27/04/2012

La maison verte de Dolto

Parmi les réalisations qui relèvent de la démarche de l'état providence participatif, la maison verte de Françoise Dolto pourrait figurer en bonne place. Elle en a toutes les caractéristiques.

  • -Structure collective opérant dans le champ social (on n'y produit rien que du capital social).
  • -Participation active mais très peu contraignante des adultes.
  • -Concourt à réduire l'isolement, à la fois des adultes et des enfants.
  • -Règles de fonctionnement régulant intelligemment le vivre ensemble, la combinaison du je et du nous.
  • -Association de moyens publics et de citoyens.
  • -Conforme avec le "subsidiarisme".

[La maison verte]..."Un lieu de rencontre et de loisirs pour les tout-petits avec leurs parents. Pour une vie sociale dès la naissance, pour les parents, parfois très isolés devant les difficultés quotidiennes qu’ils rencontrent avec leurs enfants. Ni une crèche ni une halte-garderie, ni un centre de soins, mais une maison où mères et pères, grands-parents, nourrices, promeneuses sont accueillis... et leurs petits y rencontrent des amis." Françoise Dolto

Liste des maisons vertes

23/04/2012

Analyse de l'échec du thème de la société de soin mutuel

Vous vous souvenez, c'était début 2010, Martine Aubry lançait le thème de la société de soin mutuel. Compte de tenu des réactions très mitigées de la société, on peut rappeler celle de Jacques Julliard (Bisounours et gnia gnia gnia) ou celle de Jacques Attali opposant le soin mutel au respect, ce thème est passé par pertes et profits. Et pourtant c'était une tentative très opportune de développement participatif de l'activité sociale rompant avec le mirage de l'état providence tout puissant. Pourquoi ce thème a t-il fait un tel flop?

Je vois trois raisons majeures:

  1. -Il s'agit de rompre avec la tradition de notre état social centralisé (Etat Providence) fondé par le sacro-saint CNR (Conseil National de la Résistance) en 1944 et qui a alors actualisé notre contrat social. Toute atteinte à ce système est vécu par la gauche (les gestionnaires des caisses paritaires, qui se vivent comme les gardiens du temple, en particulier) comme une atteinte à l'état social lui-même, alors qu'il s'agit de l'actualiser à nouveau et de l'enraciner populairement.
  2. -Le thème du soin mutuel renvoie à une quasi-Forme de charité propre au centre-droit, à la démocratie chrétienne à laquelle la gauche ne peut s'identifier. Un détour sur la question clé de la gratuité me semble indispensable pour associer l'ensemble des forces solidaires qui peuvent se retrouver dans ce projet de société de soin mutuel.
  3. -En France, on a plus de goût pour les grandes idées et pour chercher le sucre dans le lait chaud que pour les projets terre à terre. Cette question du soin mutuel apparaît donc comme un sujet politique mineur.

Si cette analyse est juste, il devient alors possible d'imaginer des stratégies permettant de surmonter ces obstacles à cette société de soin mutuel que j'appelle de mes voeux. Je l'appelle de mes voeux parce que la structuration de l'activité sociale me semble être une des pistes importantes de résolution de l'exclusion qui caractérise notre organisation sociale et que la structuration de l'activité sociale peut à la fois réduire l'isolement et le chômage (Chômage + Isolement  ≡ Exclusion).

20/04/2012

Le contrat social et les monnaies locales

A l'heure où le pouvoir financier dépasse de loin le cadre des états et des pouvoirs politiques internationaux naissants, parler de contrat social a perdu une bonne partie de sons sens. En effet, le contrat social de Jean-Jacques Rousseau est basé sur l'établissement de lois, et donc d'un pouvoir politique, capables de contrecarrer la loi du plus fort qui s'établit spontanément.

En conséquence, la pemière priorité actuelle de tout chef d'état devrait être de tout faire pour remettre en cohérence le pouvoir politique et le pouvoir économique sur la zône du monde dont il a la charge (par exemple, sur un plan international, peser de tout leur poids, aussi faible soit-il, pour que se tienne un nouveau Bretton Woods, sur un plan national, encourager les initiatives relocalisantes comme l'est le principe de coopérative municipale). Le principe de subsidiarité me semble être un minimum pour que le contrat social puisse reprendre du sens, mais les coups de menton protectionistes on nationalistes négligeant les forces en présence sont vouées à l'échec du fait de cette croyance aveugle dans un volontarisme délirant.

Le système monétaire international est inexistant, presque tout le monde en convient. Les parieurs/prêteurs ont le champ libre pour imposer leurs règles sur les marchés, privant ainsi les élus d'une bonne part de leurs pouvoirs à élaborer et entretenir un quelconque contrat social. Il n'est donc pas surprenant que la loi du plus fort, ainsi que l'avait si justement ramarqué Rousseau, s'impose partout. En attendant ques nos élus se remettent à l'oeuvre pour redonner vie à nos contrats sociaux, il nous reste quelques marges de manoeuvre locales pour échapper à la dictature des marchés. Parmi ces moyens, la mise en circulation de monnaies locales (le local étant ici l'état) en cohérence avec le pouvoir politique pour fluidifier l'activité du domaine social me semble être pertinent, dès lors que les critères retenus ne soient pas ceux du profit. Le principe d'une monnaie fondante me semble avoir toutes les qualités requise.

Dès que les pouvoirs politiques et les pouvoirs financiers seront remis en phase, ces monnaies parallèles ne présenteront plus beaucoup de légitimité, il sera à nouveau possible de discuter de la pertinence de telle ou telle politique économique. Les discussions entre libéraux et keynésiens pourront reprendre. Cette discussion est presque sans objet aujourd'hui, tant que le contrat social n'aura plus aucun sens.

11/04/2012

Les Voisins Solidaires

Nul doute que l'association des Voisins Solidaires est une tentative spontanée de structuration du domaine social que j'appelle de mes voeux. C'est tout à fait le type de démarche attendu par l'Etat Providence Participatif. Il s'agit de la création d'une institution par le bas. Le vecteur de la fête des voisins dont le succès est grandissant semble indiquer que cette institution "sauvage" en gestation a toutes les chances de réussir, c'est en tout cas ce que je lui souhaite.

Et moi, qu'est-ce que je fais dans l'affaire, je me croise les bras? Ben non, d'abord, je soutiens l'initiative et je travaille à consolider, depuis environ 1990, le cadre conceptuel sur lequel cette initiative peut s'appuyer, ensuite j'y participe, mais ça c'est mes oignons.

29/03/2012

Pour un baptême social adossé à un collectif parrain afin d'éradiquer l'exclusion

Vous me direz que le baptême civil (baptême républicain) existe déjà. En effet, mais sa valeur est voisine de zéro. Ce que je veux promouvoir ici, c'est la mise en place d'une véritable institution, avec des droits et des devoirs inscrits dans la loi. Voilà sans doute le premier élément significatif de structuration institutionnelle du domaine social que j'appelle de mes voeux. C'est ce qui apparaît dans la représentation ci-dessous qui illustre l'individu distribuant son temps de façon ordinaire entre les trois domaines: le domaine social (collectif de parrainage), le domaine affectif (famille) comme c'est déjà le cas et le domaine productif  (l'entreprise)  comme c'est déjà le cas aussi.

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Pourquoi?

Pour contribuer à mettre les individus au monde sans pour autant tout de suite les enfermer dans une confession ou une ethnie. Parce qu'il s'agit d'une proposition en complet accord avec le projet général d'état providence participatif dont le but principal est de signifier à chacun de nous au moyen des institutions, aussi bien sur un plan symbolique que sur un plan pratique, qu'il est le bienvenu, que la société le désire, qu'il y a sa place. Il s'agit de faire en sorte que les choix par défaut que sont la tentation communautaire ou multiculturaliste en cours ne prenne pas le dessus sur les valeurs républicaines si chèrement acquises, mais qui demeurent abstraites faute d'institution appropriée à faire une place à chacun.

 

Comment?

En créant un collectif de parrains et marraines dont le nombre serait au minimum environ de 10 personnes et au maximum environ de 100 personnes. Ce collectif serait par essence laïque, ce qui n'exclut en rien que ses membres adhèrent à une confession. Ce collectif s'engagerait à apporter son assistance à leur filleuil, aussi bien sur un plan matériel que sur un plan de conseil ou tout autre plan si celui-ci en fait la demande et que cette demande est raisonnable (contours des droits et devoirs à définir).

 

Il y aurait de très nombreux problèmes pratiques à régler pour qu'une telle institution soit fonctionnelle. Délimiter plus précisément les contours des droits et devoirs. Comment prendre les décisions (Pour une telle structure, je suis favorable à un mode de prise de décisions par consentement en accord avec un principe de responsabilité collective). Comment gérer la pérennité du groupe (départs pour désaccord, décès...).

