour environ 2 ans).

    Un cercle sociocratique correspond à une fonction (direction de l'entreprise, atelier, service achats...), tout à fait comme cela existe déjà dans les entreprises. Les cercles hiérachiques plus élevés définissent et si besoin actualisent les domaines de compétences des cercles inférieurs, mais ensuite ils n'interviennent plus dans les processus de décisions des cercles inférieurs.

    Si, dans un laps de temps donné, le niveau n-1 ne réussit pas à prendre une décision concernant sa compétence, alors, c'est le niveau n qui la prendra. Dans la pratique, il semble que les acteurs du niveau n-1 trouvent toujours une solution par consentement à leurs différends. Le débat est centré sur les buts à atteindre et comment y parvenir moyennant argumentation et proposition. C'est ici que s'exprime une part des tensions qui apporte l'énergie créatrice de l'organisation sociocratique.

    Le double lien relie un cercle à son cercle supérieur par deux liens. Un des liens est incarné par le leader du cercle et l'autre lien est un rapporteur qui rend compte au cercle de la cohérence entre les décisions prises et les actes. Tous deux sont élus par le cercle, dans une procédure qui ne comporte pas de candidat. Le leader et le rapporteur font partie du cercle supérieur sans distinction de rôle.

    Un des points qu'a souligné Gerard Endenburg, c'est celui de la mesure, de l'évaluation de la cohérence entre ce qui est décidé et des effets. C'est un des points capitaux de cette sociocratie, parce qu'il fait de cette méthode autre chose qu'une simple idéologie, qu'une autre méthode de management en la dotant d'outils pragmatiques capables de réduire la distance entre dire et faire.

    Le cercle le plus élevé est le seul qui ne subisse pas la tension du niveau supérieur, sachant que s'il ne prend pas de décision (c'est déjà une décision), aucun cercle supérieur n'en prendra pour lui. En général , les actionnaires et la direction sont associés dans ce cercle de conseil d'administration. Les syndicats y sont bienvenus, mais refusent en général d'y participer, par crainte de perte d'autonomie. D'autres partenaires représentant l'extérieur vers lequel est tournée l'organisation peuvent aussi y participer. La mise en place de ce cercle est souvent le plus difficile, notamment en raison des relations capitalistes usuelles entre actionnaire tout-puissant et direction opérationnelle qui se retrouvent en sociocratie à parité en co-gestion (sinon pas de sociocratie possible).

    Voilà en quelques mots l'essentiel des principes d'une organisation sociocratique. Contrairement à l'autogestion radicale, la sociocratie ne fait pas l'impasse sur l'analyse fonctionnelle des systèmes et donne une place très importante aux mécanismes de décisions. Puisqu'en réalité, ce n'est pas en la niant qu'on peut éviter cette hiérarchisation (il suffit d'analyser dans toute organisation qui décide quoi et comment pour s'en rendre compte), autant que celle-ci soit le fruit d'élections et de décisions par consentement. Contrairement au management classique descendant, les décisions sont prises au plus bas niveau possible, au plus près de ceux qui ont à les mettre en oeuvre, c'est à dire selon un principe de subsidiarité. Il est important de noter que les éléments (cercles) du système ne doivent pas se contrôler mutuellement. Autrement dit, aucun cercle ne doit pouvoir imposer unilatérallement sa volonté aux autres. Enfin, la sociocratie met le plus grand soin à utiliser toute l'énergie du conflit et des désaccords pour les transmuter en énergie créatrice. Bien que chacun y ait sa place, nul n'est tenu de venir s'asseoir à la table des discussions et décisions sociocratiques, mais chacun comprend vite qu'il vaut mieux participer aux décisions qui le concerne.

    Après la mise en place des principes sociocratiques dans son entreprise, Gérard Endenburg l'a dirigée une dizaine d'années avant de disséminer avec succès son savoir faire un peu partout dans le monde, aussi bien à des entreprises qu'à d'autres organisations de tous types, vérifiant ainsi le caractère universel des principes qui gouvernet les organisations humaines et l'efficacité opérationnelle de son modèle. Certaines le pratiquent depuis plusieurs dizaines d'années avec une grande réussite.

    Est-ce que je m'avance beaucoup en disant que sur le long terme, Gérard Endenburg, grâce à cette clé de transformation des différends en énergie créatrice, et peut-être surtout avec l'attention portée à la mesure minimisant le délire idéologique, aura plus d'influence sur la vie et le bien être des travailleurs que Karl Marx qui a plutôt promu l'affrontement violent entre classes (quelques échanges sur le blog de Jean ZIN sur ce sujet)? C'est pourtant ce que je crois. Et vous, qu'en dites vous?

     

    Consensus et consentement

    Là où, pour agir, le consensus exige que tous les participants à une décision soient unanimes, le consentement se contente du fait qu’aucun membre n’y oppose d’objection raisonnable. Une objection est jugée raisonnable si elle bonifie la proposition à l’étude ou l’élimine complètement. L’objection n’est plus synonyme d’obstruction mais d’identification de limites, de tolérances qui deviennent les conditions de réalisation de la proposition. Le processus permet de faciliter l’identification de ces conditions et la mise en pratique des décisions. Une objection est une formulation d'une contradiction des choix en cours avec les objectifs poursuivis. Le consentement correspond à l'absence d'objection aux choix en cours.

    Une bonne décision est celle à laquelle personne n’oppose d’objection valable, c’est-à-dire une décision qui respecte les tolérances de ceux qui auront à vivre avec cette décision.

    Le principe du consentement consacre à la fois la responsabilité et le pouvoir de chacun d’exercer une influence sur son environnement de travail. Le consentement est un acquiescement. Ce respect inconditionnel des limites des personnes est un levier puissant pour garantir en retour leur participation et leur collaboration dans l’exécution des décisions. Ce mode de prise de décisions met l’accent sur la réflexion et l’écoute des arguments de chacun. Il favorise les discussions ouvertes et stimule la recherche de solutions créatives, il force la reconnaissance des besoins de l’autre. Cette façon de procéder élimine les situations gagnant/perdant qui minent constamment l’énergie des groupes et des organisations Toutes les réunions sont animées par un animateur élu par les membres du cercle.

     

    Reférence:

    La sociocratie par John A. Buck et Gérard Endenburg 2004, traduite en Français par Gilles Charest

    Groupe Solid Aire

    Auguste Comte, à qui on peut attribuer la paternité de la sociocratie, dans son catéchisme positiviste défend une vision politique de la sociocratie: "Nous venons donc ouvertement délivrer l'Occident d'une démocratie anarchique et d'une aristocratie rétrograde, pour constituer, autant que possible, une vraie socio­cratie, qui fasse sagement concourir à la commune régénération toutes les forces hu­mai­nes, toujours appliquées chacune suivant sa nature. En effet, nous, sociocrates, ne sommes pas davantage démocrates qu'aristocrates. A nos yeux, la respectable masse de ces deux partis opposés représente empiriquement, d'une part la solidarité, de l'autre la continuité, entre lesquelles le positivisme établit profondément une subor­di­nation nécessaire, rem­plaçant enfin leur déplorable antagonisme".

    La conception de la participation de DE Gaulle, rapportée par Olivier Berruyer, est très proche des principes qui sous-tendent la sociocratie d'Endenburg. La sociocratie apporte un plus de mise en oeuvre, une boîte à outils testée et validée par l'expérience, ce qui est tout autre chose qau'une simple idéologie de la participation.

    Une démarche sociocratique (qui ne dit pas encore son nom) au PS avec Marc Deluzet.

    Danone Communities et ses projets sociocratiques.

    Les Agilistes s'intéressent de près à la sociocratie.

    Une entreprise de fabrication de rillettes.

    L'Holacracy, une version TM (Trade Mark, Nom de Marque déposé) américaine un poil différente qui ne cite pas ses sources d'inspiration sociocratiques, Ah les américains, toujours à réinventer et se réapproprier l'eau chaude!

    La parresia par Michel Foucault mise en oeuvre dans le principe de protection de l'objection et de l'objecteur. En audio dans son cours du Collège de France de 1984: le courage de la vérité.

    La sociocratie par Eugène Fournière, un document détaillé sur la sociocratie théorique datant de 1910. Article très peu connu du monde de la sociocratie lui-même.

    Article en Copyheart

  • L'offre et la demande et le rapport de forces, ou l'argent va à l'argent.

    Prix ≡ Rapports de force = fonction (offre/demande, nombre d'acteurs, subventions, lois...)

    A la question "une économie sans marché est-elle possible?" ma réponse est non jusqu'à preuve du contraire, parce que je ne vois pas comment les innombrables microadaptations qui se font entre les échangeurs peuvent être efficacement remplacées par autre chose qu'un marché.

    A la question "l'offre et la demande conduisent-ils à une allocation des ressources et des prix équitables?" ma réponse est aussi non, elles conduisent à la concentration de l'offre et à la domination du marché par les plus gros, leur permettant ainsi d'imposer leur prix et plus (par exemple des projets de lois ou amendements au moyen des grosses agences de com qui se sont spécialisées dans le mélange des genres politiques+marchands). C'est connu depuis longtemps, d'où les lois anti-trust ou anti-monopole. Paul Jorion dans "Le prix", inspiré par Aristote et repris par Philippe Herlin met à jour le principe de la proportion diagonale, révolutionnant ainsi cette problématique de l'offre et la demande.

    Je propose une formulation d'un principe économique primordial (qui est l'inverse du poncif libéral qui postule l'efficience des marchés, c'est à dire que le marché s'équilibre au moyen de l'offre et de la demande et permet la meilleure allocation possible des ressources):

    L'équilibre des forces des acteurs sur un marché, c'est à dire qu'aucun ne le domine, est une condition NÉCESSAIRE (est-elle suffisante?) pour que la loi de l'offre et de la demande puisse être efficiente pour déterminer équitablement un prix  et une bonne allocation des ressources.

    Ce que j'attends donc du pouvoir politique en matière économique est en premier lieu de développer et mettre en oeuvre tous les moyens à sa disposition pour garantir au mieux l'équilibre entre les acteurs sur un marché. J'étends d'ailleurs cette requête au marché de l'emploi.

    Il serait nécessaire de tempérer cette activité régulatrice en la réservant aux produits et services pour lesquels on juge nécessaire de rééquilibrer les rapports de force, en transposant la fameuse préconisation de Montesquieu pour les lois: les régulations inutiles affaiblissent les régulations nécessaires. Ne serait-ce que par l'énergie de pouvoir public consommée dans cette action et par l'effet de dévalorisation de la régulation.

    Certains prix pourraient être encadrés par une fourchette. Le prix bas correspondrait au prix de subsistance du producteur majoré d'une plus-value raisonnable. Le prix haut correspondrait au prix de subsistance de l'acheteur minoré d'une plus value raisonnable pour l'acheteur. Ces prix haut et bas seraient régulièrement débattus pour être actualisés afin de prendre en compte les évolutions diverses dont la productivité. Un tel encadrement aurait l'avantage de donner une information sur les rapports de forces selon qu'on serait plus proches du prix haut ou du prix bas.

