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Emploi

  • Pourquoi Manuel Valls va malheureusement se planter sur le chômage.

    Petite incartade dans l'actu.
    La bataille pour l'emploi semble engagée, mais à ne manœuvrer que des leviers faibles, les chances de succès autres que marginal, sont minces, et les risques d'échec continueront probablement à donner du grain à moudre aux populistes. La question serait: comment passer de 10% de chômage à un taux frictionnel (2-4%) et non pas comment passer de 10% à 8% ou 9% qui semble satisfaire nos très maigres ambitions.

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  • La question de la qualité, du convivialisme et de la politique moléculaire, la société des participants.

    Il me semble qu’on peut représenter la société comme une source d’énergie à laquelle nous avons besoin d’être connecté, en interaction, et pas seulement comme consommateur, mais comme acteur, ainsi que le rappelle Alain  TOURAINE dans son livre « Qu’est ce que la démocratie » où il définit les conditions d'existence de l'individu p.33: « Le sujet, dont la démocratie est la condition politique d'existence, est à la fois liberté et tradition. Dans les sociétés dépendantes, il risque d'être écrasé par la tradition: dans les sociétés modernisées, d'être dissout dans une liberté réduite à celle du consommateur sur le marché.»

    Une société accueillante offre une place, une connexion, à chacun en fonction de ses capacités et affinités. Il ne s'agit pas d'une connexion statique, mais plutôt d'un lien vivant, lien qui déterminera en partie l'évolution des capacités et des affinités. Notre société est une société de l’exclusion, autant sur le plan quantitatif des places qu’elle propose que sur le plan qualitatif. Réussir à y trouver une place est déjà difficile et n'est pas donné à tous, ainsi qu'en témoigne le taux de chômage et d'isolement des personnes. Les personnes ayant une place de choix (de leur choix) constituent l’exception, à l’opposé de ce que nous devrions nous donner comme règle. La question des retraites se pose avec acuité, pour la grande majorité, du fait de la qualité des places dites actives. Il existe des professeurs émérites, mais pas d’ouvrier émérite.
    La révolution qualitative concerne aussi bien les organisations que le périmètre de leur action, comment leur action s'inscrit dans l'activité globale de la société. Elle se cherche depuis assez longtemps, comme l’illustre ce paragraphe de Jorion dans son billet du 5 février 2013:
    L’économie sociale et solidaire est née durant la première moitié du XIXe siècle, elle est l’enfant de la Révolution de 1789, ou plutôt, elle est l’enfant de la réflexion furieuse qui naquit à partir d’elle, sur ce qui était perçu par les uns avoir été son échec (pour Charles Fourier par exemple) et par d’autres comme une réussite partielle qu’il convenait maintenant de prolonger et de concrétiser (ainsi, pour Louis Blanc). Réflexion qui ne se limita pas, faut-il le dire, à la France seule : l’expression la plus aboutie du mouvement coopératif ne fut-elle pas celle de Robert Owen en Angleterre dans un premier temps, aux États-Unis ensuite ?
    Les années 1820 à 1840 constituèrent l’Âge d’Or de l’économie sociale et solidaire : naissance et floraison des coopératives de production, de distribution ou de consommation, phalanstères, « colonies », « communes », monnaies alternatives, systèmes d’échange sans monnaie, se répandirent comme une traînée de poudre à la surface du globe ; rien ne semblait pouvoir faire obstacle au mouvement. La révolution de 1848 apparut dès ses premiers jours comme le moment venu de l’institutionnalisation de cette déferlante : la « commission du Luxembourg », créée le 28 février, en était chargée. Elle est présidée par Louis Blanc, auteur en 1839 du livre-manifeste qui faisait désormais autorité : L’organisation du travail.
    Dans les années 60 à 80, le PSU de Michel Rocard a retravaillé ce thème d’une économie qualitative qui lui tenait à coeur à l’époque. Un peu avant l’élection de Mitterand, la mouvance autogestionnaire avait le vent en poupe. Le Journaliste Domergue s’est penché sur ce flop:
    *Manuel Domergue aux 4ème débats interactifs de l’Adels le 4/12/2004: “…il semble que le socialisme autogestionnaire des années 70 soit resté essentiellement à l’état de discours, sans recouvrir une réalité sociologique significative. Cette mode intellectuelle serait donc restée éphémère car elle n’était pas partagée par la base, et n’a pas réussi à innerver la société en profondeur. Même les célèbres « Lip », les fabricants de montres de Besançon qui ont fait tourner leur usine illégalement pendant une grève, derrière leur slogan « On fabrique, on vend, on se paie », ne réclamaient pas vraiment l’autogestion de leur entreprise. Lors de leur premier conflit, en 1973, pour contester un plan de restructuration, ils cherchaient un repreneur, et ont rejeté les propositions de reprise en coopérative. Bref, à l’époque, on a fabriqué de l’utopie, elle s’est bien vendue, mais on s’est payé de mots.”