Mais l'enjeu est très important si on souhaite recoudre la société et la communauté des citoyens au-delà des divergences confessionnelles ou éthniques, si on souhaite que l'exclusion sous toutes ses formes disparaisse radicalement. L'exclusion signifie l'exact contraire du baptême. Se retrouver exclus, soit à cause de son isolement, soit à cause du chômage, signifie l'inverse de la mise au monde, c'est comme une dé-naissance, comme si on était dé-né (dénié), alors que le baptême signifie l'accueil au monde, la mise au monde symbolique.


Parallèle matériaux - corps social

Dans son livre "Les objets fragiles" P.G. De Gennes décrit l'utilisation de l'hévéa par les indiens d'Amérique du Sud. Ils s'enduisent les pieds de la sève de l'hévéa, le latex, puis attendent un petit moment. Ils se retrouvent alors possesseurs d'une paire de bottes parfaitement ajustée. Malheureusement, le soir, cette botte se désagrège. Goodyear, sans doute un peu par hasard, mélange du soufre à la sève et obtient un caoutchouc très proche du caoutchouc actuel. La botte pourra tenir très longtemps. Quelle différence y a-t-il entre la première botte naturelle et celle de Goodyear? Dans le premier cas les molécules en forme de spaghettis de la sève de l'hévéa sont pontés par l'oxygène, puis, la réaction se poursuivant sont ensuite rompues, d'où la destruction. Dans le deuxième cas, la liaison avec le soufre est plus faible et ne peut ensuite couper les chaînes macromoléculaires, mais elle est assez forte pour maintenir une bonne cohésion de l'ensemble sans le rigidifier En fait, un atome de carbone sur 200 de la chaîne macromoléculaire a réagi avec le soufre. P.G. De Gennes conclut que "c'est la preuve qu'on peut transformer une matière par des actions extérieures faibles". C'est sa définition centrale de ce qu'il appelle la" matière molle". Le collectif de parrainage, c'est un peu un objet mou au sens de P.G de Gennes. C'est un peu une structure sociale de l’âge du plastique, une structure à liaison faible assurant à la fois la cohésion au corps social et sa souplesse.

Des parrainages de sans papiers ont déjà été constitués. Mais il s'agit d'initiatives ponctuelles sans véritable soutien institutionnel. Ce projet de baptême social rejoint ces initiatives de parrainages de sans papiers, mais il vise à le banaliser et à le consolider légalement, au même titre que le mariage ou l'entreprise.

 

24/03/2012

Nicolas Sarkozy et les lois inutiles

"Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires." L'esprit des lois de Montesquieu. Il y a d'ailleurs un portail émanant de la commission des lois à l'assemblée nationale visant l'objectif de réduire les lois inutiles où vous pouvez vous exprimer. Fonctionne t-il encore? La dernière contribution reçue date du 9 décembre 2008.

Quand Nicolas Sarkozy entend reprendre la main sur la campagne en voulant engager à la va-vite une loi en réaction au drame de Toulouse, il se trompe une fois de plus de régistre et porte atteinte à l'état de droit et affaiblit les institutions. Si je n'en avais d'autres, cette seule raison suffirait à ne pas lui accorder ma confiance.

L'état dispose de deux outils pour conduire son action, un outil législatif et un outil administratif. L'outil législatif qui élabore l'état de droit, les institutions, émet des règles dont le but principal est de prendre acte et d'actualiser le contrat social qui unit l'ensemble de la population, il s'agit d'un outil qui demande du temps, du dialogue et de la réflexion.  L'outil administratif est plus propice à la décision. Les préfectures et tous les corps administratifs sont les relais des décisions administratives. Les décisions concernent le temps court.

Blandine Kriegel, dans "l'état de droit ou l'empire" (ou dans "La république et le prince moderne"),  expose de façon très convaincante ce qui oppose un mode de gouvernement dont le centre de gravité est l'état de droit à un gouvernement dont le centre de gravité se situe plutôt du côté de la décision. Tous les empires se sont appuyés de préférence sur la peu démocratique décision administrative. Les états de droit ont dû lutter contre ces empires pour faire émerger la démocratie. Les grecs contre les perses vers -500, plus près de nous les Provinces Unies (Pays Bas) contre Philippe II. La France est traversée par les deux tendances qui ont permis l'existence des Napoléons et celle de l'état de droit actuel. Nombre de commentateurs ont bien perçu le caractère Bonapartiste de Nicolas Sarkozy. Toutefois, je crois utile de mettre cette observation en perspective afin de bien comprendre où nous mènent ses penchants naturels vers la décision.

La décision s'appuie sur la panique et la peur. C'est un outil bien connu de tous les volontaristes, des arrivistes et des carriéristes qui exortent à l'action immédiate et qui s'appuient sur un entretien de la peur pour asseoir leur pouvoir. Nul doute que Nicolas Sarkozy fait bien parti de ces guides qui, par précipitation pour emporter le morceau, nous divisent et affaiblissent la démocratie tout en prétendant nous sauver. Les adversaires plus enclins aux valeurs démocratiques seront immenquablement traités de nuls et de mous, face à ces arrivistes sans scrupules capables d'enterrer la démocratie pour des rêves de grandeur, pour des illusions de France forte nous entrainant à coup sûr dans une direction qu'eux-même ne pourront pas maîtriser et qui se réfugieront alors dans la logique des boucs-émissaires (cf les patrons brebis galeuses), les faux-travailleurs, les étrangers, les Roms, l'Europe, la crise...pour expliquer leurs échecs pourtant prévisibles.

21/03/2012

Souviens-toi de la Saint Barthélémy, ou le choc des Vérités.

"Si Dieu existe, qu'il se démerde!"

Cette opinion choc d'Alexandre Jollien, lui-même croyant, s'adresse t-elle à Dieu, est-elle une offense à Dieu? Non, bien entendu, elle s'adresse à tous les prosélytes, tous ceux qui s'abritent lâchement derrière Dieu et l'instrumentalisent, pour justifier leurs actions, afin d'assouvir leur désir de puissance sur leurs congénères.

Les Vérités divines sont différentes suivant la religion. Tant qu'elles ne se mêlent que de spiritualité (le pourquoi) et qu'elles ne prétendent pas nous dicter nos choix (le comment), je n'ai rien à dire. Dès qu'elles nous imposent ce que nous devons faire, ce que nous devons manger, comment nous devons nous habiller, alors elles peuvent être tenues pour responsables de beaucoup de violences, puisque les Vérités différentes ne peuvent que s'entrechoquer. Ce n'est pas le choc des civilisations, mais le choc des Vérités que seule la laïcité est en mesure de tempérer. Les Vérités sont au ciel, qu'elles y restent, les responsabilités de nos actes sont ici-bas et elles nous incombent. Par exemple, le jour où les représentants des différentes religions se mettront d'accord pour utiliser des lieux de cultes communs (nous avons un patrimoine considérable d'églises quasi-inoccupées), ils auront fait un grand pas dans la démonstration pratique de la tolérance qui émaille leurs discours et je saluerais ce (sa)geste.

Un des rôles forts de toute spiritualité est de mettre symboliquement au monde tous les mal-nés. Et d'une certaine façon, aussi talentueux que furent nos parents à nous mettre au monde, à nous délivrer ce OUI dont parle Naouri, ils sont comme nous, imparfaits à y réussir complètement. C'est pourquoi, ne serait-ce que pour cette raison, les spiritualités ont un rôle à jouer. Par exemple, le baptême n'est pas à comprendre comme une décision de l'enfant à faire partie de la communauté des hommes, mais comme une mise au monde, un accueil puissant de la communauté humaine envers le nouveau venu, quel que soit son âge.

Mais comment pourrions-nous oublier les massacres de la Saint Barthélémy? Comment pourrions-nous ignorer le choc des Vérités quand celles-ci entendent gouverner nos actes, s'ériger en pouvoir politique, c'est à dire du comment? Comment pourrions-nous délaisser ce grand évènement fondateur de notre laïcité? Merci à Aristide Briand pour avoir su promouvoir et convaincre d'adopter la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation DES églises et de l'état, malgré une opposition acharnée du Vatican.

Amin Maalouf et ses réflexions sur les "identités meurtrières" constitue pour moi une référence sur le chemin des identités cognitives contre les ravages des identités essentielles, qu'elles soient éthniques ou confessionnelles, quand bien même je lui demande de faire encore un petit effort.

Lequel des candidats au poste suprême pourrait avoir le courage, en ces moments douloureux, de rappeler aux guides religieux autoproclamés (dans le sens où Dieu n'y est pour rien) toute la violence que recèle le choc inévitable des Vérités et toute la sagesse si chèrement acquise contenue dans cette loi d'Aristide Briand?

 

27/02/2012

Apprendre des va-nu-pieds

Une histoire qui donne du courage.

 

Comment ne pas relayer cette démonstration de Bunker Roy que les va-nu-peds, donc usuellement considérés comme faibles, inemployables etc recèlent des richesses méprisées. Bunker Roy est sorti du discours ennivrant et stérile qui nous baigne et il nous livre des clés de vivre ensemble enthousiasmantes grâce à son université des va-nu-pieds.