    Puisque les consommateurs se retrouvent souvent en infériorité, il me semble très important de développer et soutenir les procédures d'action de groupe" (Class action). On verra bien s'il faut revenir en arrière quand le rapport de force se sera inversé, s'il s'inverse. Puisque les médias jouent un grand rôle dans l'information, il me semble indispensable d'assurer l'indépendance des médias vis à vis des offreurs. Il me semble important de faire évoluer la définition de la propriété des entreprises, de façon à ce que l'argent pèse un peu moins et l'avis des employés ou collaborateurs un peu plus...c'est que le problème bien connu d'accumulation et de concentration du capital est le facteur de déséquilibre des acteurs le plus important. Et puis, il y a des activités pour lesquelles la concurrence n'est que difficilement envisageable comme le domaine nucléaire par exemple, les banques ou les routes. En outre personne ne doit pouvoir s'approprier le contrôle de la monnaie.

    Sur le marché de l'emploi, j'attends des mesures permettant de redistribuer énergiquement l'activité et ne plus tout attendre du principe Schumpeterien de destruction créatrice. C'est un des objets principaux de l'Etat Providence Participatif. C'est aussi l'objet d'une refonte fiscale opérant un transfert des prélèvements du travail vers les revenus et la consommation de façon à consolider le volet création d'emploi sans pour autant affaiblir les ressources de l'état social.

    Biblio sur la concentration des richesses privées, le livre monumental de Piketty sur le capital au XXIème siècle. Paru en 2013.

  • RSA contre 5h hebdo, du faux Etat Providence Participatif.

    Un projet de loi émanant de "la droite sociale" de Laurent Wauquiez vise à demander une contrepartie de 5h hebdo en travail social contre le RSA, arguant que l'assistanat est le cancer de la société française. Est-ce compatible avec l'Etat Providence Participatif (EPP)?

    Oui et non.

    • Oui, parce que c'est une façon d'apporter de la main d'oeuvre au domaine social qui en manque cruellement et ainsi de le développer.

     

    • Oui, parce que l'Etat-Providence ne peut pas tout et que rien n'est gratuit.

     

    • Non, parce que cette proposition stigmatise ceux qui sont déjà le plus en difficulté, alors que le projet de l'EPP vise au contraire à ce que chacun puisse avoir le choix, soit de contribuer en temps au travail social contre un abaissement de ses contributions en argent à l'Etat Providence, soit de contribuer en argent comme c'est le cas aujourd'hui. Cette façon de stigmatiser les plus en difficultés (noter le choix du terme d'assistanat plutôt que celui d'assistés) est bien dans la manière de la droite actuelle qui ne propose que des solutions simplistes ayant tendance à amplifier les divisions de la société alors que c'est de l'inverse dont on a le plus besoin. Interview de Nicolas Duvoux, auteur de "l'autonomie des assistés" PUF 2009 démontrant que le cancer serait plutôt le chômage de longue durée.

     

    • Non, parce que cette proposition ne crée aucune aspiration des inactifs vers le marché du travail, contrairement à la proposition de contrat mixte qui est un des piliers de l'EPP.

     

    • Non, parce que l'esprit et la méthode de l'état providence participatif est de permettre un développement de l'auto-organisation dans le domaine social. Le mode de fonctionnement le plus fréquent du domaine social est de prendre des décisions pour ceux qui sont en difficultés, augmentant encore leur dépendance et leur difficulté à participer aux choix qui les concernent. Bref, leur vie leur échappe et on ne trouve rien de mieux que de décider encore plus pour eux et à leur place, alors quil est possible de leur donner les moyens de reprendre le contrôle, de promouvoir l'auto-organisation. L'organisation sociocratique ou socio-organisation me semble particulièrement adaptée au domaine social, pour que nous ne considérions plus les personnes en difficulté comme des choses économiques pesantes, mais comme des personnes à part entière dont le dynamisme, le "je", compte. Je fais même le pari que cette approche est économiquement favorable.

     

    • Martin Hirsch pointe que cette proposition va conduire à ce que les obligés du RSA vont "piquer" des emplois à ceux qui sont payés pour faire ce travail social. C'est en effet ce qui risque de se produire. Pourquoi n'en serait-il pas de même avec l'EPP? Parce que dans le même temps, l'EPP créée des emplois dans le domaine productif par l'effet de redistribution d'activité (cf lien ci-dessus). Dans le schéma de l'EPP, tout le monde fait "du social" (ou cotise) et tout le monde fait "du productif".

    Voilà que Laurent Wauquiez remets ça en Octobre 2011 avec les logements sociaux qu'il propose d'attribuer en premier à ceux qui travaillent. J'imagine qu'il sert de poisson pilote à je ne sais quel requin?

    Novembre 2011: finalement, les 5h ou 7h sociales hebdo demandées aux titulaires du RSA seront payées, ce qui améliore sensiblement la proposition initiale qui voulait imposer ces heures contre le RSA. Il n'y a plus qu'à étendre cette possibilité à tous (chômeurs, titulaires d'un emploi...) pour que cette proposition se rapproche de l'Etat Providence Participatif et ne stigmatise pas une population déjà en grande difficulté.

    Décembre 2011. Le discours de Laurent Wauqiez qui s'appuie sur son essai sur "La lutte des classes moyennes" me semble se rapprocher beaucoup des thèses que je défends ici (Autonomie, participation, contribution, offrir une place plutôt que se contenter d'une allocation...) et de ce fait s'éloigne des thèses de la droite-prison (j'ai lu ce terme de droite-prison sous la plume de Nicolas Bedos et je trouve qu'il répond assez bien à celui de gauche bobo). La droite-prison, c'est la droite parano qui stigmatise les uns (les plus faibles), parle d'assistanat plutôt que d'assistance, veut surveiller et punir... Toutefois, Laurent Wauquiez n'en est pas encore à faire le pas de mettre le faible au centre de sa réflexion politique, il s'agit de droite sociale qui porte en elle la contradiction idéologique suivante: elle créé les conditions de l'assistanat en mettant la force et le fort au centre de ses préoccupations tout en croyant pouvoir faire une place à chacun. Encore un petit effort Monsieur Wauquiez, mais je vais suivre votre parcours de près pour les années à venir par curiosité, pour voir l'effet de cette contradiction sur, soit vos contorsions pour vivre avec, soit votre changement de paradigme afin de résoudre cette contradiction.

    ATD quart-Monde tord le cou aux idées reçues sur l'assistanat, les fraudes aux prestations, la pauvreté... de quoi largement décrédibiliser les thèses de la droite sociale.

  • Arnaud Montebourg propose un capitalisme coopératif et mutualiste, moi, j'aimerais bien qu'il devienne sociocrate!

    Note incertaine sur le passé et l'avenir incertain de la chimérique autogestion

     

    Dans ses propositions "Des idées et des rêves", Arnaud Montebourg propose de recoudre les capitaux avec le projet d'entreprise au moyen de la promotion d'un capitalisme coopératif et mutualiste. Il s'approche des projets de l'autogestion sans pour autant renoncer à toute hiérarchie, c'est à dire à tout moyen efficace de prendre des décisions. Toutefois, son projet n'est pas très clair. En effet, il veut d'un côté promouvoir les structures autogestionnaires classiques sans pour autant produire une analyse des raisons pour lesquelles l'idéologie autogestionnaire radicale s'est évanouie après l'embellie des années 70 sans embrayer sur des réalisations et pourquoi elle a été abandonnée par les politiques qui soutenaient l'autogestion (M. Rocard par exemple). D'un autre côté, il ne remet pas vraiment en cause le capitalisme tel qu'il est.

    Je le cite:

    "... je propose de changer notre pensée de l’entreprise et de retrouver les valeurs de la création de richesses, de savoir-faire et de bien-être, perdues par le management néolibéral. Si le cours de l'action n'était plus l'indicateur unique de la réussite des dirigeants, alors l'entreprise retrouverait le sens du long terme (investissement, équilibre entre revenus salariaux et dividendes). Si les salariés étaient parties prenantes des décisions, de nouvelles relations au travail pourraient émerger. Pour bâtir cette entreprise nouvelle, je propose de développer la palette de solutions offertes par le capitalisme coopératif. Je ne propose pas de généraliser ce mode d’exploitation et de remplacer le CAC 40 par des phalanstères. Je ne suis pas un révolutionnaire qui proposerait que la totalité de la propriété soit transmise aux salariés ou que soit abolie toute hiérarchie dans les entreprises. Non, l’économie a besoin d’entrepreneurs, de personnes qui prennent des décisions économiques risquées et qui en portent la responsabilité."

    Dans un billet sur la domination, pour quoi faire?  je proposais que la gauche se penche de plus près sur les fonctionnalités des hiérarchies et sorte de l'utopie d'une autogestion radicale impuissante. Si j'applaudis donc à ce pas conceptuel à gauche que tente Montebourg et qui me semble être très porteur et promettre de renouveler l'autogestion au PS après une éclipse de près de 20 ans, Je regrette que l'analyse de l'échec de l'autogestion n'ait pas été faite, ce qui aurait peut-être permis de la dépasser. Quand les Lip ont eu l'occasion d'une reprise type coopérative, ce n'est pas l'option qu'ils ont choisi, ce qui en dit long sur le fantasme du désir d'autogestion*. Les bonnes intentions finissent au mieux dans l'oubli ou se terminent au pire en enfer quand elles ne sont pas éprouvées.

    Paul Jorion dans "Le prix" édité en 2010  propose un autre partage du risque, il propose de défaire le lien entre propriété et action qui selon lui n'aurait jamais dû exister. "Dans le cas d’actions, l’actionnaire devient en même temps propriétaire de l’entreprise, un changement juridique qui n’aurait jamais dû intervenir. Sinon le prêteur est simplement celui qui consent des avances dans une logique de métayage."

    Nous pourrions aussi nous intéresser aux réalisations de la sociocratie, dont la pratique semble pouvoir couvrir tout type d'organisation dans le respect de chacun et s'apparenter à une version "terrestre" de la démocratie en entreprise.

    *Manuel Domergue aux 4ème débats interactifs de l'Adels le 4/12/2004: "...il semble que le socialisme autogestionnaire des années 70 soit resté essentiellement à l’état de discours, sans recouvrir une réalité sociologique significative. Cette mode intellectuelle serait donc restée éphémère car elle n’était pas partagée par la base, et n’a pas réussi à innerver la société en profondeur. Même les célèbres «  Lip », les fabricants de montre de Besançon qui ont fait tourner leur usine illégalement pendant une grève, derrière leur slogan « On fabrique, on vend, on se paie », ne réclamaient pas vraiment l’autogestion de leur entreprise. Lors de leur premier conflit, en 1973, pour contester un plan de restructuration, ils cherchaient un repreneur, et ont rejeté les propositions de reprise en coopérative. Bref, à l’époque, on a fabriqué de l’utopie, elle s’est bien vendue, mais on s’est payé de mots."