    Françoise Dolto analyse l’échec des communautés post-68, aussi tournées vers la qualité, c’est pp164-168 de son livre “solitude” et je cite ce passage p74 de l'historique de l'Etat Providence Participatif. Après la phase d'installation qui semblait prometteuse, Dolto rapporte que "les perturbations sont apparues après parce que ces communautés se dissociaient pour des raisons œdipiennes rémanentes des adultes, des intrigues, des jalousies, des envies de rivalité fraternelle ou sororale. Celui qui, lorsque c'était son tour, dirigeait le mieux la maison devenait comme le père. Celle qui faisait la tambouille la meilleure et la plus économique devenait la mère de la communauté. Puis, finalement, tout se rejouait par rapport à ces rôles, même temporaires -racontars, potins- comme dans les familles pathogènes."
    Les écolieux qui se sont développés dans les années 2000 connaissent la même désillusion. Jean de la Houle, parti prenante de ce mouvement, tente d’analyser les raisons de cet échec:
    L’échec des communautés et des écolieux tient dans les points suivants:
    Principalement à cause de “l’esprit d’indépendance” des Français, de l’importance de leur ego, de leur refus d’accepter que pour que des personnes se rencontrent et bâtissent ensemble, il est nécessaire que chacun “incurve sa trajectoire individuelle” pour arriver à une trajectoire commune sans laquelle aucun cheminement commun n’est possible, sans laquelle aucun écolieu n’est vivable et pérenne. Mais c’est impossible puisque chacun estime que sa trajectoire est la seule bonne, et que c’est çà l’autre de changer :
    La position “propriétaire” (donc décisionnaire) de celui qui est à l’origine du financement principal, crée de fait une autocratie non-dite qui empoisonne vite les relations et détruit ou rend impossible tout esprit de participation/construction.
    Pour les écolieux, les propositions mises en commun et partagées sont insuffisantes en comparaison avec les complications juridico-administratives et les inconvénients afférents, et la “mayonnaise ne tient pas”
    Pour les communautés, la croyance que le choix “politique” est en soi suffisant et dynamisant pour unir les participants. Ce n’est pas parce qu’on choisit “politiquement” la liberté affective et sexuelle qu’on résout de fait les problèmes de jalousie et de possessivité.
    La croyance que partager un beau paysage, l’idéal écologique et une tondeuse à gazon, sont des raisons suffisantes pour que les gens se sentent unis et motivés. C’est trop peu, la “mayonnaise” ne prendra pas."

    De mon côté, j’ai tenté d’analyser les raisons de cet échec et je propose de prêter plus d’attention à la façon dont nous combinons nos libertés dans un groupe et à la façon dont nous sélectionnons nos leaders. Deux questions me servent de jauge : “qui décide quoi et comment?” et "Quel est le statut de l'information, comment sont traitées les objections et les objecteurs?".
    Il me semble que les possibilités de réforme se situent au niveau de la façon dont nous organisons les groupes. C’est en quelque sorte une proposition de “politique moléculaire”. Les règles d’organisation de la sociocratie, qui sont en parfaite adéquation avec le nouveau mouvement convivialiste, me semblent apporter un élément opérationnel aux bonnes dispositions de ce convivialisme. Je regarde avec insistance du côté du modèle de politique révolutionnaire moléculaire de Jean Zin avec sa proposition de coopérative municipale+revenu garanti (et non revenu d’existence qui laisse en plan le volet institutionnel)+monnaie locale. Je regarde aussi avec insistance la réalisation de la Maison des sources de Besançon qui réussit l’exploit de fournir un cadre de co-création de places de qualité aux personnes les plus exclues de l’économie standard. Les membres de la Maison des sources sont nommés "participants" et c'est bien ce qui se passe.  Peut-on coupler les théories de Jean Zin avec cette magnifique réalisation? Si c’est possible, la question des retraites ne se poserait pas du tout de la même façon, elle deviendrait un élément comme un autre de notre connexion à la société tout au long de notre vie, notre qualité de participant pouvant finement s'accorder et s'actualiser, dans la mesure du possible. Les Babayagas me semblent sur la bonne voie pour assurer leur connexion à la société pendant la retraite. Est-ce que la fécondation de la Maison des sources par la coopérative municipale peut passer le scratch test du massacre nécessaire des utopies?