On entrevoit, au travers de cette expérience, ce que pourrait être une institution qui ne conduirait pas à l'exclusion mais se préoccuperait de faire une place à chacun en fonction de ses aptitudes actuelles, une institution qui se contenterait d'apporter un petit coup de pouce organisationnel et une valorisation de l'existant sans pour autant devenir invasive, sans pour autant déposséder les acteurs.

Merci à Incognitototo de l'avoir fait découvrir.

02/09/2011

Fin de cycle.

Chers lecteurs, chers amis, (vous êtes 700 et plus à me rendre visite chaque mois)

Voilà déjà longtemps, c'était en 1989-1990, que j'ai commencé un travail de recherche politique initié par une période de chômage de 9 mois. J'ai voulu comprendre et dans un esprit pratique, j'ai voulu rechercher des solutions à l'exclusion sans pour autant sacrifier la liberté et sans nourir de bouc-émissaire. Jamais je n'aurais cru y parvenir. Mais aujourd'hui, j'ai le sentiment d'avoir épuisé, du moins d'une façon théorique (mais aussi pratique que possible en m'appuyant sur l'existant) qui me semble assez satisfaisante, les questions politiques (les choix collectifs) que j'ai voulu résoudre. Je crois n'avoir négligé dans ce projet ni l'aspect social ni l'aspect économique, les deux étant réputés capables de vengeance en cas d'oubli. Le petit graphique à droite présente l'individu ordinaire répartissant son temps entre 3 pôles ayant chacun leur logique propre, un pôle affectif, un pôle productif et un pôle social. C'est surtout ce pôle social qui me semble devoir trouver sa place, puisqu'il ne l'a plus au sein de la famille et que le pôle productif s'appuie sur une logique de gain de temps inadaptée.

Le principal message politique que je tente de mettre ici en musique, c'est celui d'Alexandre Jollien dans son "Éloge de la faiblesse" et celui de Charles Gardou dans son "Fragments sur le handicap et la vulnérabilité". Mettre la faiblesse et non la perfection au centre de gravité des préoccupations politiques, c'est vouloir aménager une place à chacun et tenter de se libérer de la peur de soi, de la peur de l'imperfection qui habite chacun de nous dans cette société de l'individu. C'est tenter de déplacer le centre de gravité politique d'économique à humain, richesse première. Aménager une écologie sociale faisant une place à chacun, lui permettant de contribuer à la collectivité, aussi faible soit-il, c'est le sens politique profond de l'Etat Providence Participatif. Tout l'opposé de la pitié ou des bons sentiments que beaucoup ont cru déceler dans la société du soin mutuel. J'invite les penseurs et acteurs de la politique à opter pour cette démarche, à comprendre les mécanismes de formation d'exclus que leur philosophie politique ne manque pas de produire et à y remédier à la source, en plaçant le faible au coeur de leur réflexion et non pas à le prendre en considération après coup et constater notre impuissance devant cette implacable "lutte des places"* (Titre d'un livre de Vincent de Gaulejac et Isabel Taboada Léonetti).

Si on juge une société à sa capacité à faire une place à chacun de ses membres et en particulier aux plus faibles, alors notre organisation actuelle peut être jugée très sévèrement, particulièrement eu égard à notre niveau élevé de richesse économique. La droite pour assumer d'organiser la société autour des plus forts et la gauche pour ne guère dépasser le niveau des bonnes intentions, malgré une tentative récente, mais timide et si froidement accueillie, de vouloir promouvoir la société du soin mutuel. Il y a du chemin à faire puisque nous réussissons l'exploit d'exclure plus de 10% de personnes non handicapées, n'ayant qu'une vulnérabilité ordinaire et nous prolétarisons la majorité. Ni la société de marché ni la société de la connaissance, pas plus que la société du temps choisi ne sont en mesure de nous aider à réaliser les conditions d'une contribution reconnue de chacun de nous, à nous aménager une place.

Aucune idéologie n'est d'ailleurs en mesure d'apporter ce qu'elle est censée apporter si elle n'est associée à une boucle de retour d'expérience et d'ajustement sur les décisions prises, sur les institutions mises en place. C'est cette qualité de mesure qui est un des éléments clés de la sociocratie d'Endenburg qui fait toute la valeur opérationnelle, pour les organisations, de l'attention qu'il porte à aménager une place à chacun, à chaque objecteur et à chaque objection. Cette mesure, cette évaluation, est une condition nécessaire pour rapprocher ce qu'on fait de ce qu'on dit et avoir une chance d'échapper au délire idéologique universel confondant ce qu'on veut et la réalité. Esther Duflo n'a pas renoncé à l'idéologie d'une lutte contre la pauvreté, mais c'est en mettant l'évaluation au premier plan de ses actions, c'est assez rare pour être souligné.

Si la démarche politique que j'ai suivie est originale, je n'ai aucune leçon de morale à donner, je revendique d'être un citoyen ordinaire, ni plus ni moins. C'est pour cette raison que je n'ai pas compté sur un homme nouveau dans l'élaboration de ce projet politique. Je ne compte pas non plus sur un homme providentiel parce que je crois que le volontarisme se heurte à des forces historiques et sociales qui le dépassent de très loin. Cette idée de placer la faiblesse au centre de la réflexion politique plutôt que de la prendre en compte après coup peut-elle déboucher sur une mise en forme politique viable et efficace? Elle est en tout cas cohérente avec l'idée de ménager une place, une vraie place, à chacun d'entre nous.

Comme je n'ai pas vocation à devenir un intellectuel professionnel et n'ayant pas non plus vocation à commenter l'actualité, sauf exception, je vais arrêter de publier régulièrement de nouveaux billets sur ce blog et poursuivre ce bricolage par d'autres moyens. Le blog va toutefois rester ouvert ainsi que la possibilité d'y déposer des commentaires et dialoguer entre vous ou avec moi.

Trois façons de consulter le blog sont possibles, soit faire défiler les articles sur un mode chronologique, soit utiliser la rubrique archives (en bas à droite), soit utiliser la rubrique pages (en haut à droite) qui propose des regroupements thématiques des articles.

Avec tous mes remerciements pour votre attention.

Amicalement.


*La Lutte des places, Desclée de Brouwer, Paris,1994, réédition 1997, 2001.
Vincent de Gaulejac en collaboration avec I. Taboada Leonetti.

"On n'existe plus ! Cette plainte est caractéristique de toutes les personnes qui ont le sentiment d'avoir perdu leur place dans la société. Ce phénomène de désinsertion sociale est nouveau et touche un nombre de personnes de plus en plus important. La lutte des places n'est pas une lutte entre des personnes ou entre des classes sociales. C'est une lutte d'individus solitaires contre la société pour trouver ou retrouver une " place " c'est-à-dire un statut, une identité, une reconnaissance, une existence sociale. Cet ouvrage décrit, à partir de récits de vie, différents aspects de l'exclusion et diverses formes de désagrégation du lien social. Il montre comment des individus entrent dans l'engrenage de la désinsertion et présente les stratégies pour tenter de s'en sortir. Il analyse également pourquoi les réponses politiques et institutionnnelles se sont avérées, jusqu'à présent, impuissantes pour enrayer ce phénomène."


Suite à un certain nombre d'objections tirant leur source du malentendu, je voudrais préciser que la démarche retenue ici pour édifier un Etat Providence Participatif (ou Contributif) est normative dans le sens ou je ne demande pas à l'état de faire le jeux mais de l'arbitrer, je ne demande pas à l'administration de prendre en charge cette politique de la contribution sociale sous toutes ses formes que je propose, mais de consolider et réguler cette activité au moyen d'institutions relevant d'un état de droit.

Par exemple, dans la mesure du possible, plutôt que de payer des fonctionnaires à prendre en charge des handicapés, je choisirais de favoriser au maximum leur insertion dans toutes les sphères d'activités. Les coopératives municipales de Jean Zin me semblent apporter un cadre institutionnel propice à la mise en place de cette contribution volontaire. Ce qui est le coeur politique de cette proposition c'est de signifier concrètement à chacun que lui aménager une place, lui permettre de contribuer, tout au long de sa vie s'il le souhaite, est l'acte politique le plus important.


PS: je tiens de loin en loin un autre blog sur l'école sous le pseudo de Solotourne, l'école désadolescentée.

18/07/2011

Pouvoir se serrer les coudes permet d'envisager d'avoir à se serrer la ceinture.