     

    Avis de François Berger sur les SCOP, PDG de Technique Topo, SCOP 5/01/2012. Noter sa remarque importante sur le système de décision qui semble efficace.

  • La démocratie est sensible

    La chronique "les idées claires" de Julie CLARINI intitulée "la démocratie est sensible"est centrée sur le "care" et "l'empowerment" (L'Etat-Providence Participatif serait quand même plus joli! Décidément il devient urgent de trouver notre vocabulaire propre pour parler de ces questions) . Cette chronique fait écho au livre "Pour changer de civilisation" que Martine AUBRY publie chez Odile Jacob. Il s'agit en fait d'un livre à plusieurs mains puisque 50 chercheurs et citoyens y ont participé. Ce livre fait une place importante au principal objet de ce blog, à savoir, redistribuer l'activité en organisant le pôle social par le bas+le haut plutôt que seulement par le haut (l'état providence ne peut pas tout en somme). Je ne vais pas bouder ce livre qui montre que Martine AUBRY a de la suite dans les idées et qu'elle ne s'est pas laissée impressionner par le flop de son lancement de "la société du soin mutuel" du début 2010. Elle a d'ailleurs pris soin de juxtaposer soin et respect, sans doute en réponse à l'opposition artificielle qu'Attali fait entre ces deux termes dans un des articles sur son blog: le soin ou le respect?

    Le quatrième de couverture ne dit pas grand chose si ce n'est des idées générales, je ferais un billet plus détaillé quand j'aurais lu ce livre. Pour le moment, je m'en tiens à la chronique de Julie CLARINI.

    Les auteurs de ce livre:

    Martine Aubry avec Philippe AIGRAIN, Philippe ASKENAZY, Maya BACACHE-BEAUVALLET, Olivier BEAUD, Ulrich BECK, Alain BERGOUNIOUX, Loïc BLONDIAUX, Serge BOSSINI, Dominique BOURG, Laurent BOUVET, Juan BRANCO-LOPEZ, Fabienne BRUGÈRE, Alain CAILLÉ, Daniel COHEN, Stefan COLLIGNON, Marie DURU-BELLAT, Guillaume DUVAL, Catherine FIESCHI, Frédéric GILLI, Serge GUÉRIN, Stéphane HALLEGATTE, Françoise HÉRITIER, Ernst HILLEBRAND, Romain HURET, Daniel KAPLAN, Djamel KLOUCHE, Guillaume LE BLANC, Jacques LÉVY, Guillaume LIEGEY, Yves LION, Paul MAGNETTE, Vincent MICHELOT, Laurent MUCHIELLI, Arthur MULLER , Christian PAUL, Dominique PERRAULT, Camille PEUGNY, Thomas PIKETTY, Vincent PONS, Pierre ROSANVALLON, Saskia SASSEN, Patrick SAVIDAN, Jean-Michel SEVERINO, Henri STERDYNIAK, François TADDEI, Vincent TIBERJ, François VATIN, Emmanuel WALLON, Henri WEBER, Patrick WEIL, Michel WIEVIORKA et Faïza ZEROUALA.

     

    Je relève le texte de Serge Guérin "Les révolutions de l'âge, un levier pour rajeunir l'action publique" qui révèle une position politique très proche de celle que je développe ici. Je me demande comment j'ai pu passer à côté de cet auteur.

  • TVA-CICU impôt indirect à injustice ajustable.

    Ou comment stimuler l'emploi sans affaiblir l'état social.

    La TVA a la réputation d'être l'impôt le plus injuste parce qu'il n'est pas progressif. Toutefois, si on y songe, tous les prélèvements (prélèvements sociaux et impôts divers) qui sont faits sur le travail se retrouvent intégralement dans les biens et services sans que la moindre progressivité puisse intervenir. Que vous ayez des hauts ou des bas revenus, si vous achetez une table fabriquée en France, par exemple, son prix sera le même et la proportion d'impôts et cotisations diverses que son prix intègre sera le même (A ne pas confondre avec la progressivité des prélèvements sociaux  employeur sur les salaires qui a un léger rôle vis à vis de la compétitivité et vis à vis de la quantité globale de prélèvements incorporés dans les produits). Vouloir taxer le travail ou les entreprises revient donc à militer pour un mode de prélèvements sans la moindre possibilité de progressivité. Le seul résultat qui est obtenu à vouloir s'acharner à taxer le travail (en ayant comme ligne de mire les patrons, peut-être un résidu de la lutte des classes ou un avatar des suites de la dernière guerre et de la décision du CNR d'écarter les patrons de la négociation?), c'est une moindre compétitivité à l'export, sur le marché interne et une plus grande difficulté à créer et maintenir une entreprise. C'est donc au bout du compte faire un choix très contre-productif pour l'emploi (puisqu'en plus des impôts, les cotisations sociales alourdissent le coût du travail, ce qui incite à acheter une machine ou délocaliser plutôt qu'embaucher). D'autre part, la TVA sociale élargit le cercle des contributeurs sociaux en l'étendant notamment aux rentiers (très facile à déduire de ce graphiques d'Olivier Berruyer sur les contributions en France, tranche P90-P100 et plus particulièrement tranche de revenu P98-P100), ce qui réduit donc mécaniquement la pression sur les autres. Si on ne peut "euthanasier les rentiers", selon la formule choc de Keynes, au moins peut-on les faire contribuer plus à l'état social et à la mise en place pratique de notre contrat social reposant en partie sur l'article 13 de notre déclaration.

    Ceci étant démontré, décharger massivement (voire complètement) l'entreprise et charger la consommation au moyen de la TVA (TVA+TVA sociale) ne modifiera que le prix des produits importés (ou la marge des importateurs qui devront s'adapter à la situation) mais pas celui des produits fabriqués en France (c'est le gain de compétitivité, et à condition que le SMIC et les salaires soient revalorisés à hauteur de la réduction de charges sur l'entreprise lors du changement de mode fiscal). La TVA n'est pas progressive et les bas revenus n'y trouveront pas leur compte. Le CICU (crédit d'impôt sur la consommation unique) que je propose apportera la progressivité qui manque à la TVA. Il sera calculé de façon à rembourser une part importante de la TVA payée par ceux qui ont les revenus les plus modestes (ajustable suivant la couleur politique). Alain Godard fait un premier calcul d'un montant possible du CICU=CPPP, malheureusement sans replacer l'augmentation de TVA dans le cadre d'un transfert massif des prélèvements de l'entreprise vers la consommation.

    De même que les propositions de remises à plat des impôts directs sur les revenus sont discutés (cf par exemple la proposition de Piketti en ligne), afin qu'ils puissent à nouveau jouer leur rôle de correction des inégalités, le dispositif TVA-CICU pourrait redonner le moyen de gérer efficacement une politique de consommation/production. Les taux de TVA pourraient y être ajustés dans le but de favoriser les produits s'inscrivant dans une politique d'économie durable, par exemple selon le modèle de la TVAC (Circulaire) ou toute autre politique, par exemple l'ensemble tourisme-écoagriculture-gastronomie qui serait particulièrement porteur pour la France.

    Pour plus de détails sur la TVA je recommande particulièrement ce billet très détaillé émanant d'un spécialiste de gauche de l'entreprise (c'est assez rare) et de la fiscalité.

    Il va de soi que toute politique qui viserait à introduire la TVA sociale dans le cadre d'un transfert des prélèvements du travail vers la consommation se heurtera à une forte résistance de toutes les parties prenantes de notre système paritaire de gestion des caisses solidaires, puisqu'une telle modification de notre fiscalité déplacerait la gestion de la solidarité vers le budget, c'est-à-dire sous le contrôle des députés et du gouvernement et non plus sous le contrôle des organismes paritaires actuels (qui de fait aujourd'hui, n’ont plus aucun rôle, puisque l’État finit toujours par imposer ses choix, comme on l’a vu encore récemment avec les retraites). On pourrait cependant aider les syndicats à retrouver le rôle social qu’ils ont perdu par rapport au monde du travail, en prenant exemple sur ce qui se passe au Danemark et en leur accordant une grande place au Conseil économique et social qu’ils n’ont pas aujourd’hui. La situation actuelle place les défenseurs de la solidarité dans une situation paradoxale : défendre les caisses de solidarité (et les places qu’ils ont dans les directions paritaires) au détriment de l'emploi. C'est un des nœuds paradoxaux que la TVA sociale se propose de résoudre, le CICU (ou tout autre moyen de redistribution des richesses) apportant le moyen de rendre la TVA progressive d'une façon très simple.

    Régulateur fiscal Européen

    L'harmonisation fiscale Européenne est à faire. Est-ce qu'il serait possible de réaliser cette harmonisation à partir de trois facteurs: la balance des échanges (E), le taux de prélèvements sur les citoyens (TPC) et le taux de prélèvements sur l'entreprise (TPE). On ne rentrerait pas dans le détail des PC et des PE, ni de leur volume, à chaque pays de s'organiser, de façon à respecter le principe de subsidiarité. Dans le cas ou E>0, comme pour l'Allemagne, le parlement Européen déciderait alors de réduire le TPC et d'augmenter le TPE de l'Allemagne. Dans le cas de E<0 , comme pour la France, le parlement Européen imposerait à la France de réduire son TPE et d'augmenter son TPC. le volume de prélèvement global resterait à l'appréciation de chaque pays. La monnaie commune ne permet pas d'équilibrer les économies de la zône Euro, mais ce principe d'harmonisation fiscale le permettrait, sans pour autant toucher à la souveraineté de chaque pays en matière d'organisation.Mais encore faudrait-il que l'impôsition sur les entreprises puise être maîtrisée de façon équitable entre les petites et les grandes, ce qui est très loin d'être le cas.

    La proposition de crédit d'impôt unique par enfant pour remplacer le Quotient familial est de la même veine que le CICU. Explications de Christian Chavagneux. La défense du QF bien argumentée d'Arnaud Parienty.

    L'idée du CICU pourrait avantageusement (plus cohérent) être replacée dans le cadre général de Crédit d'Impôt Universel (CIU), c'est à dire dans le cadre de l'IR progressif pour gérer les inégalités. En définitive, on ne pourrait avantageusement allouer cette CIU qu'au 1/3 des plus bas revenus sans qu'elle perde son sens (P0-P30). Cette approche converge avec les thèses de revenu d'existence ou mieux de revenu garanti.


    Additif du 28 nov 2012 concernant l'évasion fiscale au moyen du "déficit reportable" (limité depuis 2011 à 1M€):

    Philippe Meyer cite KFC et d'autres marques très rentables qui ne paient pas d'impôts sur les sociétés en utilisant cette méthode des déficits reportables qui semble vraiment très simple. Les filiales de KFC françaises et bien d'autres sont en déficit, dit déficit reportable, alors qu'elles sont très très rentables, mais paient des droits d'usage de la marque à la maison mère domiciliée dans des paradis fiscaux (Ph Meyer mélange le déficit reportable avec les redevances qui font partie de l'arsenal d'optimisation fiscale dite de "tax planning" des multinationales) . Encore une bonne raison de se servir de la TVA+IR, beaucoup plus simple et à effet immédiat que l'acharnement à compter sur une harmonisation fiscale introuvable que prône Attac par exemple.

