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La question des hiérarchies et de la domination

La question de la domination a deux faces. Il y a d'un côté le besoin pour tout groupe de prendre des décisions plus ou moins rapidement qui relève de la nécessité et qu'on pourrait appeler domination fonctionnelle, et de l'autre il y a le désir plus animal de domination qui se rencontre chez tous les animaux sociaux et qu'on pourrait appeler la domination animale. Les projets collectifs ont cru pouvoir se débarasser de cette domination animale en niant toute nécessité de domination. Nous savons maintenant que ces projets ont donné lieu à des dominations d'autant plus féroces qu'elles étaient niées, qu'elles obéissaient au principe de fin qui justifierait les moyens.

Quel que soit le projet d'organisation sociale, je garde à l'esprit la question suivante pour éviter de me laisser emballer, pour tenter de discerner l'enfer qui se cache sous les bonnes intentions:

QUI DÉCIDE QUOI et COMMENT?

A ce jour (9 Mai 2011), je n'ai trouvé aucune organisation répondant mieux au respect de chacun tout en organisant la hiérarchie des fonctions que la sociocratie. Avec l'organisation sociocratique, la hiérarchie ne signifie pas la subordination. Sa base principale repose sur une organisation de la prise de décision par consentement selon la formule: "plus aucune objection argumentée d'aucune personne".

Paul Jorion qui souhaite donner une forme politique à ses réflexions a lancé un débat le 3 mai 2013 pour tenter de réunir autour de lui les personnalités qui pourraient soutenir un mouvement "Jorionien". Il a repris un commentaire que je lui ai adressé sur l'importance pour un groupe de se doter d'un bon outil de régulation des humeurs, sans lequel, étant donné sa forte exposition, la lutte des places et les égos finissent par l'emporter, quelle que soit la qualité des membres du groupe. Sous la plume de El Jem, il avait d'ailleurs publié le 2 février 2013 un excellent article sur ce sujet des architectures organisationnelles et des procédures de décision intitulé: "Changement de paradigme: et maintenant? Que vais-je faire maintenant?"

Note: Le consentement est substantiellement différent du consensus. Le consentement est obtenu quand plus aucune personne du groupe prenant une décision n'a d'argument, d'objection capable de s'opposer à cette prise de décision. Tous consentent, c'est un principe auquel chacun doit adhérer, à cette décision ainsi prise, alors que le consensus suppose que tous les acteurs présents soient positivement d'accord avec la décision à prendre sans pour autant avoir besoin de faire appel à un argument construit, il suffit qu'ils votent contre la décision à prendre. Dans le cas du consentement, chacun doit amener une preuve argumentée de la qualité de son éventuelle objection, alors que dans le cas du consensus, chacun doit être convaincu de la décision à prendre. On peut aussi rappeler que dans le dispositif d'organisation sociocratique, si on n'aboutit pas à une décision au niveau hiérarchique n, la décision sera prise au niveau n+1, ce qui fait qu'en pratique les acteurs du niveau n sont amenés à ne pas rester sur leurs positions et à être créatifs pour trouver des solutions propres à leurs problèmes organisationnels.

 

Les auteurs et expériences à consulter pour sortir d'une domination animale sans pour autant nier les nécessités de hiérarchie fonctionnelle (la négation de cette nécessité est le principal travers utopique de l'autogestion) : Amin Maalouf et ses "identités meurtrières", Daryush Shayegan et sa "conscience métisse", Michel Callon, Pierre Lascoumes, Yannick Barthe avec leur idée de "démocratie technique ou dialogique" (cognitive) adoubée par Jean Zin.

Un article très instructif de Jean Zin sur la permanence des hiérarchies. Les articles de JZ retiennent très souvent mon attention pour diverses raisons. Il est matérialiste dialectique, écologiste, de gauche, entre très profondément dans tous les sujets qu'il traite et ne recherche aucun mandat. Il n'est d'autre part pas soumis aux lois des champs, ceux décrits par Bourdieu, et de la lutte des places qui s'y déroule, si bien qu'il peut débattre avec n'importe qui sur une base d'arguments et non des places respectives occupées dans le champ.

Le rôle de l'écoute dans l'intelligence collective.

Commentaires

  • Lecture complémentaire :

    http://www.usinenouvelle.com/article/les-entreprises-du-bonheur-se-sont-affranchies-des-gens-payes-pour-controler-les-autres-affirme-martin-meissonnier.N311960#

    http://liberteetcie.com/2015/01/magazine-management-parle-du-mouvement-dentreprises-liberees-favi-inov-on-poult-probionov/

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Théorie_X_et_théorie_Y

    Vive la liberté ....responsable.

  • merci pour ces références qui mettent en évidence qu'un glissement culturel est en train de s'opérer. Mais pour le moment, les organisations ne favorisent pas l'émergence de managers "motivants" ou Y, et quand il y en a un, malgré de très bons résultats opérationnels, le manager suivant peut tout casser et revenir à un management X, autoritaire ou paternaliste. Comment faire pour stabiliser une sélection de managers motivants? La culture de la prise de décision par consentement me semble pouvoir favoriser ce modèle participatif.

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