 La solidarité a besoin de lisibilité pour être comprise et effective. Le CNR (Conseil National de la Résistance à l'origine de notre Etat Providence, de notre sécu) avait su mettre en place au sortir de la guerre cette solidarité qui a été payante, à la fois sur le plan économique et sur le plan social. Le monde a évolué, quatre facteurs principaux ont changé depuis : les frontières se sont ouvertes ou plutôt les échanges se sont intensifiés, les femmes sont sur le marché du travail, la population a vieilli et nous devons construire une économie durable. Voilà pourquoi il nous faut reconstruire notre solidarité en prenant en compte ces facteurs. Saurons-nous reconstruire notre pacte social, nous serrer les coudes dans ce nouveau contexte, afin d'être capables de nous serrer la ceinture si besoin, et de vérifier, une fois de plus, que l'union fait la force?

La crise de la dette comme on la nomme (je préfère bulle/dette pour désigner ses deux faces) prend le chemin d'un serrage de ceinture pour une bonne partie du monde (sauf pour les prêteurs/parieurs, au moins dans un premier temps). Il faudra sans doute un certain délai pour que des solutions efficaces de régulation financière soient mises en place (Décourager les paris sur les prix, soit par une taxation dissuasive, soit par une interdiction, mise en place d'une monnaie de compensation internationale type Bancor ou autre). Les thèses décroissantistes nous indiquent aussi le même chemin, mais pas pour les mêmes raisons. La crise financière vient d'un dérèglement périodique de ce système capitaliste à deux temps: concentration/implosion, alors que la crise du modèle de société progrès/liberté qui est à la source de l'oukaze productiviste à tout prix préside aux thèses décroissantistes. Les pays dits développés ont une empreinte écologique comprise entre 5 et 10ha par personne, alors que nous nous acheminons vers une biocapacité moyenne de 1,5ha par personne pour 8 à 9 Milliards d'habitants. Il nous est peut-être possible de réussir le mariage progrès/écologie qui ne saura se faire sans une modification de notre liberté anarchique en une liberté plus respectueuse de la collectivité. Est-ce que la piste sociocratique peut tenir cette promesse de transformation sans nous priver du progrès, sans frustrer notre curiosité et notre céativité?

Les deux crises se renforcent et on peut donc être à peu près certains qu'il va bientôt falloir se serrer la ceinture. Je ne suis pas contre, mais à une condition, c'est de ne pas être le dindon de la farce, comme la plupart d'entre vous. Les effets du désir mimétique d'appropriation de René Girard (en gros, la jalousie) risquent fort de jouer à plein dans cette période qui s'annonce. Profitons-en pour réformer notre organisation sociale avant que les thèses volontaristes autoritaires ne prennent le dessus. Les injonctions implicites des "marchés" sont transmutés en austérité populaire et en destruction de la protection sociale. Outre qu'il s'agit d'une ineptie économique ayant un amer goût de déjà vu, d'un projet de paupérisation, nous n'accepterons pourtant de nous serrer la ceinture que si nous avons au préalable les moyens de nous serrer les coudes, c'est à dire si nous rendons notre solidarité effective. Comment faire?

L'emploi et le système de protection sociale sont mes priorités.

Pour l'emploi, il me semble indispensable de rendre la création d'entreprise et son développement beaucoup plus faciles. Il me semble indispensable de découpler financement de la solidarité et création de richesses. Ce qui ne veut pas dire que je sois pour une réduction du financement de la solidarité. Tout ce qui pèse sur l'entreprise peut être transféré sur le citoyen. Un rapport récent (rapport de l'Assemblée nationale sur l'application des lois fiscales, présenté mercredi 6 juillet par Gilles Carrez (UMP)) a montré que les grosses entreprises payaient nettement moins d'impôts que les PME, certaines n'en payant même pas du tout. Est-ce que l'option de compliquer encore plus le système fiscal pour faire payer ces grosses entreprises coûte que coûte a un sens? Non, puisqu'on voit qu'elles savent très bien tirer parti de cette complexité, alors que les petites entreprises n'en ont pas les moyens. La solution n'est pas morale, elle est logique: dans un souci d'égalité entre les entreprises et de solidarité en facilitant la création d'emploi, il faut défiscaliser les entreprises et transférer le financement de la protection sociale sur le citoyen.

Deux outils complémentaires puissants sont à la disposition de l'état pour financer son fonctionnement, pour mener sa politique économique et pour assurer la protection sociale. Il s'agit de l'impôt sur les revenus (IR) et des impôts indirects (TVA). Ces deux impôts ont les meilleurs rendements, et permettraient de se passer des niches pour mener une politique économique. L'impôt sur les revenus (tous les revenus, salaires, rentes, dividendes, avantages en nature) permet de gérer les inégalités (plus ou moins à droite ou à gauche) et les impôts indirects permettent de gérer une poltique économique avec des taux différenciés suivant les secteurs économiques qu'on souhaite pousser en avant ou freiner (par exemple favoriser le développement d'une économie durable). Il est possible de conférer un caractère progressif à la TVA (c'est à dire rendre la TVA aussi juste qu'on le souhaite) en lui adjoignant un crédit d'impôt à la consommation unique (qui peut d'ailleurs efficacement être restreint au tiers ou au quart de la population ayant les plus bas revenus sans perdre son sens). Le mécanisme de l'exception culturelle est vanté par la gauche et je me demande bien pourquoi elle est si réticente à promouvoir la TVA dite sociale qui procède de façon similaire. Faudrait-il réunir Thomas Piketty, très sensible aux inégalités et co-auteur d'un projet radical de réforme fiscale, et Jean Arthuis, très sensible à l'emploi et favorable à une TVA sociale de substitution, dans une même pièce avec pour mission de vraiment réformer notre fiscalité pour à la fois stimuler l'emploi et la production, garantir les ressources de notre état social et redistribuer les richesses? (Discussion à ce sujet sur le blog de JM Harribey)

Si on se place dans un cadre d'harmonisation fiscale européenne, en l'absence d'une monnaie de compensation comme serait le Bancor et qui redonnerait sens à la souveraineté monétaire, on peut combiner prélèvements sur l'entreprise et prélèvements sur le citoyen. “Comment harmoniser la fiscalité en Europe” n’est pas l’objet de beaucoup de propositions et encore moins de propositions qui seraient basées sur un critère pratique de compétitivité ni sur le principe de subsidiarité pourtant inscrit dans les textes fondateurs. En voici une qui tient compte de ces deux critères, avec en prime l’attribution d’une fonction de pilotage de l’harmonie économique entre les états membres de l’UE au parlement Européen: ne pourrait-on pas gérer, par décision du parlement Européen, la répartition des prélèvements entre entreprise (Tous les prélèvements) et citoyen (IR+TVA+…) de façon à tendre vers un équilibre des échanges pour chaque pays? Si l’Allemagne exporte plus que les autres, alors on lui impose de charger un peu plus les entreprises et un peu moins les citoyens. Si la France importe plus, on lui impose de charger un peu moins l’entreprise et un peu plus le citoyen. Ce principe préserve à chaque pays sa souveraineté d’organisation de sa protection sociale.

La protection sociale est assurée par un grand nombre de mécanismes où se mèlent financement et participation directe (bénévolat, famille...). Mes analyses m'ont conduit à proposer une plus grande mutualisation de la participation directe à ce qu'on nomme de façon restrictive l'Etat Providence. En gros, je propose que chacun puisse participer directement à la protection sociale ou cotiser plus. L'idée est qu'il soit plus avantageux de participer directement. Il est même possible de combiner emploi et (auto-)protection sociale en synergie au moyen d'un contrat mixte productif/social.

Il reste la retraite. Les retraites sont financées par l'activité actuelle, quel que soit le mode de financement choisi. Il me semble donc utile que, dans une optique de solidarité entre générations, un lien soit établi entre le montant des retraites et les performances économiques. Je propose un mécanisme général de retraite flottante par points qui permette d'établir ce lien entre retraités et actifs.

 

Point de repère: au cours d'une vie, nous passons environ 10% en moyenne de notre temps actif au travail. On peut obtenir ce résultat en calculant le taux (Population activeXnombre d'heure travaillées moyen par personne et par an)/ (Population totaleX16X365) (c'est à dire 16heure d'éveil par jour et 365 jours par an). Estimation 2008: (25M X1568)/(63.75X16X365)=10.5%.

On peut ergoter sur cette évaluation à la hache, mais le résultat global ne sera pas beaucoup modifié, ce qui signifie que la politique, si centrée sur l'économie, perd de vue que sa référence ne concerne qu'une part infime de notre vie. Ce simple calcul montre que nous avons beaucoup plus de marges de manoeuvre d'organisation qu'on le croit habituellement.


Article d'origine anglaise amenant du grain à moudre au moulin de l'égalité (se serrer les coudes), d'autant plus remarquable que cette culture place en général la justice au-dessus de tout (et qui justifie, par exemple, que si tu remplis le stade de Wembley, c'est juste que tu gagnes 1000 fois ou 10000 fois le SMIC).

24/06/2011

Amin Maalouf, encore un petit effort!

Identités cognitives contre identité essentielle.