  • L'autoentreprise pour conjurer la phobie anti-patrons

    Le CNR (Conseil National de la Résistance) avait banni les patrons des négociations qui donnèrent naissance à leur programme parce qu'un bon nombre de patrons s'étaient corrompus pendant la guerre en collaborant avec l'ennemi. Il n'est pas impossible que, malgré le temps, nous n'ayons toujours pas vraiment réglé nos comptes vis à vis du patronnat si on en juge par notre syndicalisme de combat qui voit dans le patron l'ennemi à abattre, mis à part quelques tentatives de la CFDT qui endosse souvent à son corps défendant le costume de traitre, de bouc émissaire.

    François Mitterrand avait tenté de nous réconcilier avec les patrons et l'entreprise en faisant appel à notre Nanar national. Le résultat est plus que mitigé et nous avons quelques difficultés à nous vivre autrement qu'en damnés de la terre. Il faut dire que ce ne sont pas les parachutes dorés, les stock options, les bonus et autres gratifications pour privilégiés qui nous auront aidé à surmonter notre handicap.

    Une tentative actuelle porte en elle les moyens de dépasser le passé. Il s'agit de l'auto-entreprise. Son succès est tel qu'elle initie un très grand nombre de personnes à la réalisation d'un projet d'entrepise personnel, à être pleinement acteur de son travail, et à quitter ainsi le statut d'employé, à se déprolétariser. Cette possibilité est beaucoup plus importante que le réel impact économique immédiat. Il faudrait pourtant que cette remarquable disposition ne soit pas sabotée par des complications fiscales décourageantes comme peut l'être la CFE pour une autoentreprise qui n'a pas encore fait de chiffre d'affaire. Je milite pour que le plus grand soin soit apporté à ce que les bourgeons que sont les autoentreprises ne soient pas gelés prématurément par des charges et pour ainsi en finir avec notre syndrôme national anti-patrons.

    Il ne s'agit pas ici de proposer un travail psychologique comme pourrait accomplir une personne qui aurait subit un traumatisme. L'idée, c'est que nous nous serions organisés à partir de ce rejet des patrons. De proche en proche, nos corps intermédiaires se seraient construits avec ce rejet, ce qui fait qu'il serait toujours présent d'une certaine façon. Comment pouvons nous être pour l'emploi et continuer à défendre nos systèmes de retraites par répartition alors qu'un système de retraites par points serait mieux adapté, être contre une TVAS et soutenir un système fiscal qui pénalise autant l'emploi? L'autoentreprise ne représenterait donc pas seulement la possibilité de créer une nouvelle activité sans prendre trop de risques, mais elle porterait aussi en elle le potentiel de rénover notre état-social, de débloquer la société (Echo à "La société bloquée" du sociologue Michel Crozier).

  • La gratuité ou le paradoxe de la sainteté.

    "Désintéressé et fier de l'être", cette expression contient et exprime tout le paradoxe de la gratuité.

    Lors de l'élaboration de l'Etat Providence Participatif, il m'avait semblé qu'une source d'énergie qui faisait fonctionner les humains et sur laquelle on pouvait compter était la reconnaissance. Je ne parle pas ici de la reconnaissance de ce que l'on est, de la reconnaissance identitaire, mais de la reconnaissance de ce que l'on fait, la gratification qu'on peut recevoir en échange de l'énergie qu'on dépense pour la collectivité. Sans le savoir, j'avais pris une option qui s'inscrivait dans le courant solidariste laïc de Léon Bourgeois et de ce fait, je me suis trouvé en opposition avec les tenants de la gratuité. Pendant le débat qui a précédé celui où je participais et qui s'intitulait "Le care et la critique des inégalités" avec Alice Le Goff et Marie Garrau, un des auditeurs a clairement relevé cette opposition entre gratuité et reconnaissance qui parcourait les deux approches du travail social.

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  • Division sexuelle du travail et Etat Providence Participatif

    Lors de Citéphilo, il a été pointé que les tâches relevant du care étaient majoritairement effectuées par des femmes. Est-ce que l'Etat Providence Participatif (EPP) peut aider à établir plus de parité?

    Voici 5 solutions différentes d'évolution possible des activités sociales:

    1. Faire revenir les femmes au foyer. Cette solution permet de résoudre à la fois le problème du chômage et le problème des crèches et une partie du maintien à domicile des personnes âgées. Outre qu'il reste quand même pas mal de domaines du care qui ne sont pas couverts, je suis bien certain que les femmes ne sont pas trop d'accord, parce que le travail est le plus fort outil de leur émancipation et qu'elles auraient bien tort de vouloir revenir en arrière. Et puis, avec seulement deux enfants, c'est un peu difficile à justifier. Cette voie ne crée aucune dynamique nouvelle de développement du domaine social. Imagine t'on le secteur productif seulement occupé par des TPE de deux personnes? Si certains rêvent nostalgiquement à cette solution qui ne s'inscrit pas dans l'histoire ce n'est pas mon cas.                                                                                                                                                                                                                                                                          
    2.  Renforcer l'Etat Providence. Mon intuition, c'est qu'une fois un certain niveau d'Etat Providence mis en place, on ne gagne plus rien à l'intensifier qu'une bureaucratisation. L'Etat Providence ne peut pas tout, c'est une question de distance entre les centres de décision et les besoins, c'est une question de rigidité et c'est une question d'initiative et d'appropriation. Je ne dispose toutefois pas d'étude pour appuyer correctement ce point que je mettrais à jour en fonction de ce que je vais trouver sur ce sujet (appel à contribution).                                                                                                                                                                                                                                        
    3.  Réduire l'Etat Providence et ne rien mettre à la place. C'est l'option actuelle qu'on pourrait appeler le choix de la société d'agression mutuelle. Il faut en même temps prévoir d'agrandir les prisons et accroître le nombre de juristes. On peut aussi s'attendre à ce que des communautés se redéveloppent. Mais en France, on a perdu la main, Lechapellier est passé par là, et le réapprentissage communautaire risque d'être très difficile. C'est un choix régressif que je ne respecte pas, mais c'est un choix possible. Dans cette option, les femmes sont fortement mises à contribution en ce qui concerne les tâches sociales, soit dans le cadre de la famille, soit dans un cadre communautaire.            .                                                                                                                                                                                                                                                                  
    4. Laisser la logique productive (marchande disent certains) occuper le terrain de ce soi-disant nouvel eldorado de l'emploi. C’est le CESU (chèque emploi service universel). Je recommande vivement la lecture du livre de Denis Clerc sur « La France des travailleurs pauvres » sorti en 2008. Le constat est accablant, les vulnérables, et en grande majorité des femmes s’occupent d’encore plus vulnérables qu’eux. Il s'agit d'une solution inadaptée parce que ses critères productifs ne s'y appliquent pas bien et parce qu'ils renforcent la division sexuelle du travail au détriment des femmes.                                                                                                                                                                                                                                                 
    5. Développer un domaine social en partie autonome. L'EPP est un projet de cette espèce. Inutile que je vous dise que c'est celui que je soutiens tant je lui vois d'avantages vis à vis des autres solutions. Mais plus particulièrement vis à vis de la division sexuelle du travail. En effet, l'EPP a pris acte d'emblée du fait que les femmes sont au travail. Le contrat de travail mixte (bien nommé dans ce cas) ne fait aucune différence entre les sexes, il propose que chacun d'entre nous, homme ou femme, puisse passer 10 à 20% de son temps actif reconnu dans une entité du domaine social. Cette entité sociale pourra être publique ou privée, de même que c'est le cas du domaine productif. Si ma préférence va pour des modèles d'entités auto-organisées pour la plupart de ces activités(Associations, SCIC...), on pourra y trouver des activités coordonnées nationalement comme c'est le cas des sapeurs pompiers volontaires.

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  • Les sapeurs pompiers volontaires au secours du care

    Les sapeurs pompiers sont des acteurs du care d’un type un peu particulier, majoritairement masculins, mais ils répondent à tous les critères qui définissent le care. Selon la loi n° 2004-811 du 13 août 2004 leur mission de sécurité civile consiste à assurer « la prévention des risques de toute nature, l’information et l’alerte des populations ainsi que la protection des personnes, des biens et de l’environnement contre les accidents, les sinistres et les catastrophes par la préparation et la mise en œuvre de mesures et de moyens appropriés relevant de l’État, des collectivités territoriales et des autres personnes publiques ou privées ». La distance de cette définition à celle que donne Joan Tronto du care est faible: Le care est « une activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer notre « monde », de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde comprend nos corps, nous-mêmes et notre environnement, tous éléments que nous cherchons à relier en un réseau complexe, en soutien à la vie » (p. 143 de son livre, Moral Boundaries : a Political Argument for an Ethic of care, publié en 1993, traduit en français sous le titre, Un monde vulnérable, pour une politique du care).

    Un projet de loi visant à définir et protéger le statut de SPV a été déposé le 18 novembre 2010 sous le numéro 2977 par le député «rural» Pierre MOREL-A-L’HUISSIER, soutenu par une cinquantaine de députés UMP. Le dossier législatif. La loi votée en 2011.

     Le texte exposant la motivation du projet de loi est un peu long, mais il mérite d’être cité in extenso, car il montre à quel point les principes de solidarité qui définissent notre pacte social traversent notre clivage politique gauche-droite et à quel point ce domaine de la solidarité a besoin d’évoluer et d’exister légalement:

    EXPOSÉ DES MOTIFS

    MESDAMES, MESSIEURS,

     La loi n° 2004-811 du 13 août 2004 a défini la sécurité civile comme ayant pour « objet la prévention des risques de toute nature, l’information et l’alerte des populations ainsi que la protection des personnes, des biens et de l’environnement contre les accidents, les sinistres et les catastrophes par la préparation et la mise en œuvre de mesures et de moyens appropriés relevant de l’État, des collectivités territoriales et des autres personnes publiques ou privées ». Elle a en outre clairement rappelé que les missions qui en relèvent « sont assurées principalement par les sapeurs-pompiers professionnels et volontaires des services d’incendie et de secours ».

     Ces principes concrétisent ainsi une véritable originalité dans les compétences conférées aux pouvoirs publics, en confirmant la sécurité civile comme une compétence partagée entre l’État et les collectivités territoriales, qu’il s’agisse des missions accomplies au quotidien (secours de proximité, secours à personnes, etc.), de la gestion des grandes catastrophes (tempêtes, inondations, grands incendies…), des moyens matériels et des moyens humains.