    La révolution numérique en marche risque de tellement bouleverser notre lien à la société via l'emploi que notre qualité de participant va de plus en plus avoir besoin d'une "multiprise" évolutive pour que nous puissions rester connectés. Bernard Stiegler propose une vision de cette évolution et entrevoit la possibilité d'une économie de la contribution, mais sans préciser l'étayage institutionnel. Une politique moléculaire, c'est à dire une action volontaire de structuration locale de groupes adossés à une institution , me semble à la fois la plus réalisable et la plus souhaitable (le cadre municipal me semble le meilleur), pour parvenir à nous adapter, en tant qu'individus doués d'autonomie et de savoirs, de façon sociabilisée et hospitalière, aux conséquences de la révolution numérique.

    Michel Abhervé prône un renforcement dialectique entre IAE et ESS. c'est à dire entre la sphère économique et la sphère sociale.

    Hugues Sibille retrace un historique de l'ESS et déplore son manque de stratégie vis à vis des pays du sud.

  • La norme socio-économique exclusive se meurt mais ne se rend pas!

    Pour une économie inclusive prenant résolument acte des capacités de chacun.

    Développer des structures, des cadres d'activité stables (n'ayant donc pas pour but une réinsertion standard, mais une réinsertion au moyen de l'étayage apporté par ce cadre pérenne) adaptés aux inadaptés du "système", leur permettant ainsi de contribuer à leur mesure, n'est pas encore dans le logiciel de nos élus, ainsi qu'en témoigne le PLF 2013 (Projet de Loi de Finance), concernant la solidarité, l'insertion et l'égalité des chances.

    Malgré des taux de réinsertion des exclus frisant régulièrement le zéro pour cent, dès lors qu'on se penche sur le moyen terme, le tropisme des services sociaux reste l'obsession de la réinsertion dans l'économie standard. C'est ce que nous dit en substance la récapitulation des objectifs et indicateurs de performance, page 18, de ce PLF 2013:

    OBJECTIF 1 Améliorer l’accès à l’emploi [sous entendu emploi standard-ndr] et l’autonomie financière des bénéficiaires du RSA

    • INDICATEUR 1.1 Part des foyers allocataires du RSA sans emploi dont au moins un des membres reprend une activité
    • INDICATEUR 1.2 Part des foyers bénéficiaires du RSA en emploi dont les revenus sont supérieurs à 150% du montant forfaitaire
    • INDICATEUR 1.3 Taux de sortie du RSA pour dépassement de ressources

    OBJECTIF 2 Développer l’accompagnement vers l’emploi des bénéficiaires du RSA (c'est le point qui se rapproche le plus d'une approche inclusive, toutefois, l'accompagnement n'est ici pas destiné à durer, il s'agit toujours du tropisme, illusoire la plupart du temps, de la réinsertion dans la norme, alors que l'étayage, d'un point de vue pragmatique, peut s'avérer nécessaire pour toujours -ndr)

    • INDICATEUR 2.1 Part des bénéficiaires du RSA sans activité inscrits au Pôle Emploi

    La Maison des Sources de Besançon et son association de duplication l'IAF, offrent un exemple d'application à des personnes atteintes de troubles psychiatriques importants, de mise en place d'une structure prenant en compte la réalité de ces personnes, leurs capacités, afin de leur offrir un cadre d'activité et de progression de leur autonomie leur permettant de contribuer à l'économie à leur mesure (éventuellement dans un emploi standard avec l'étayage qu'apporte la Maison des Sources, étayage affectif, administratif et pour tout problème pratique qui se présente) tout en respectant leur liberté.

    Si c'est possible pour des personnes si peu favorisées, il est possible d'imaginer une graduation continue de structures ne laissant personne de côté. Mais pour ça, il faut abandonner notre conception de la normalité*, la tyrannie que cette normalité exerce sur nous et qui se retrouve à tous les niveaux de la façon dont nous mettons en place notre solidarité. Beaucoup de places et de postes de personnes impliquées dans "le social" tel qu'il est aujourd'hui, se sentiront elles-mêmes menacées par un tel  bouleversement, un tel renversement de perpectives (adapter les structures à la réalité des personnes, plutôt que d'adapter les personnes aux structures). Ainsi qu'en atteste la réussite de la maison des sources, c'est pourtant ce renversement de perspectives que nous devrions opérer, plutôt que de continuer à vivre dans le déni et le quasi zéro réinsertion.