 

Vous savez qu’Obama est communautarien ? C’est en tout cas ce qu’a expliqué Julie Clarini dans sa chronique « Les idées claires » du 23 Juin 2011. Je la cite :

«..l’historien James Kloppenberg, spécialiste de l’histoire intellectuelle américaine,… voit chez Obama tous les traits d’un homme marqué par la pensée communautarienne. Le mot n’évoque rien de ce repoussoir qu’est pour nous en France la communauté, ou au communautarisme. C’est une école philosophique qui répond au libéralisme en l’attaquant sur sa conception de l’individu ; le libéralisme postule un individu sans attache, exclusivement rationnel ; cet être-là n’existe pas aux yeux des communautariens pour qui l’homme est autant relationnel que rationnel. La dépendance vis-à-vis de l’autre est tout aussi constitutive de l’homme que sa raison. L’homme est toujours issu d’un groupe et porteur de valeurs qui le façonnent. »

J’ai voulu creuser un peu plus la question et je n’ai pu éviter quelques textes très documentés d’Alain de Benoist sur cette controverse américaine libertarien-communautarien . Depuis quelques temps, je mène une réflexion qui m’a emmené du côté d’Auguste Comte et de la sociocratie qui pourraît très facilement s’inscrire dans la généalogie de la pensée communautarienne, tant elle a de points communs avec elle. La fécondation de la pensée d’Auguste Comte avec la cybernétique a permis à Gérard Endenburg d’appliquer la sociocratie de façon cohérente au management socio-organisé de son entreprise dans les années 70-80. Son expérience se poursuit aujourd’hui dans le monde entier sous l’égide du « Global Sociocratic Centers Website ». Je voudrais souligner que la sociocratie d’Endenburg tient plus que tout à ce que l’entreprise ou l’organisation ne soit plus le siège « d’aucune objection argumentée d’aucune personne», ce qui est cohérent avec une démarche systémique pour laquelle plus l’information disponible est juste et large et mieux il sera possible de guider le système. Il s’agit donc d’un mode d’organisation qui non seulement n’écarte pas les objections des participants, mais de plus les souhaite et s’en enrichit. Ce n'est en effet pas en tapant sur le messager parce que son message ne nous plaît pas qu'on change la teneur du message, ou casser le thermomètre ne fait pas chuter la température...

Alain de Benoist est connu pour ses anciens liens avec l’extrême droite et quelques démêlées avec le MAUSS et j’étais quelque peu troublé par cette proximité qui me semblait contre nature entre son penchant communautarien et l’extrême droite. Pas moyen pour moi de mettre Obama et le FN dans le même sac. Dans un premier temps, j’ai pensé que ce temps était révolu, qu’Alain de Benoist avait évolué. Mais non,  il en ressort qu’il adhère aux thèses essentialistes très élaborées de Michael J. Sandel sur l’identité, thèses que chacun peut retrouver, soit parfois en clair, soit en filigrane, dans les thèses du FN. Je cite Alain de Benoist :

"Les communautariens affirment ainsi que tout être humain est inséré dans un réseau de circonstances naturelles et sociales qui constituent son individualité et déterminent, au moins en partie, sa conception de la vie bonne. Cette conception, ajoutent-ils, vaut pour l’individu, non en tant qu’elle résulte d’un « libre choix », mais parce qu’elle traduit des attachements et des engagements qui sont constitutifs de son être. De telles allégeances, précise Sandel, « excèdent les valeurs que je peux maintenir à une certaine distance. Elles vont au-delà des obligations que je contracte volontairement et des “devoirs naturels” que je dois aux êtres humains en tant que tels. Elles sont ainsi faites que je leur dois parfois plus que la justice ne le demande ou même ne l’autorise, non du fait des engagements que j’ai contractés ou des exigences de la raison, mais en vertu même de ces liens et de ces engagements plus ou moins durables qui, pris tous ensemble, constituent en partie la personne que je suis".

La boucle est bouclée, le glissement subtil vers l’identité essentielle, communautariste, semble alors fondé.

L’accès d’Amin Maalouf à l’Académie Française m’a remis en mémoire son livre sur « Les identités meurtrières« . Dans ce livre, il dépeint la cohabitation de plusieurs identités en lui, sans qu’il éprouve le besoin de nier l’une au profit de l’autre. Il s’attaque, ainsi que le titre l’indique, aux identités exclusives, aux identités vécues comme essentielles, c’est à dire faisant partie intégrante de notre personne, ces identités meurtrières. C’est un livre que j’avais beaucoup apprécié à sa sortie, me sentant moi-même habité d’une multitude d’identités (rural, urbain, Breton, Français, Européen, citoyen du monde, catholique, agnostique, animiste sur les bords…) et ne me sentant pas dans l’obligation de choisir l’une ou l’autre au détriment de toutes les autres. A sa façon intuitive et réflexive, Amin Maalouf nous accompagne dans une découverte de notre vie intérieure qui nous éloigne d’une vision nauséabonde de l’identité, qui nous éloigne du « français de souche » et des thèses identitaires castratrices et pathologiques propres à tous les fascismes.

Si Amin Maalouf nous éloigne de l’identité animale de la meute en nous démontrant la pluralité de nos habitus, il ne fait toutefois pas le saut qualitatif qui nous ferait résolument percevoir l’identité humaine comme un processus cognitif et non comme un processus proche de l’empreinte animale. C’est ce petit effort supplémentaire que j’aimerais le voir accomplir pour nous aider encore un peu plus à nous débarrasser des identités meurtrières, à passer de sa vision multiculturaliste à une vision communautarienne (je n’ai pas dit communautariste) ou sociocratique cognitive. Nous passons d’un milieu social à un autre en un éclair, nous pratiquons les codes propres à l’entreprise, à l’association, à la famille, au groupe d’amis… chacun pouvant prétendre à un morceau de notre identité, alors que ces codes peuvent être incompatibles, certains se rapportant à une hiérarchie puissante, alors que d’autres sont égalitaires. Est-ce pour cette raison qu’on peut nous affubler de schizophrénie ? C’est que l’identité est en fait un processus cognitif, un apprentissage et non une essence. Ce qui peut nous donner l’illusion de l’identité-essence, c’est la complicité qui peut se développer entre les pratiquants aguerris du même jeu de codes, c’est le goût de la subtilité partagée qui procure cette illusion. Certains éléments de code comme les phonèmes, et sans doute bien d’autres, sont plus difficiles à acquérir avec l’âge, ce qui renforce probablement l’illusion de l’identité-essence.

Je crois que le courant communautarien moderne s’écarte des anciennes thèses essentialistes de l’identité et est assez en phase avec cette vision dynamique et systémique de formation d’un jeu de codes communs. Le communautarisme à l’ancienne écarte et réprime les objections, ainsi que les objecteurs, alors que la bonne compréhension du guidage des systèmes conduit au contraire à encourager et organiser les objections et faire une place à chacun des objecteurs. C’est, je crois, toute la  différence entre l’organisation communautarienne ou sociocratique et l’organisation communautaire classique. Le statut de l’identité, essentialiste ou cognitive, y joue un rôle de premier plan

Il reste le poids de l’engagement. Dès lors qu’on s’engage pour une cause, quelle qu’elle soit, notre perception s’en trouve radicalement transformée. L’engagement est peut-être le moteur de transformation le plus puissant de l’identité cognitive dans l’illusion de l’identité-essence. Le tableau de Magritte « Ceci n’est pas une pipe » peut-il nous aider à remettre la perspective à l’endroit ? A faire en sorte que nous soyons habités par nos identités mais que celles-ci ne nous possèdent pas ? A nous soigner de notre folie identitaire essentialiste et meurtrière universelle ?

Vous avez un truc pour ça, vous ? La laïcité peut-être ?

Billet invité cousin sur le blog de Paul Jorion

 

Le livre en ligne de Jean Zin: Le sens de la vie

dans lequel il développe une vision "cognitive dès la première cellule" du vivant passionante sur laquelle il articule la finalité, le sens de la vie, donc.

10/06/2011

Génétique culturelle ou valeurs sous-jacentes

Article très exploratoire, voire provocatoire! Je provoque ma réflexion et la vôtre (et j'espère vos commentaires) dans cet article qui dépasse de loin mes compétences. Mais si un blog ne peut pas servir à ce genre d'exercice, l'intérêt d'en faire un serait pour moi très limité.

 

Toute organisation biologique génère ses propres adaptations. La différence entre un système asservi simple et un système cybernétique ou autonome, c'est que le système asservi reçoit une consigne de l'extérieur, alors que le système cybernétique génère ses propres consignes ou commandes ou décisions. Tous les organismes vivants sont cybernétiques, et on peut même étendre la notion aux groupes sociaux. On peut objecter que dans certains cas, une personne peut être esclave d'une autre, c'est à dire qu'elle reçoit ses consignes d'une autre personne, d'un maître. On ne parlera pas de ce cas de figure qui renvoie à une combinaison de système asservi et de système autonome.