     Plus particulièrement, les secours et la lutte contre les incendies dans notre pays sont majoritairement assurés par les services départementaux d’incendie et de secours (3,65 millions d’interventions en 2009 sur un total de 4,25 millions, 11 644 interventions par jour soit 1 toutes les 7,4 secondes), auxquels il convient d’ajouter les corps communaux et intercommunaux de sapeurs-pompiers, qui disposent de sapeurs-pompiers professionnels (40 100) et de sapeurs-pompiers volontaires (196 800 en 2009, 207 000 en 2004), lesquels accomplissent leurs missions en pleine complémentarité. Ce sont ainsi 3 077 500 victimes qui ont été prises en charge en 2009.

    Ce rapide exposé permet tout à la fois de constater toute l’importance pour notre Nation de disposer d’une organisation adaptée et efficace en matière de sécurité civile et plus précisément de secours, mais également toute la place occupée au quotidien dans la sauvegarde et la protection des populations par les sapeurs-pompiers volontaires (79 % des sapeurspompiers, 96 % des personnels du service de santé et de secours médical, 68 % du temps passé en intervention, 80 % dans les zones rurales), lesquels, sans oublier tous les autres acteurs impliqués, constituent bien la première force mobilisable en tout point de notre territoire pour répondre aux obligations d’assistance et de solidarité qu’imposent le contrat social et les valeurs républicaines que nous partageons.

    Par ailleurs, chacun reconnaît également que l’évolution et les contraintes de nos sociétés modernes, qu’elles soient sociale, économique, démographique ou territoriale notamment (désertification rurale, mouvements vers les zones périurbaines, éloignement entre le domicile et le lieu de travail, concurrence internationale et rentabilité économique, place et développement de l’individu et de la famille, etc. ), rendent de plus en plus difficile l’expression de ces valeurs, la participation citoyenne au service de la communauté.

    Et ces valeurs républicaines, cette participation citoyenne, justement, sont l’essence, le fondement même du volontariat dans les corps de sapeurs-pompiers : don de soi, engagement désintéressé au profit de la communauté, volonté de rendre service, primauté de l’intérêt collectif sur l’intérêt personnel, solidarité et esprit de corps.

    Néanmoins, malgré de nombreuses mesures ou initiatives, nationales ou locales, prises en faveur du volontariat, ce dernier reste confronté à d’importantes difficultés, rendant de plus en plus compliqué son exercice, de plus en plus problématique son développement.

    Afin de mieux appréhender la complexité de cet environnement et d’actualiser la connaissance du volontariat en France, et ainsi mieux rechercher et dégager les solutions les plus adaptées, le ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités locales a décidé et annoncé le 4 octobre 2008 à l’occasion du congrès annuel de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, la mise en place d’une commission « ambition volontariat » chargée de travailler de manière prospective sur tous les aspects du volontariat chez les sapeurs-pompiers.

    Installée le 2 avril 2009, cette commission, présidée par M. Luc Ferry, ancien ministre, et composée de représentants des services de l’État, des élus, des sapeurs-pompiers, des organisations du monde du travail et d’universitaires a examiné successivement les problématiques du volontariat selon six grands thèmes : les valeurs républicaines, les liens avec le territoire, la jeunesse, la famille, les relations avec les entreprises et la formation.

    Complétée par une étude externe sur la sociologie du volontariat chez les sapeurs-pompiers, menée par l’équipe « Mana Larès », les travaux de cette commission ont abouti à un rapport remis le 17 septembre 2009 au ministre de l’intérieur.

     

    Ce rapport, après avoir rappelé le contexte dans lequel servent les sapeurs-pompiers volontaires et les importantes évolutions qui l’ont marqué depuis une vingtaine d’années, présente une série de recommandations et de propositions regroupées en trois grands domaines :

    le management des sapeurs-pompiers volontaires, management qui englobe aussi bien leur recrutement, le suivi de leurs activités et de leur disponibilité ainsi que les relations avec les employeurs ;

    – la formation, sujet sensible en termes d’exigences et de programmation des activités

    – la reconnaissance de l’engagement des volontaires, facteur essentiel de leur fidélisation.

    Il propose enfin des mesures plus générales, de portée législative, visant à clarifier et à conforter la place du volontariat dans notre dispositif de sécurité civile, lesquelles sont la source de la présente proposition.

    Prolongeant ces premiers travaux d’analyse importants, un groupe de travail a été constitué dès décembre 2009 afin cette fois de préciser les mesures concrètes à mettre en œuvre. Plus précisément, il était chargé de mobiliser l’ensemble des partenaires, de traduire le rapport de la commission « ambition volontariat » en termes d’objectifs, de mener les réformes nécessaires et de mettre en place les indicateurs d’action et de résultat.

    De tous ces échanges et débats, tout au long de ces dix derniers mois, se confirme l’existence de nombreuses et diverses difficultés auxquelles est confronté le volontariat (directive européenne relative au temps de travail, problème de disponibilité notamment des personnels des services publics locaux, sollicitation de plus en plus forte, problème d’effectif en journée, problèmes en milieu rural et rurbain, contraintes professionnelles ou familiales, importante rotation des effectifs, amélioration lente de la fidélisation) et il importe à présent d’apporter des éléments de réponses, des solutions.

    Si toutes les mesures ou actions qu’il convient à présent de prendre en compte ne relèvent pas du domaine législatif, en revanche, force est de constater la nécessité d’y avoir recours sur certains points essentiels, pour la pérennité du volontariat lui-même, mais aussi pour la sécurité civile.

    En effet, la législation européenne actuelle sur le temps de travail et sa jurisprudence font peser sur l’activité de sapeur-pompier volontaire un risque sérieux de requalification, en reconnaissant au sapeur-pompier volontaire la qualité de travailleur, conduisant alors à une application de règles relevant de la législation du travail, et notamment l’obligation d’un repos quotidien, aux conséquences dramatiques pour son existence comme pour celle de notre modèle de sécurité civile. Il appartient certes aux institutions européennes d’apporter des solutions, mais le législateur national doit lui aussi intervenir et reste compétent pour clarifier cette question.

    Jamais jusqu’à aujourd’hui, le Parlement n’a eu l’opportunité de consacrer l’activité de sapeur-pompier volontaire, le sapeur-pompier volontaire lui-même, comme il est depuis toujours, comme il est tous les jours, c’est-à-dire de reconnaître sa vraie et juste nature, d’inscrire dans la loi que l’activité de sapeur-pompier volontaire est bien une participation citoyenne active aux missions de sécurité civile, et non une activité professionnelle, quelle qu’elle soit. Toujours assimilé, soit à un agent public, soit un collaborateur occasionnel, situations juridiques inadaptées à sa réalité, il ne fait pourtant aucun doute que ses particularités et son originalité l’en éloignent.

    Cette reconnaissance et cette affirmation de l’engagement citoyen en qualité de sapeur-pompier volontaire qu’il est demandé au législateur d’inscrire dans la loi sont bien là le cœur même de cette proposition de loi, et marqueront de leur empreinte solennelle la véritable ambition pour le volontariat d’aujourd’hui et de demain en apportant un cadre juridique protecteur à cet engagement. Par la même, il s’agit bien aussi de renforcer et de consolider la complémentarité entre sapeurs-pompiers professionnels et volontaires qui, avec les principes de subsidiarité et de compétence de sécurité civile partagée entre l’État et les collectivités territoriales, fonde toute l’originalité et l’efficacité du modèle français d’organisation et de gestion des secours.

    En outre, en inscrivant formellement ces nouveaux principes, le législateur viendra utilement combler une lacune dans l’architecture légale de ce modèle d’organisation, puisque dans ce dispositif seuls les sapeurs pompiers volontaires ne disposent pas d’un cadre légal complet et adapté précisant clairement les règles destinées à leur être appliquées, malgré la loi n° 96-370 du 3 mai 1996.

    Il faut également souligner que le volontariat dans les corps de sapeurs-pompiers ne peut pas uniquement se résumer à des aspects opérationnels. Son histoire est en effet intimement liée à celle de la construction de la sécurité civile et de l’organisation des services d’incendie et de secours. Il peut notamment être rappelé le rôle majeur assuré par le réseau associatif des sapeurs-pompiers, né il y a plus de cent trente ans, souvent à l’origine des plus importantes réformes mises en place et même des œuvres sociales pour les veuves et les orphelins de la corporation. Ainsi, et depuis toujours, un centre d’incendie et de secours n’existe pas sans son amicale de sapeurs-pompiers, lieu privilégié de fraternité, de solidarité, de convivialité et de réconfort dans les moments difficiles, fréquents malheureusement dans le monde des sapeurs-pompiers. Autre aspect de la complémentarité entre sapeurs-pompiers, ce réseau construit avec le temps est depuis longtemps présent dans tous les départements, y compris en outre-mer, ainsi qu’au niveau national, avec ses 98 unions départementales et la fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. Participant à la défense des droits des sapeurs-pompiers, comme de leurs valeurs et à l’expression de leur voix auprès des pouvoirs publics, ce réseau associatif des sapeurs-pompiers, partie intégrante de l’identité des sapeurs-pompiers et indissociablement lié avec le service, doit donc lui aussi, comme le volontariat, être reconnu et consolidé.

    Enfin, pour exprimer toute la reconnaissance de la Nation à l’engagement des sapeurs-pompiers volontaires qui se dévouent pour la communauté, et ce bien au-delà même de la seule période de leur activité, une mesure de justice sociale est proposée afin de procéder, dans un délai de cinq ans, à l’alignement de l’ancienne allocation de vétérance sur l’allocation de fidélité instituée par la loi du 13 août 2004, permettant ainsi de rétablir une équité dans les prestations servies lors de la cessation d’activité.

    Dans le prolongement même de la reconnaissance de l’engagement citoyen, les autres mesures qui vous sont proposées et qui traduisent les conclusions adoptées par les représentants de la commission « ambition volontariat » tendent à apporter des ajustements et des assouplissements adaptés et nécessaires à l’activité des sapeurs-pompiers volontaires, en particulier en confortant la protection pénale des acteurs de la sécurité civile, à poursuivre l’amélioration de leur protection sociale, faciliter et développer le volontariat notamment dans le milieu rural, en donnant les moyens de renforcer la place et soutenir le rôle essentiel des communes et des établissements publics de coopération intercommunale pour le volontariat, et par la même à contribuer à conforter les moyens et les capacités de sécurité civile pour assurer, en tout point du territoire national, la protection des populations. »

     

    Tous les éléments de ce que j’ai appelé l’Etat Providence Participatif y sont, appliqués au cas particulier de la sécurité civile. En effet, on ne peut imaginer la mise en place d’une concurrence pour cette activité qui réclame une couverture du territoire justifiant une coordination nationale. D’autre part, la structuration hiérarchique se comprend par la nécessité de répondre rapidement aux urgences auxquelles les pompiers doivent faire face.