    Je suis redevable à Patrick Declerck, pour son remarquable livre enquête/témoignage "Les naufragés", de m'avoir ouvert les yeux sur la nécessité du renversement de perspective de notre approche sociale. Pour qui le lit, son témoignage éclairé et approfondi nous place face à notre déni du fiasco du tropisme réinsertionniste que nous partageons tous plus ou moins à priori.

    *La normalité active est celle de l'individu autonome, norme qui s'est forgée par opposition au sujet d'une communauté. Cette norme nous vient de loin, aux alentours de la révolution avec le décret d'Allarde suivi de la loi Lechapelier. Ce cadre est encore si puissant qu'il nous est difficile de penser nos collectifs, aussi bien ceux qui existent que d'en inventer de nouveaux. La Maison des Sources pose un acte à la fois salutaire et subversif vis à vis de cette norme. Elle ouvre la voie à la mise en place de collectifs modernes (il ne s'agit donc pas ici de refaire les communautés aliénantes dont nous nous sommes extraits depuis la révolution) capables de réduire considérablement l'exclusion générée par la norme individualiste actuelle.

  • Pourquoi le gouvernement de gauche, malgré sa bonne volonté, va échouer sur l'emploi.

    Prendre l'exemple de l'exception culturelle (en l'améliorant sans doute un peu) comme modèle de rénovation de l'état social.

    Je suis pour un état social fort, comme la gauche et les syndicats.
    Mais je suis aussi pour une politique de l'emploi, comme la gauche et les syndicats. Toutefois, dans les conditions actuelles de financement de l'état social, état social fort et emploi sont incompatibles et contradictoires. Nos dispositions contributives et règlementaires sont procycliques vis à vis du chômage.

    Une résolution de cette quadrature du cercle passe par un déplacement du financement de l'état social du travail vers le citoyen , IR progressif sur tous les revenus associé à un crédit d'impôt unique (impôt négatif, premier pas vers un revenu garanti) pour gérer les inégalités et indirects, pour peser efficacement sur une politique économique. Alléger et simplifier l'ensemble des conditions et charges qui pèsent sur la création et l'entretien d'emplois améliorera à la fois le dynamisme du travail et la justice sociale . Les PME qui n'ont pas les moyens en temps, en possibilités et en spécialistes d'optimiser leurs contributions (sociale+fiscale), pourront enfin ne pas être pénalisées fiscalement vis à vis des grands groupes. D'autre part, de nombreux rentiers qui ne contribuent que très peu à l'état social verront leur contribution augmenter, réduisant d'autant celle des contributeurs actuels (cf ce graphique qui fait apparaître clairement que les plus aisés ne cotisent pas beaucoup dans le système actuel). De nombreuses niches permettant les fuites fiscales inégalitaires pourront alors être supprimées.

    Je sais que cette proposition n'est pas audible du fait que les syndicats, gestionnaires des caisses sont à la fois juges et partis (beaucoup d'emplois des cadres syndicaux sont attachés à la gestion paritaire des caisses, il y a conflit d'intérêt) et que cette situation les conduit malheureusement à jouer contre l'emploi (alourdissement des conditions règlementaires et fiscales) sous couvert de défendre l'état social et au nom du très sacralisé CNR (Conseil National de la Résistance à l'origine de notre état social actuel). Voilà qui constitue la clé de voute du noeud paradoxal (Etat Social contre emploi) que le CNR a mis en place et qu'il nous faut résoudre, sans toutefois affaiblir l'état social.

    Connecter l'état social au marché en le finançant par la TVA, en organisant ainsi sa régulation est comparable au mécanisme de l'exception culturelle qui finance sa reproduction (création et toute la filière) par les entrées en salle. Il s'agit de régulation sociale de marché. Le marché est incontournable, mais ce n'est pas lui qui est aux commandes. C'est un mécanisme cohérent et responsabilisant qui lie l'ensemble des acteurs, d'une filière dans le cas du cinéma, de l'économie entière dans le cas de l'état social. La gauche est pour l'exception culturelle, mais elle est contre la TVA de substitution. Cherchez l'erreur.

    Comment négocier avec les syndicats pour faire bouger les lignes.