Dans le cas de systèmes autonomes, les consignes sont le fruit de multiples ajustements issus de l'observation de consignes ultérieures et de l'évaluation de leurs effets. Le système régule selon des objectifs. Au bout d'un moment, un certain nombre de routines sont mémorisées. Ces routines correspondent à des consignes expérimentées de nombreuses fois et validées. l'homéostasie qui est la capacité d'un système à garder sa stabilité se servira de ces routines. Les routines s'appuient elles mêmes sur des valeurs ou structures élémentaires qui pourraient être assimilées à un génome culturel formant le socle des convictions les plus profondes. Ce socle peut être très efficace et efficient si les valeurs ont pu être confrontées et mises au point lors de nombreux cycles. Elles peuvent être moins efficientes ou pas efficientes du tout quand elles portent sur des sujets moins maîtrisés. Elles sont alors à la base de ce qu'on peut appeler les idées reçues. Une nouvelle situation sera à la source de nouvelles valeurs (processus de Morphogénie) ou simplement d'un léger ajustement suivant les cas. Tout système autonome peut générer un ensemble de valeurs dont certaines lui seront nuisibles à son insu, c'est ce qu'on nomme les noeuds paradoxaux auxquels le système est capable de générer des adaptations qui font que l'ensemble fonctionne quand même, comme s'il subissait une perturbation quelconque, alors qu'il s'agit d'une autoperturbation. La confiance dans ses valeurs constitue une garantie de stabilité à un système, mais aussi une possible difficulté à évoluer quand on veut s'attaquer à ses noeuds paradoxaux. C'est bien connu de tous ceux qui souhaitent faire évoluer leur comportement, par exemple pour essayer de maigrir ou arrêter de fumer. Des résistances au changement inattendues ne manquent pas de se manifester.

On peut transposer ces connaissances décrites ici de façon très succinte au domaine du fonctionnement de n'importe quel groupe, que ce soit une entreprise, une association, un état etc... Par exemple, si on s'intéresse au cas de notre système démocratique par représentation, les professionnels de la politique vont générer un champ politique, c'est à dire un milieu particulier régulant sur ses propres expériences et générant ses propres valeurs plus ou moins déconnectées du collectif qu'ils sont censés représenter. Par exemple, le fait de devoir se frotter régulièrement à des élections développe logiquement des valeurs électoralistes puisqu'elles sont vitales pour leur carrière. Le génome culturel, les valeurs, sont donc fortement marquées par les finalités concrètes du groupe qui les génère. Les manifestations de ces valeurs peuvent être difficiles à décoder si on s'en tient aux principes affirmés et revendiqués par le groupe. Des mécanismes de dissimulation des valeurs peuvent se manifester, en particulier en ce qui concerne la structure réelle du pouvoir (cf tout le travail de décodage de ces structures et rituels de pouvoir par Pierre Bourdieu, ou ceux de Levi-Strauss). C'est un travail d'anthropologue que celui de décoder le génotype culturel caché et ses liens avec les nécessités et les objectifs dont il est issu, à partir des données observables, à partir du phénotype observable. Chaque élément culturel pris séparément n'a aucun sens, l'ensemble du génotype fait système, c'est à dire que les relations entre les éléments sont aussi importantes que les éléments (Les analystes informaticiens sont très familiarisés à ces notions d'entités et de relations qu'ils utilisent pour modéliser les systèmes). C'est une des raisons de l'homéostasie d'un système donné. 

Dans une société moderne où nos activités se distribuent sur de multiples groupes (entreprise, famille, association...), nous apprenons à fonctionner avec les codes culturels relatifs à ces divers groupes. Rien ne s'oppose à ce que nous ayons des relations quasi-communautaires dans un groupe et des relations très démocratiques dans un autre. C'est la preuve qu'il ne s'agit pas d'identité essentielles, mais plutôt d'identités cognitives, un peu à la façon dont nous pouvons passer d'une langue à une autre, d'un système de codes à un autre. Les anciennes catégories communautaires ou culturelles identifiant les individus à leur culture sont ainsi facilement disqualifiées.

 

 

10/05/2011

La sociocratie pour réconcilier le je et le nous et réduire la surchauffe des égos.

Le 9 Mai 2011 à Lyon, Gérard Endenburg tenait une conférence-débat organisée par le Centre Français de Sociocratie sur le thème de ... la sociocratie. J'y étais. Bien qu'il n'ait pas inventé le nom et sa signification, c'est Auguste Comte qui en est l'auteur, on peut lui attribuer la paternité de la mise en pratique d'un principe d'organisation sociale qui fait converger le respect de chacun avec la conduite du groupe. Cette conférence est pour moi la fin d'une étape de recherche de démocratie appliquée à l'entreprise (le terme est mal choisi et Auguste Comte l'aurait récusé, lui qui a construit le principe sociocratique par opposition à l'aristocratie et à la démocratie). Toute forme d'organisation peut d'ailleurs s'appuyer sur les principes développés par Endenburg. C'est, de mon point de vue, la forme d'organisation la plus aboutie que j'aie pu découvrir. De plus, elle s'inscrit naturellement dans le cours de mes recherches et de mes interrogations sur la façon de concilier démocratie et capacité de décision, de concilier le je et le nous.

Gérard Endenburg est né en Hollande en 1933 et a eu la chance de faire partie de l'école Workplaats Community School érigée selon les principes du pédagogue Kees Boeke (1884-1966). Il raconte qu'au début qu'il y était vers ses 10 ans, il n'y avait rien dans cette école, même pas de professeur. Avec ses camarades, ils sont même allés jusqu'à fabriquer chaises et tables et c'est eux qui se sont débrouillés pour convaincre des professeurs de leur venir en aide. Cette histoire qui paraît assez incroyable est certainement fondatrice de la confiance en les capacités d'auto-organisation humaine dont la sociocratie de Gérard Endenburg fait preuve. Elle me rappelle un récit d'Albert Jacquard racontant comment en terminale, lui et ses camarades avaient réussi une de leurs meilleures années alors que leur professeure était complètement débutante, mais qu'elle avait su animer et stimuler leur auto-organisation en acceptant d'être aussi novice qu'eux. Après des études qui le conduisent à découvrir les systèmes et la cybernétique, Gérard Endenburg travaille comme ingénieur radar. Puis, il hérite de la direction de l'entreprise familiale. Je cite Wikipedia:

En 1968, il prend la direction de l'entreprise familiale Endenburg Elektrotechniek en remplacement de son père. En 1970, atterré par les conflits permanents au sein du comité d'entreprise, il décide de stopper le développement économique de l'entreprise pour se consacrer à améliorer son organisation. Il invente alors la méthode sociocratique fondée sur le concept plus aucune objection argumentée d'aucune personne.

La première observation qu'il fait, c'est que tous les systèmes complexes, et en particulier les systèmes vivants, répondent à trois fonctions: une commande, une réalisation et un contrôle asservi sur la commande. Plus l'information qui circule dans le système est fiable et accessible et meilleur est le fonctionnement.

La seconde observation, c'est que tous les éléments fonctionnels d'un système ont la même valeur dans le sens où si l'un d'eux vient à défaillir, c'est le système entier qui est en panne. Il en tire la leçon que chaque personne de l'entreprise doit clairement avoir une place et donc voix aux décisions qui la concerne. Gérard Endenburg a beaucoup insisté sur ce point lors de sa conférence, sur le fait que chacun ait une place et qu'il le sache. La règle du consentement rend concrèt ce principe (Plus aucune objection argumentée d'aucune personne).

La troisième observation, c'est que les fonctions d'un système complexe comme l'est une organisation humaine, s'organisent en sous-systèmes hiérarchisés. Une de ses collaboratrices a illustré cette réalité de la hiérarchie des fonctions en disant que si notre tête n'était pas entre nos jambes ce n'était pas par hasard. Gérard Endenburg recherche un système qui permette de gérer le pouvoir en évitant autant que possible l'abus de pouvoir.

Il observe également qu'être créatif apporte des satisfactions, aussi bien sur un plan technique que sur un plan organisationnel, mais qu'en général il est donné à bien peu la possibilité d'exercer leur talent sur le plan organisationnel.

A partir de ces observations, Gérard Endenburg a émis quatre règles de base:

  • 1)Le cercle sociocratique (Commande (ou orientation)/Réalisation (ou opération)/contrôle (ou mesure)), lieu de prise des décisions du domaine de compétence du cercle.
  • 2)Le consentement (le mode de prise de décision sociocratique), à ne pas confondre avec le consensus.
  • 3)Le double lien entre les niveaux hiérarchiques.
  • 4)L'élection sociocratique sans candidat (en général pour environ 2 ans).

Un cercle sociocratique correspond à une fonction (direction de l'entreprise, atelier, service achats...), tout à fait comme cela existe déjà dans les entreprises. Les cercles hiérachiques plus élevés définissent et si besoin actualisent les domaines de compétences des cercles inférieurs, mais ensuite ils n'interviennent plus dans les processus de décisions des cercles inférieurs.