    J’ai entendu la parole de la fondatrice du planning familial, Evelyne Sullerot, lors de l’émission « Les matins » sur France culture, le 11 Novembre 2010, lorsqu’elle a dit avoir connu 3 catastrophes humaines : l’affreuse condition des femmes au début du siècle, avant la révolution de la contraception, les hommes malmenés lors de la dernière guerre et enfin dit-elle, la condition actuelle des enfants. Lorsque cette grande dame juxtapose la condition actuelle des enfants sur le même plan que les deux autres grandes souffrances humaines dont elle témoigne, j’ai tendance à tendre l’oreille. D’autant plus que son diagnostique est partagé par François NICOLAS qui a repoussé les dealers de son quartier avec un collectif anti-crack en 1 an, là où les pouvoirs publics échouaient depuis longtemps.

    On peut imaginer que la prise en charge de l’enfance puisse être considérée autant que le sauvetage des SPV. On peut imaginer des crèches animées par un corps mixte de professionnels et de volontaires, de la même façon qu’on sait le faire pour les pompiers. Toutefois, à la différence des pompiers, cette activité est routinière et ne réclame pas une couverture nationale organisée par l’état ni une hiérarchie si rigoureuse. On peut très bien imaginer laisser la société civile s’auto-organiser sur ce secteur qui pourrait ainsi comporter une certaine concurrence stimulante, pour peu qu’on lui en donne les moyens. Le statut de SCIC (Société Coopérative d'Intérêt Collectif) peut être particulièrement bien adapté à ces activités sociales. Il en va de même pour les ados laissés à eux-mêmes, le soin social aux personnes âgées, aux handicapés, la prévention de l’addiction, de la délinquance. Tout le domaine social a besoin d’être reconnu pour ce qu’il est, ni une activité familiale, ni une activité entrepreneuriale, ni une activité relevant exclusivement de l’état, mais une participation citoyenne au travail social. C’est exactement le projet politique que porte l’Etat Providence Participatif.

  • La pipe de Magritte et la violence symbolique

    Le texte qui suit est une retranscription approchée d'une petite partie, un peu plus philo que le reste, de mon intervention à Citéphilo sur le care. Certains arguments anti-care sont de nature à éveiller des réactions féministes. Jacques Julliard titre ainsi une chronique du 26 Mai 2010 sur le care "Bisounours et gnia gnia gnia". Le 17 Mai 2010 sur son blog, Jacques Attali publie une note intitulée Le soin ou le respect? dans laquelle il oppose artificiellement le care au respect et où il réduit le care à un travail d'infirmière. Il y a donc un vieux reste de domination masculine qui s'attache à la patte du care, alors qu'il serait utile que toutes les forces sociales capables de renouveler concrètement la solidarité sociale et la fraternité puissent s'unir.

    Le très célèbre tableau de Magritte figure une pipe au-dessous de laquelle est inscrit "ceci n'est pas une pipe". En quoi ce simple tableau peut-il figurer la violence symbolique, c'est à dire le consentement du dominé, et proposer en même temps de s'en affranchir? Ce tableau nous démontre que  la représentation est incluse dans le réel, alors que la domination tire sa force de nous faire croire l'inverse, c'est à dire qu'elle tente de nous faire croire en sa naturalité. Le dominant dirait devant le tableau de la pipe: "c'est une pipe". Plus la pipe du tableau de Magritte est ressemblante et plus puissant sera son message, plus il sera subversif. Une représentation chassant l'autre, nous pouvons être certains que si d'aventure nous passions de la domination masculine à la domination féminine, ce qui n'est tout de même pas très probable à brève échéance, le message du tableau de Magritte resterait indémodable. Pour nous qui sommes naturalistes, nous qui produisons des modèles d'un niveau de performance descriptive inégalé qui nous permettent d'agir comme jamais sur le réel, le message de Magritte est salutaire. Il nous dit que la vérité qui pourrait émaner de nos représentations si parfaites est une escroquerie, il nous rappelle que notre universalisme repose sur un tour de passe-passe, il nous rappelle que notre vision des droits de l'homme, si honorables qu'ils soient, repose sur du sable conceptuel, sur une simple inversion de la relation entre notre représentation du monde et la réalité.

    Irais-je jusqu'à dire que nommer c'est posséder, c'est dominer, que c'est un symptome de la folie universelle des hommes? Percevoir le message du tableau de Magritte, c'est percevoir la structure de la domination et du viol symbolique. Magritte propose une réponse du dominé au dominant "non, non, ceci n'est pas une pipe!"

    Dans "La lutte des places" de Vincent de Gaulejac et Isabel Taboada Léonetti, je relève p190 un mode de prise de distance vis à vis des normes:

    "L'humour et la dérision constituent une stratégie minimale, utilisée le plus souvent en complément ou en alternative avec d'autres. Tout d'abord, tourner en ridicule sa propre situation permet de prendre une certaine distance de soi-même et récupérer une part de maîtrise des faits. Mais, surtout, la dérision atteint, à travers l'image de soi stigmatisée, le système de valeurs qui l'a instituée, elle sape avec efficacité la légitimité du regard de l'autre, et le caractère sacré, intangible des valeurs dominantes."

    Toutefois, si la dérision permet un instant de percevoir ce que signifie le tableau de Magritte, c'est en général pour l'oublier dans la mise en place d'une nouvelle vérité, d'une nouvelle illusion prenant la place de l'illusion précédente. Le tableau de Magritte nous propose de nous débarasser une fois pour toutes du fardeau de la vérité, ce qui n'est en rien une négation du réel.

     

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  • Liberté, Egalité, Océanité.

    L'enfer est pavé de bonnes intentions, mais le ciel est garni d'étoiles.

     

    Billet publié en parallèle en tant que billet invité sur le blog de Paul Jorion

    C'est en écoutant le débat avec Alain Badiou, le 23 novembre 2010 à Citéphilo, sur son livre "L'hypothèse communiste", que m'est venue l'idée de proposer une nouvelle devise. Mais devrait-on dire devise, ne devrait-on plutôt dire constellation ou firmament, idéel, nexus ou forme? C'est que dans une devise, il y a déjà un programme et qu'au contraire, nos trois mots fétiches sont des étoiles situées dans le ciel. Saint Bernard nous a enseigné que l'enfer était pavé de bonnes intentions, pourrais-je ajouter que le ciel est garni d'étoiles? J'aurais tout aussi bien pu proposer liberté, égalité communisme plutôt qu'océanité. Car le communisme est une étoile qui s'est couverte de sang et de larmes. A devenir une bonne intention, à vouloir trop s'incarner, elle s'est tout de suite corrompue jusqu'à ne plus susciter que haine et nostalgie, jusqu'à déchaîner l'enfer. Alain Badiou se propose de ramasser cette étoile déchue dans le ruisseau, afin de tenter de réchauffer le cœur de ses compagnons de route, orphelins depuis qu'elle gît ainsi, près des détritus. Un œil attentif comme celui d'Alain Badiou a vu qu'elle est d'une autre nature, d'un autre destin, d'un autre éclat.

    La parenté du care* et de notre fraternité est pourtant évidente, mais le care est sur terre et la fraternité est au ciel. Le care est concret et la fraternité est au firmament, accompagné de sa parente la gratuité. Pourtant le care ne nous dit rien, en tout cas rien qui vaille et la fraternité a mauvais genre, le genre dominant, c'est inscrit sur son nom. Sa compagne l'égalité n'était pas mieux servie que la fraternité, il s'agissait aussi de l'égalité des hommes. Avant la révolution, les femmes n'étaient pas encore nées au firmament. Mais comme l'égalité n'est pas marquée au fer rouge de son genre initial, elle a pu se faufiler dans le temps et parvenir jusqu'à nous et épouser les deux sexes. Qu'en est-il de la liberté? sans doute un parcours voisin de celui de l'égalité, mais son histoire est moins claire en ce qui concerne ses relations avec le genre, gardons cette étoile toujours aussi scintillante et ne laissons pas les libertariens se l'approprier ici-bas pour justifier leur forfait, pour justifier leur cupidité. Cette liberté là se retrouve aussi vite dans le ruisseau en compagnie de ce pauvre communisme qui avait cru pouvoir engendrer le paradis sur terre en devenant programme, appuyé sur l'infaillible dialectique matérialiste. Le pavé "livre noir du communisme" est aujourd'hui rejoint par le pavé "livre noir du libéralisme".

    Le care au sens politique, celui de Joan Tronto*,  porte en lui l'attention aux autres humains, et aussi l'attention à notre milieu, notre écosystème. L'étoile de la fraternité ne brille déjà que pour la moitié des humains et elle ne symbolise en rien l'écosystème. Alors je me suis interrogé sur le mot qui correspondrait à une expérience et qui nous évoquerait l'attention, une sensibilité universelle. Et c'est alors que le sentiment océanique m'a paru être un bon candidat. Ce sentiment est une expérience, pas vraiment une construction d'idée, c'est le sentiment qu'on peut éprouver devant une nature vierge ou devant le spectacle des astres. C'est le sentiment vertigineux d'être de ce monde, de cet univers, pleinement, aussi bien physiquement que spirituellement. Océanité est un candidat possible pour figurer dans notre triade et répondre à notre faculté de coopération et d'empathie avec nos frères, nos sœurs, notre écosystème et jusqu'au cosmos tout entier.

    Dans la grille de trifonctionnalité de Dumézil**, la fraternité est dans le pôle de l’ordre, du pourquoi, alors que le solidarisme est dans le pôle de la fécondité, des nourritures et des biens, du comment. Cette organisation des représentations peut aider à mettre fin à une querelle stérile entre tenants du solidarisme de Léon Bougeois et tenants de la fraternité et de la gratuité. Aucun n'a le monopole de la générosité, le monopole du care. La générosité idéale et abstraite, plus souvent défendue par les hommes, et la générosité nouricière et concrète, plus souvent défendue par les femmes, sont appelées à se complèter, à se répondre, à se soutenir et se renforcer.

    Je me demande seulement si l'expérience du sentiment océanique est assez partagée par tous les peuples, les naturalistes que nous sommes, les totémistes, les analogistes et les animistes. Si un anthropologue, professionnel ou amateur, pouvait me le dire, je lui en serais reconnaissant.

    *Voici une définition du care, pas dans un sens général, mais dans le sens politique qui est en train de s’écrire, je donne la parole à Joan Tronto:

    Le care (politique) est " une activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer notre « monde », de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde comprend nos corps, nous-mêmes et notre environnement, tous éléments que nous cherchons à relier en un réseau complexe, en soutien à la vie " (p. 143 de son livre , Moral Boundaries : a Political Argument for an Ethic of care, publié en 1993, traduit en français sous le titre, Un monde vulnérable, pour une politique du care).

    Dans la définition de l'état providence participatif (Autogestion sociale compatible avec le solidarisme de Léon Bourgeois), je suis un peu plus précis concernant les activités sociales, je définis le domaine du care comme celui où la notion de gains de productivité n'est pas centrale contrairement au domaine productif.