    Le rôle des syndicats est de peser en faveur des salariés dans le dialogue avec les partenaires du travail. Il est concevable qu'ils s'accrochent à la gestion paritaires des caisses qui leur donne des places et un poids. Si on leur propose de simplement lâcher cette gestion paritaire, on n'a aucune chance d'ouvrir le dialogue et de résoudre le paradoxe Etat social fort/emploi. Par contre, si on leur propose en même temps de revaloriser leur place au sein de la troisième chambre, le CESE (les deux autres étant comme chacun sait la chambre des députés et le sénat), ce qui leur permettrait très certainement d'agir plus efficacement sur les conditions de travail sans pour autant que ce soit au détriment de l'emploi, alors il devient possible d'entrevoir une solution à notre impasse actuelle.

    Un autre boulet, une autre illusion, aggravera le déficit de dynamisme de l'emploi, c'est l'effet de l'ingérence règlementaire et fiscale dans la direction d'entreprise, portant atteinte directement à ses capacités cognitives et contraire au principe élémentaire de subsidiarité. Non pas que je sois contre une règlementation du travail, à la fois pour le salaire minimum, le temps de travail et les conditions de sécurité, pour lesquels la législation me semble indispensable. Je milite même pour une gouvernance sociocratique de l'entreprise, qui est une sorte de co-gestion, de façon à détroner le capital de son piedestal et qui pourrait enfin donner un peu de sens aux lois Auroux et suivantes sur la codirection d'entreprise. Mais une fois ces contours définis, c'est l'équilibre employeur/employé qui joue sur les conditions de travail, sur la parole des employés ainsi que sur celle des employeurs. Le taux de chômage est le premier facteur de cet équilibre. On ne peut ni physiquement ni économiquement mettre un inspecteur du travail derrière chaque employeur. L'ingérence est un facteur d'atténuation du dynamisme parce qu'il dépossède l'acteur de son initiative. Les dispositions règlementaires qui se profilent sur la modification au cas pas cas des contributions sociales, des emplois aidés, du durcissement fiscal qui serait censé ne toucher que les grands groupes entraineront plus d'effets pervers que d'emplois pérennes. C'est typiquement le mode de gestion bureaucratique (décision inadaptées et trop générales, loins des conditions locales d'application) qu'il faudrait éviter qui en sera renforcé.

    Le précédent gouvernement a voulu imputer ses échecs sociaux et budgétaires à la crise, ça ne lui a pas réussi. On peut s'attendre à ce que si le plan de croissance venait à réussir, il ne serait pas suffisant pour améliorer assez le renouvellement et la création de places, quel bouc-émissaire pourrait alors être invoqué pour expliquer cet échec? La Phynance sans doute? Dans le cas où la politique de croissance voulue par le gouvernement venait à échouer, l'Europe sera au premier plan des coupables et la crise économique en arrière plan, à moins que ce ne soit l'inverse. A une époque où il devient urgent (il est même peut-être un peu tard) de passer d'un mode de croissance quantitative aveugle à un mode de progrès durable, le projet de croissance promu a toutes les chances de consolider le noeud paradoxal (croissance contre durabilité) difficile à résoudre.

    Le contexte de l'Euro qui nous prive de souveraineté monétaire ne nous aide pas. Pouvoir considérer que ce sont les dépenses du trésor public qui génèrent ses recettes et non l'inverse nous serait d'un grand secours. Mais la vision libérale qui nous présente l'état comme s'il s'agissait d'un ménage domine (Il s'agit d'un des épisodes de la lutte entre métallistes=libéraux et chartalistes=souverainistes monétaires). Cette vision a placé le marché aux commandes de l'économie et tend donc logiquement à faire disparaître l'état tout en nous imposant une austérité contreproductive et génératrice de chômage, donc de contributions à la communauté perdues à jamais. Notre économie est comme un bolide conduit par un aveugle. Les marges de manoeuvre qu'il nous reste dans ce contexte devraient nous inciter à réduire les complications et faciliter l'accès au travail. Une autre stratégie serait d'émettre une monnaie fondante dédiée au domaine social, à condition de l'organiser un peu, ce qui permettrait de désserrer l'étreinte masochiste avec la rigueur et de générer des emplois et même de réguler le chômage.

    Un dernier point, celui de la dissolution de lien entre temps et travail sur lequel repose le salariat et, en conséquence, le capitalisme industriel. Cette dissolution mécanique provient du développement de l'économie immatérielle et de l'automatisation des tâches. Nous n'échapperons pas à la mise en place d'un revenu d'existence, ou mieux à un revenu garanti adossé à l'institution. Il y a là une piste de résolution du noeud paradoxal croissance/durabilité, parce que la précarité et l'exclusion ont un rôle moteur dans la fuite en avant dans la croissance.

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