Si, dans un laps de temps donné, le niveau n-1 ne réussit pas à prendre une décision concernant sa compétence, alors, c'est le niveau n qui la prendra. Dans la pratique, il semble que les acteurs du niveau n-1 trouvent toujours une solution par consentement à leurs différends. Le débat est centré sur les buts à atteindre et comment y parvenir moyennant argumentation et proposition. C'est ici que s'exprime une part des tensions qui apporte l'énergie créatrice de l'organisation sociocratique.

Le double lien relie un cercle à son cercle supérieur par deux liens. Un des liens est le leader du cercle co-élu par les deux cercles et l'autre lien est un rapporteur-élu qui rend compte au contrôleur du niveau supérieur des décisions de son cercle.

Un des points qu'a souligné Gerard Endenburg, c'est celui de la mesure, de l'évaluation de la cohérence entre ce qui est décidé et des effets. C'est un des points capitaux de cette sociocratie, parce qu'il fait de cette méthode autre chose qu'une simple idéologie, qu'une autre méthode de management en la dotant d'outils pragmatiques capables de réduire la distance entre dire et faire.

Le cercle le plus élevé est le seul qui ne subisse pas la tension du niveau supérieur, sachant que s'il ne prend pas de décision (c'est déjà une décision), aucun cercle supérieur n'en prendra pour lui. En général , les actionnaires et la direction sont associés dans ce cercle de conseil d'administration. Les syndicats y sont bienvenus, mais refusent en général d'y participer, par crainte de perte d'autonomie. D'autres partenaires représentant l'extérieur vers lequel est tournée l'organisation peuvent aussi y participer. La mise en place de ce cercle est souvent le plus difficile, notamment en raison des relations capitalistes usuelles entre actionnaire tout-puissant et direction opérationnelle qui se retrouvent en sociocratie à parité en co-gestion (sinon pas de sociocratie possible).

Voilà en quelques mots l'essentiel des principes d'une organisation sociocratique. Contrairement à l'autogestion radicale, la sociocratie ne fait pas l'impasse sur l'analyse fonctionnelle des systèmes et donne une place très importante aux mécanismes de décisions. Puisqu'en réalité, ce n'est pas en la niant qu'on peut éviter cette hiérarchisation (il suffit d'analyser dans toute organisation qui décide quoi et comment pour s'en rendre compte), autant que celle-ci soit le fruit d'élections et de décisions par consentement. Contrairement au management classique descendant, les décisions sont prises au plus bas niveau possible, au plus près de ceux qui ont à les mettre en oeuvre, c'est à dire selon un principe de subsidiarité. Il est important de noter que les éléments (cercles) du système ne doivent pas se contrôler mutuellement. Autrement dit, aucun cercle ne doit pouvoir imposer unilatérallement sa volonté aux autres. Enfin, la sociocratie met le plus grand soin à utiliser toute l'énergie du conflit et des désaccords pour les transmuter en énergie créatrice. Bien que chacun y ait sa place, nul n'est tenu de venir s'asseoir à la table des discussions et décisions sociocratiques, mais chacun comprend vite qu'il vaut mieux participer aux décisions qui le concerne.

Après la mise en place des principes sociocratiques dans son entreprise, Gérard Endenburg l'a dirigée une dizaine d'années avant de disséminer avec succès son savoir faire un peu partout dans le monde, aussi bien à des entreprises qu'à d'autres organisations de tous types, vérifiant ainsi le caractère universel des principes qui gouvernet les organisations humaines et l'efficacité opérationnelle de son modèle. Certaines le pratiquent depuis plusieurs dizaines d'années avec une grande réussite.

Est-ce que je m'avance beaucoup en disant que sur le long terme, Gérard Endenburg, grâce à cette clé de transformation des différends en énergie créatrice, et peut-être surtout avec l'attention portée à la mesure minimisant le délire idéologique, aura plus d'influence sur la vie et le bien être des travailleurs que Karl Marx qui a plutôt promu l'affrontement violent entre classes (quelques échanges sur le blog de Jean ZIN sur ce sujet)? C'est pourtant ce que je crois. Et vous, qu'en dites vous?


Consensus et consentement (extrait de www.cles.com/)

Là où, pour agir, le consensus exige que tous les participants à une décision soient unanimes, le consentement se contente du fait qu’aucun membre n’y oppose d’objection raisonnable. Une objection est jugée raisonnable si elle bonifie la proposition à l’étude ou l’élimine complètement. L’objection n’est plus synonyme d’obstruction mais d’identification de limites, de tolérances qui deviennent les conditions de réalisation de la proposition. Le processus permet de faciliter l’identification de ces conditions et la mise en pratique des décisions.

Une bonne décision est celle à laquelle personne n’oppose d’objection valable, c’est-à-dire une décision qui respecte les tolérances de ceux qui auront à vivre avec cette décision.

Le principe du consentement consacre à la fois la responsabilité et le pouvoir de chacun d’exercer une influence sur son environnement de travail. Le consentement est un acquiescement. Ce respect inconditionnel des limites des personnes est un levier puissant pour garantir en retour leur participation et leur collaboration dans l’exécution des décisions. Ce mode de prise de décisions met l’accent sur la réflexion et l’écoute des arguments de chacun. Il favorise les discussions ouvertes et stimule la recherche de solutions créatives, il force la reconnaissance des besoins de l’autre. Cette façon de procéder élimine les situations gagnant/perdant qui minent constamment l’énergie des groupes et des organisations Toutes les réunions sont animées par un animateur élu par les membres du cercle.

 

Reférence:

La sociocratie par John A. Buck et Gérard Endenburg 2004, traduite en Français par Gilles Charest

Groupe Solid Aire

Auguste Comte, à qui on peut attribuer la paternité de la sociocratie, dans son catéchisme positiviste défend une vision politique de la sociocratie: "Nous venons donc ouvertement délivrer l'Occident d'une démocratie anarchique et d'une aristocratie rétrograde, pour constituer, autant que possible, une vraie socio­cratie, qui fasse sagement concourir à la commune régénération toutes les forces hu­mai­nes, toujours appliquées chacune suivant sa nature. En effet, nous, sociocrates, ne sommes pas davantage démocrates qu'aristocrates. A nos yeux, la respectable masse de ces deux partis opposés représente empiriquement, d'une part la solidarité, de l'autre la continuité, entre lesquelles le positivisme établit profondément une subor­di­nation nécessaire, rem­plaçant enfin leur déplorable antagonisme".

La conception de la participation de DE Gaulle, rapportée par Olivier Berruyer, est très proche des principes qui sous-tendent la sociocratie d'Endenburg. La sociocratie apporte un plus de mise en oeuvre, une boîte à outils testée et validée par l'expérience, ce qui est tout autre chose qau'une simple idéologie de la participation.

Une démarche sociocratique (qui ne dit pas encore son nom) au PS avec Marc Deluzet.

Article en Copyheart

20/04/2011

L'offre et la demande et le rapport de forces, ou l'argent va à l'argent.

Prix ≡ Rapports de force = fonction (offre/demande, nombre d'acteurs, subventions, lois...)

A la question "une économie sans marché est-elle possible?" ma réponse est non jusqu'à preuve du contraire, parce que je ne vois pas comment les innombrables microadaptations qui se font entre les échangeurs peuvent être efficacement remplacées par autre chose qu'un marché.

A la question "l'offre et la demande conduisent-ils à une allocation des ressources et des prix équitables?" ma réponse est aussi non, elles conduisent à la concentration de l'offre et à la domination du marché par les plus gros, leur permettant ainsi d'imposer leur prix et plus (par exemple des projets de lois ou amendements au moyen des grosses agences de com qui se sont spécialisées dans le mélange des genres politiques+marchands). C'est connu depuis longtemps, d'où les lois anti-trust ou anti-monopole. Paul Jorion dans "Le prix", inspiré par Aristote et repris par Philippe Herlin met à jour le principe de la proportion diagonale, révolutionnant ainsi cette problématique de l'offre et la demande.

Je propose une formulation d'un principe économique primordial (qui est l'inverse du poncif libéral qui postule l'efficience des marchés, c'est à dire que le marché s'équilibre au moyen de l'offre et de la demande et permet la meilleure allocation possible des ressources):

L'équilibre des forces des acteurs sur un marché, c'est à dire qu'aucun ne le domine, est une condition NÉCESSAIRE (est-elle suffisante?) pour que la loi de l'offre et de la demande puisse être efficiente pour déterminer équitablement un prix  et une bonne allocation des ressources.

Ce que j'attends donc du pouvoir politique en matière économique est en premier lieu de développer et mettre en oeuvre tous les moyens à sa disposition pour garantir au mieux l'équilibre entre les acteurs sur un marché. J'étends d'ailleurs cette requête au marché de l'emploi.