    **La grille de lecture trifonctionnelle de Dumézil est parfois dévalorisée par les relations que celui-ci a entretenues avec De Benoist de La nouvelle Ecole. Je ne retiens que cette partie, citée par De Benoit et rapportée par Didier Eribon:    ...à cela s’ajoute la tripartition fonctionnelle, qui est l’une des clés de voûte de ces "conceptions générales communes". Système de pensée, qui n’est que très secondairement (et très éventuellement) un système social, cette tripartition possède une originalité incontestable, dont on ne saurait cependant déduire la moindre supériorité !  "S’il est vrai que toute société humaine connaît et satisfait les besoins fondamentaux qui correspondent aux trois fonctions"

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  • Citéphilo

    Le 23 Novembre 2010, répondant à l'invitation d'Alain Lhomme, votre serviteur a participé à Citéphilo à une conférence-débat avec Geneviève Fraisse et Jean Gadrey sur le care (prononcer caire). Citéphilo est un évènement philosophique annuel dont le cru 2010 est le 14ème du genre. Une centaine de conférences et débats s'y tiennent entre le 5 et le 28 novembre à Lille et ses environs.

    Voici l'annonce du débat et en lien l'enregistrement (page 7):

    « Soin mutuel » ou nouvelle forme de division sociale-sexuelle du travail ?

    De 18h à 20h 
    Palais des Beaux-Arts - grand auditorium - Place de la République – Lille

    Par delà les polémiques suscitées par la tentative de fonder tout un programme politique sur la notion de "soin mutuel" ou de « care », il semble utile de réinscrire les questions ainsi mises en avant dans le cadre d'une réflexion sur les formes actuelles de la division sociale du travail, particulièrement dans sa dimension sexuée.La pensée économique dominante peine à faire leur juste place à toutes les activités (soin, entretien, assistance, éducation) qui, quand elles ne sont pas prises en charge dans le cadre d’un service public, sont généralement cantonnées dans la sphère privée ou gérées via d’équivoques politiques de développement des « services à la personne », pérennisant des inégalités, particulièrement de genre.Dans ces conditions, il peut paraître séduisant de réfléchir à des dispositifs qui permettraient de mobiliser de nouvelles formes d’un temps actif socialisé. Mais cette idée généreuse risque alors d’occulter la dimension proprement socio-économique de ce qui demeure un travail. Dont la reconnaissance exige, non seulement une action publique valorisant des activités aujourd’hui déqualifiées, mais de plus la prise en compte de sa dimension sexuée, trop souvent passée sous silence..
     
    Le débat a été stimulant et est sorti des jalons habituels du care, invitant à mieux définir cette notion et se l'approprier, la franciser. Je vais tenter de metter à profit cette expérience pour approfondir et préciser le projet d'Etat Providence Participatif.
     
  • Retraites flottantes par points

    Si nous souhaitons éviter tout conflit de génération lié aux retraites, alors nous devons faire preuve de solidarité. Dans cette optique je propose comme principe général que le revenu moyen des retraités soit égal à celui des actifs moins les charges professionnelles (ou un autre multiple des frais professionnels ou d'autres coûts auxquels un retraité n'a pas à faire face mais qu'un actif doit assurer, c'est l'idée):

    Retraite moyenne = Revenu salarié moyen - Frais professionnels moyens. Un minimum retraite serait calculé de la même façon à partir du SMIC en vigueur.

    Il est établi que ce sont les revenus actuels qui financent les retraites actuelles. En dehors de la dette que j'écarte par principe parce qu'elle ne peut servir que pour le court terme pour faire face aux aléas, les sources de financement des retraites peuvent se situer à différents points du circuit économique. Travail, capital, revenus, consommation. Ma préférence va pour une répartition entre consommation (TVA sociale) et revenus (tous les revenus mis sur un pied d'égalité, y compris ceux des retraités). Au cours de son parcours professionnel, on cumulerait des points retraite directement liés au salaire (il va de soi que les régimes actuels fusionnent (répartition et complémentaires, public et privé) en un régime unique dans cette optique). La retraite serait calculée à partir du nombre de points cumulés, du nombre moyen de points de l'ensemble des retraités et du salaire moyen en cours, de façon à ce que la retraite soit en accord avec le principe ci-dessus.

    L'équilibre budgétaire reposerait sur l'âge minimum de départ à la retraite et sur les taux de prélèvements directs et indirects affectés au paiement des retraites.

    Un tel système ne serait jamais en déficit, il ne verrait jamais la situation abérrante actuelle où le revenu moyen de retraite dépasse le revenu moyen actif. Il ne créerait pas de tension entre retraités et actifs parce qu'il est basé sur un principe équitable et légitime. Il favoriserait le travail en ne chargeant pas l'entreprise et en taxant tous les revenus au même niveau, quelles que soient leurs origines.

    Est-ce trop simple?

     

    L'approche de Michel Husson: dégager des ressources supplémentaires il y évoque le lien de solidarité intergénérationnel proposé ici, mais n'est pas pour.

  • La démocratie, partout.

    Dans le sillage de la révolution, la démocratie a mis environ 200 ans à pénétrer profondément dans la famille, c’est à dire pour que la femme passe de servante à associée. C’est ce que nous démontre Geneviève Fraisse dans son livre « Les deux gouvernements: la famille et la cité ». De son côté, en accord avec cette démonstration, Hugues Lagrange, dans son « Déni des cultures » , nous explique que 68 marque le passage de l’autorité paternelle à l’autorité parentale et que les nouveaux arrivants ayant une culture où ce passage n’est pas encore effectué se trouvent en grande crispation culturelle. Il suggère d’aider les femmes de ces familles d’arrivants récents à acquérir leur statut d’associée dans le couple et ainsi être en mesure d’assurer leur part d’autorité parentale.

    Que faut-il faire dans l’entreprise pour que l’employé se rapproche du statut d’associé et s’éloigne de celui d’esclave? La difficulté est ici de préserver les capacités de décision.

    Vous avez 4 heures!

    J'ai ramassé les copies, une première réponse tient en un mot: sociocratie.

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  • Le passé, la propriété et nous

    Se libérer du passé ne veut pas dire l'oublier ou le nier, c'est tout le contraire. Ce n'est qu'en se réappropriant son passé, en le regardant en face que l'on se libère de son poids. Mais de quel passé s'agit-il? Bien entendu, il s'agit de tous les évènements qu'on a vécu comme étant tragiques, les deuils qui prènnent parfois un peu de temps. Mais il s'agit aussi bien des plaisirs qu'on peut obsessionnellement tenter de reproduire et dont le souvenir nous enchaîne. Il y a aussi nos croyances, nos idées reçues, même si elles ne datent que d'hier, elles viennent encombrer la limpidité de notre regard actuel. Se libérer du passé, c'est aussi se libérer du connu, mais ça ne veut pas dire l'oublier, c'est seulement se libérer de son poids, du biais qu'il crée entre nous et le réel. Se libérer du passé est un phénomène permanent, bien que plus ou moins cahotique, inutile de trop se forcer, inutile de se débattre contre, il suffit de ne pas empècher ce passé d'émerger à la conscience, c'est tout. Jiddu Krishnamurti a tenté une bonne partie de sa vie de nous faire partager cette découverte simple et pourtant si difficile à vraiment pénétrer (ne dit-on pas parfois que le passé est dur à digérer): le passé, c'est du passé.

    Que veut dire se libérer de la propriété? Est-ce que cela signifie y renoncer? La question de la propriété est un sujet de débat politique depuis fort longtemps. Marx en a longuement traité, Proudhon a affirmé et tenté de démontrer que "la propriété c'est le vol". La question est-elle tranchée définitivement? Cette question est en train de ressurgir aujourd'hui dans le www du sillage de la crise économique. Est-ce que le pouvoir individuel associé à la propriété est trop grand? Est-ce que le propriétaire se confond avec ses propriétés, son moi est-il différent de celui du non propriétaire? Sur quel plan aborder ce sujet? Quel est le rôle de la propriété dans la façon dont nous prenons nos décisions du niveau individuel aux niveaux collectifs?

     

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    La plupart des analyses et des concepts du livre de Régis Debray "Eloge des frontières" peuvent être transposés à la question de la propriété. En effet, la limite de la propriété est une frontière, avec sa porosité, ses règles d'échange. Ce qui ne signifie pas que la propriété se situe au-dessus ou contre l'intérêt collectif, ainsi que l'atteste l'exemple de la piscine privée que les pompiers auront non seulement le droit, mais le devoir de pomper en cas de besoin.

    Une des questions actuelles qui justifie la remise en question de la propriété provient de l'accumulation considérable par un petit nombre d'un capital considérable. Ce capital trouve à se transformer en patrimoine, c'est à dire en propriété. La part consacrée au logement a très fortement augmenté au cours des 20 dernières années (2 fois plus que l'inflation) et nous en sommes au point où le principe même de propriété s'en trouve délégitimé. Afin de stabiliser le droit de propriété, un des principes universels (relatifs selon la terminologie de Ph. Descola?) pourrait proclamer que nul individu ne peut posséder plus de x fois l'équivalent de la biocapacité moyenne par individu. La transcription d'un patrimoine en hectare n'est peut-être pas aisée, mais elle a le gros avantage d'être transposable à l'échelle de la planète. 

    Les analyses de Léon Bourgeois sur la propriété et sur ce que chacun doit à la communauté actuelle et passée me paraissent toujours pertinentes.

  • La société du soin mutuel pour occuper le terrain, faire de la prévention et contre la société de l'agression mutuelle et de la punition, une révolution conceptuelle qui n'a rien à voir avec les bons sentiments.

    Après les 30 glorieuses de Jean Fourastié, pendant que l'économie poursuit son chemin tourmenté, peut-être dans l'attente de la révolution conceptuelle dont un point d'orgue serait « l'interdiction des paris sur les variations des prix » prônée par Paul Jorion, le Parti Socialiste présente son projet de « société du soin mutuel » sans faire beaucoup de bruit jusqu'ici. Et pourtant, ce n'est pas tous les jours que nous assistons à une révolution conceptuelle majeure en politique (Cf par exemple l'interview de Sandra Laugier et Pascale Molinier dans Raison-Publique). Quand Lionel Jospin, alors premier ministre, avait dit à juste titre « l'Etat ne peut pas tout » au sujet de son impuissance à empêcher la fermeture d'une usine, il avait subit les foudres de ses supporters habituels. « L'Etat Providence ne peut pas tout » pourrait servir d'introduction à la nécessité de la société du soin mutuel. Pour l'essentiel, il s'agit de faire en sorte que chacun y trouve son compte à prendre part au travail social dont toute société à besoin et ne plus seulement s'en remettre aux femmes ou à l'Etat Providence.

    Quand l'Etat Providence a été mis en place au sortir de la guerre, les familles étaient nombreuses et les femmes étaient en majorité au foyer. On a pu croire pendant un temps qu'il suffisait de ponctionner une part des richesses créées par le domaine productif et de la redistribuer au domaine social pour que la solidarité soit efficace et que nous fassions ainsi société. Petit à petit, les familles sont devenues moins nombreuses et les femmes ont quitté le foyer pour le marché du travail. Avec le vieillissement de la population, cette mutation a rendu de plus en plus inefficace et coûteux le principe de l'Etat Providence. Les 35h, qui sont une tentative de mise en forme du projet utopique et creux de « Société du temps choisi » ou « Société du temps libre »*, n'ont rien changé à cette situation de jachère sociale, qui plus est en fragilisant le socle économique de l'Etat Providence, parce que les heures dégagées par les 35h n'ont pas été réinvesties dans le domaine social et que les femmes continuent de porter l'essentiel de ce travail social en plus de leur travail rémunéré.

    Martine Aubry est bien placée pour savoir que les 35h n'ont pas eu beaucoup d'efficacité sociale. Est-ce que sous sa direction le parti socialiste va enfin pouvoir sortir de l'impasse de l'Etat Providence pour emprunter celui de la société du soin mutuel sans renoncer à l'essentiel de l'Etat Providence? Il est certain que cette révolution conceptuelle peut lui redonner une bonne longueur d'avance sur la droite qui s'enferre dans sa vision mortifère de « société de l'agression mutuelle ».

    On peut rendre hommage au musicien François NICOLAS qui, avec  une philosophie très proche de celle de la société de soin mutuel, a repris la rue aux dealers de son quartier en un an en créant un collectif anti-crack. Sans prétendre se substituer aux pouvoirs publics, sans se comporter comme une milice, il a occupé le terrain, avec un groupe de pères soucieux du devenir de leur progéniture, et a ainsi réussi à se réapproprier la rue. Le fait qu'il se soit ainsi heurté à la drogue n'est pas anodin. La prise de pouvoir des dealers sur la rue n'est qu'une concrétisation aigüe du vide social que l'Etat Providence n'a pas pu combler. Sans une participation massive, populaire à la vie sociale, le nihilisme, dont la drogue constitue une des manifestations, occupe le terrain vacant.

    Depuis les années 90, je tente de développer un modèle social de la même famille que celui de la société du soin mutuel, d'abord sous le nom de solidarité libérale, puis sous celui d'Etat Providence Participatif et je ne vais donc pas bouder mon plaisir, d'autant que cette dénomination de société de soin mutuel me semble plus réussie. Ce concept de société du soin mutuel rompt à la fois avec l'utopie de l'Etat tout puissant et avec celle de la société du temps choisi. L'Etat ne peut pas tout, l'Etat Providence non plus, mais la société du soin mutuel peut nous venir en aide, ainsi que l'a démontré François NICOLAS pour la drogue.

    François NICOLAS nous donne une définition de la société de soin mutuel avec sa vision de la prévention: « La prévention n'est pas affaire véritable des pouvoirs publics mais affaire de tout le monde, de tout un chacun, d'un père ou d'une mère, d'un frère ou d'une sœur, d'un ami ou d'un copain, d'un éducateur ou d'une fiancée, de tel groupe sportif ou de tel collectif musical, etc. La prévention est affaire de la société, nullement de l'état, lequel chaque fois qu'il se mêle de prévention en matière de drogues - et il le fait beaucoup trop aujourd'hui - le fait très mal : en « instruisant » des différences entre cannabis et héroïne, en en appelant à la peur du gendarme et aux risques encourus (là où le jeune est précisément en quête bien compréhensible de nouveaux risques à affronter) alors que toute prévention véritable de la drogue doit surtout montrer qu'il y a pour un jeune aujourd'hui en France beaucoup plus intéressant à faire qu'à se droguer, qu'il n'est pas condamné à ne rien vouloir ».

    Le projet de société du soin mutuel n'a pas grand chose à voir avec les bons sentiments ainsi que le qualifient certains opposants à ce projet qui tentent ainsi de le dénaturer et de le dévaloriser. Ce qui est en jeu concerne la prise en charge sociale autrement que par délégation. La crise financière que nous traversons occulte en grande partie la crise de modèle socio-économique qui s'approfondit. Cette crise socio-économique est pointée par de nombreux analystes. Elle provient du fait que nous devons en même temps réduire le chômage, c'est à dire redistribuer l'activité, dans une optique de développement durable et non plus dans une optique de croissance infinie. La mise en place d'un projet de société du soin mutuel est capable de résoudre cette équation en opérant un transfert d'activité vers les besoins sociaux sans pour autant grever encore plus le budget de l'Etat. Nous attendons à tort que l'état s'occupe du soin social et de la prévention alors que c'est l'affaire de tous. C'est un peu comme si on attendait que l'arbitre fasse aussi le jeu dans une rencontre sportive. C'est là qu'est l'enjeu de la société de soin mutuel et non dans une question de bons sentiments. Un des autres gros enjeux de la société de soin mutuel, c'est qu'elle offre une occasion de réduire fortement la "domination masculine" ou les inégalités liées au sexe grâce à la redistribution d'activité.

     

    *"La société du temps choisi", dont André Gorz était une fervent défenseur, était une tentative de résolution de l'équation de redistribution de l'activité dans une perspective durable, redistribution inéluctable compte tenu des énormes gains de productivité que tous les secteurs ont connu et qui induisent des mutations considérables de la main d'oeuvre (par exemple le dernier exode rural en France, entre 1945 et 1975, le pourcentage d'agriculteurs est passé de plus de 1/3 à moins de 4% des actifs). C'était sans compter sur le fait que presque personne ne ramassera un papier gras ou un mégot spontanément s'il n'est pas soutenu par un quelconque cadre juridique, par une quelconque reconnaissance. C'est celui qui jette ses papiers gras ou ses mégots n'importe où qui donne le la, qui impose sa norme, sans une organisation efficiente de la reconnaissance (illustration ci-dessous avec un coin fumeur "sauvage" ordinaire). Le soin mutuel, la prévention sociale, le lien social, il faut s'en occuper et organiser la reconnaissance de qui s'en préoccupe, sinon, ce sont, par exemple, les petits dealers qui occupent le terrain. Rien à voir là non plus avec les bons sentiments.

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    Coin fumeur collectif ordinaire: illustration, façon Haïku visuel, à peine caricaturale, de la société du temps choisi (bisounours) pour les activités relevant du soin mutuel ou de toute autre activité sociale à caractère collectif.

       

     

     

    L'économie sociale et solidaire (ESS) est bien perçue comme projet de société selon le sondage récent effectué par Nord-Social.info

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  • Reconstruire après Xynthia

    Un peu d'actu au sujet de la destruction programmée des maisons en Vendée. De quoi je me mèle? C'est que cette situation est en train de partir en vrille. Un certain nombre de personnes sont soulagées, alors que d'autres s'accrochent légitimement, non seulement à leur maison, mais aussi au cadre, au voisinage, aux souvenirs. Alors il m'est venue une idée qui n'est peut-être pas à propos, vous en jugerez.

    Plutôt que mettre l'accent sur la destruction, il me semble possible de le déplacer sur la reconstruction. Pour chaque zône concernée, ce serait bien le diable si on ne pouvait trouver un terrain pas trop éloigné des terres inondables, mieux situé vis à vis de ces risques pour proposer une reconstruction plus ou moins à l'identique, mais en mieux. Ce terrain pourrait ne pas être constructible selon le plan actuel d'occupation des sols, mais dans une telle situation exceptionnelle, on pourrait activer une procédure exceptionnelle. Les terres inondables peuvent redevenir non constructibles et les nouveaux terrains choisis pour la reconstruction le devenir. Ce serait finalement un échange et pas une nouvelle création de zône constructible.

    Pour ce qui est des constructions, elles pourraient servir de base au lancement de maisons modèles à énergie positive ou au moins neutres. Il y a des fonds pour ça et ce serait une très bonne occasion de les mettre en oeuvre. Les 250 000 Euro en moyenne devraient très largement permettre de réaliser ce plan et on peut même parier que le coût sera nettement moindre si on s'affranchit des surcoûts immobiliers et qu'on s'en tient au coût des constructions. Bien entendu, on n'obligerait pas les gens dont les maisons seront détruites à venir dans ces nouvelles constructions, mais elles pourraient y trouver avantage et intérêt, surtout si on a la bonne idée d'associer les personnes concernées à la définition du chantier.

    Voilà, c'est une proposition qui peut réconcilier les points de vue à moindre coût tout en promouvant la construction de maisons économes en énergie.

  • Patrons de gauche, révoltez-vous!

    Après ce premier tour des élections régionales très largement remportées par les abstantionnistes, je me pose la question du pourquoi tant de désintérêt? Il y a toutes les raisons habituellement évoquées et sur lesquelles je ne vais pas en rajouter une couche (faibles enjeux de ce scrutin, crise économique discréditant tout le corps politique, beau temps, ouverture de la pèche...). Je me suis mis à la place d'un patron de gauche (il y en a), ou même de centre droite soucieux des gens et des facteurs sociaux, je me suis demandé pour qui j'aurais voté et je me suis alors trouvé dans l'embarras.

    A très gros traits, je ne peux me ranger aux côtés d'une UMP qui, malgré ses coups de menton, laisse libre cours aux jeux financiers qui se jouent contre l'activité économique et donc contre l'emploi.

    Je ne peux non plus pas adhérer aux propositions du PS qui n'en finit pas de résoudre ses contradictions vis à vis de l'entreprise. Il faut alléger l'entreprise des charges qui pèsent sur elles par un déplacement fiscal vers les individus. La position du PS vis à vis de la TVA sociale est emblématique d'une gauche qui n'a pas pris la mesure de la mondialisation des échanges, qui vit dans le passé. Elle reste anti-patron de n'avoir pas encore digéré l'utopie d'une société sans hiérarchie, c'est à dire d'une société sans capacité de décision. Avec une telle philosophie politique archaïque, comment pourrait-elle réformer les retraites qui en ont pourtant besoin? Comment pourrait-elle réformer le financement de la santé? Peser ainsi sur le travail alors que moins d'une personne sur deux y contribue, c'est se condamner à perdre encore des emplois et se fermer la porte d'une véritable social-démocratie partagée, assise sur une assiette large de contribuables.

    Que feront les écolos? Vont-ils aussi se ruer sur l'entreprise avec un tropisme fiscal décalqué de la gauche?

    Je demande aux patrons de gauche, ceux qui se défoncent pour l'emploi digne et durable, qui savent que la prise de décision est indispensable à tout groupe, de se révolter contre cette classe politique de gauche qui les amalgament avec les eaux troubles financières. Il faut fermer le casino des jeux spéculatifs, mais on a besoin d'investissements. Prendre aux riches pour donner aux pauvres est une fausse piste, une piste victimaire de gauche, il faut empècher les riches de plumer les pauvres et agir à la source. Alors pour qui voter quand on est un patron de gauche aujourd'hui?

  • Supplique du 25 février 2010 de Paul Jorion

    Ce 25 février, dans un billet intitulé "Feu en la demeure", Paul Jorion implore les dirigeants politiques de mettre en place son mot d'ordre économique majeur "Interdire les paris sur les fluctuations des prix". Je vous invite à lire cet appel pressant de la part d'un homme calme et avisé.