Il serait nécessaire de tempérer cette activité régulatrice en la réservant aux produits et services pour lesquels on juge nécessaire de rééquilibrer les rapports de force, en transposant la fameuse préconisation de Montesquieu pour les lois: les régulations inutiles affaiblissent les régulations nécessaires. Ne serait-ce que par l'énergie de pouvoir public consommée dans cette action et par l'effet de dévalorisation de la régulation.

Certains prix pourraient être encadrés par une fourchette. Le prix bas correspondrait au prix de subsistance du producteur majoré d'une plus-value raisonnable. Le prix haut correspondrait au prix de subsistance de l'acheteur minoré d'une plus value raisonnable pour l'acheteur. Ces prix haut et bas seraient régulièrement débattus pour être actualisés afin de prendre en compte les évolutions diverses dont la productivité. Un tel encadrement aurait l'avantage de donner une information sur les rapports de forces selon qu'on serait plus proches du prix haut ou du prix bas.

Puisque les consommateurs se retrouvent souvent en infériorité, il me semble très important de développer et soutenir les procédures d'action de groupe" (Class action). On verra bien s'il faut revenir en arrière quand le rapport de force se sera inversé, s'il s'inverse. Puisque les médias jouent un grand rôle dans l'information, il me semble indispensable d'assurer l'indépendance des médias vis à vis des offreurs. Il me semble important de faire évoluer la définition de la propriété des entreprises, de façon à ce que l'argent pèse un peu moins et l'avis des employés ou collaborateurs un peu plus...c'est que le problème bien connu d'accumulation et de concentration du capital est le facteur de déséquilibre des acteurs le plus important. Et puis, il y a des activités pour lesquelles la concurrence n'est que difficilement envisageable comme le domaine nucléaire par exemple, les banques ou les routes. En outre personne ne doit pouvoir s'approprier le contrôle de la monnaie.

Sur le marché de l'emploi, j'attends des mesures permettant de redistribuer énergiquement l'activité et ne plus tout attendre du principe Schumpeterien de destruction créatrice. C'est un des objets principaux de l'Etat Providence Participatif. C'est aussi l'objet d'une refonte fiscale opérant un transfert des prélèvements du travail vers les revenus et la consommation de façon à consolider le volet création d'emploi sans pour autant affaiblir les ressources de l'état social.

13/04/2011

RSA contre 5h hebdo, du faux Etat Providence Participatif.

Un projet de loi émanant de "la droite sociale" de Laurent Wauquiez vise à demander une contrepartie de 5h hebdo en travail social contre le RSA, arguant que l'assistanat est le cancer de la société française. Est-ce compatible avec l'Etat Providence Participatif (EPP)?

Oui et non.

  • Oui, parce que c'est une façon d'apporter de la main d'oeuvre au domaine social qui en manque cruellement et ainsi de le développer.

 

  • Oui, parce que l'Etat-Providence ne peut pas tout et que rien n'est gratuit.

 

  • Non, parce que cette proposition stigmatise ceux qui sont déjà le plus en difficulté, alors que le projet de l'EPP vise au contraire à ce que chacun puisse avoir le choix, soit de contribuer en temps au travail social contre un abaissement de ses contributions en argent à l'Etat Providence, soit de contribuer en argent comme c'est le cas aujourd'hui. Cette façon de stigmatiser les plus en difficultés (noter le choix du terme d'assistanat plutôt que celui d'assistés) est bien dans la manière de la droite actuelle qui ne propose que des solutions simplistes ayant tendance à amplifier les divisions de la société alors que c'est de l'inverse dont on a le plus besoin. Interview de Nicolas Duvoux, auteur de "l'autonomie des assistés" PUF 2009 démontrant que le cancer serait plutôt le chômage de longue durée.

 

  • Non, parce que cette proposition ne crée aucune aspiration des inactifs vers le marché du travail, contrairement à la proposition de contrat mixte qui est un des piliers de l'EPP.

 

  • Non, parce que l'esprit et la méthode de l'état providence participatif est de permettre un développement de l'auto-organisation dans le domaine social. Le mode de fonctionnement le plus fréquent du domaine social est de prendre des décisions pour ceux qui sont en difficultés, augmentant encore leur dépendance et leur difficulté à participer aux choix qui les concernent. Bref, leur vie leur échappe et on ne trouve rien de mieux que de décider encore plus pour eux et à leur place, alors quil est possible de leur donner les moyens de reprendre le contrôle, de promouvoir l'auto-organisation. L'organisation sociocratique ou socio-organisation me semble particulièrement adaptée au domaine social, pour que nous ne considérions plus les personnes en difficulté comme des choses économiques pesantes, mais comme des personnes à part entière dont le dynamisme, le "je" compte. Je fais même le pari que cette approche est économiquement favorable.

 

  • Martin Hirsch pointe que cette proposition va conduire à ce que les obligés du RSA vont "piquer" des emplois à ceux qui sont payés pour faire ce travail social. C'est en effet ce qui risque de se produire. Pourquoi n'en serait-il pas de même avec l'EPP? Parce que dans le même temps, l'EPP créée des emplois dans le domaine productif par l'effet de redistribution d'activité (cf lien ci-dessus). Dans le schéma de l'EPP, tout le monde fait "du social" (ou cotise) et tout le monde fait "du productif".

Voilà que Laurent Wauquiez remets ça en Octobre 2011 avec les logements sociaux qu'il propose d'attribuer en premier à ceux qui travaillent. J'imagine qu'il sert de poisson pilote à je ne sais quel requin?

Novembre 2011: finalement, les 5h ou 7h sociales hebdo demandées aux titulaires du RSA seront payées, ce qui améliore sensiblement la proposition initiale qui voulait imposer ces heures contre le RSA. Il n'y a plus qu'à étendre cette possibilité à tous (chômeurs, titulaires d'un emploi...) pour que cette proposition se rapproche de l'Etat Providence Participatif et ne stigmatise pas une population déjà en grande difficulté.

Décembre 2011. Le discours de Laurent Wauqiez qui s'appuie sur son essai sur "La lutte des classes moyennes" me semble se rapprocher beaucoup des thèses que je défends ici (Autonomie, participation, contribution, offrir une place plutôt que se contenter d'une allocation...) et de ce fait s'éloigne des thèses de la droite-prison (j'ai lu ce terme de droite-prison sous la plume de Nicolas Bedos et je trouve qu'il répond assez bien à celui de gauche bobo). La droite-prison, c'est la droite parano qui stigmatise les uns (les plus faibles), parle d'assistanat plutôt que d'assistance, veut surveiller et punir... Toutefois, Laurent Wauquiez n'en est pas encore à faire le pas de mettre le faible au centre de sa réflexion politique, il s'agit de droite sociale qui porte en elle la contradiction idéologique suivante: elle créé les conditions de l'assistanat en mettant la force et le fort au centre de ses préoccupations tout en croyant pouvoir faire une place à chacun. Encore un petit effort Monsieur Wauquiez, mais je vais suivre votre parcours de près pour les années à venir par curiosité, pour voir l'effet de cette contradiction sur, soit vos contorsions pour vivre avec, soit votre changement de paradigme afin de résoudre cette contradiction.

ATD quart-Monde tord le cou aux idées reçues sur l'assistanat, les fraudes aux prestations, la pauvreté... de quoi largement décrédibiliser les thèses de la droite sociale.

08/04/2011

Arnaud Montebourg propose un capitalisme coopératif et mutualiste, moi, j'aimerais bien qu'il devienne sociocrate!

Note incertaine sur le passé et l'avenir incertain de la chimérique autogestion

 

Dans ses propositions "Des idées et des rêves", Arnaud Montebourg propose de recoudre les capitaux avec le projet d'entreprise au moyen de la promotion d'un capitalisme coopératif et mutualiste. Il s'approche des projets de l'autogestion sans pour autant renoncer à toute hiérarchie, c'est à dire à tout moyen efficace de prendre des décisions. Toutefois, son projet n'est pas très clair. En effet, il veut d'un côté promouvoir les structures autogestionnaires classiques sans pour autant produire une analyse des raisons pour lesquelles l'idéologie autogestionnaire radicale s'est évanouie après l'embellie des années 70 sans embrayer sur des réalisations et pourquoi elle a été abandonnée par les politiques qui soutenaient l'autogestion (M. Rocard par exemple). D'un autre côté, il ne remet pas vraiment en cause le capitalisme tel qu'il est.

Je le cite:

"... je propose de changer notre pensée de l’entreprise et de retrouver les valeurs de la création de richesses, de savoir-faire et de bien-être, perdues par le management néolibéral. Si le cours de l'action n'était plus l'indicateur unique de la réussite des dirigeants, alors l'entreprise retrouverait le sens du long terme (investissement, équilibre entre revenus salariaux et dividendes). Si les salariés étaient parties prenantes des décisions, de nouvelles relations au travail pourraient émerger. Pour bâtir cette entreprise nouvelle, je propose de développer la palette de solutions offertes par le capitalisme coopératif. Je ne propose pas de généraliser ce mode d’exploitation et de remplacer le CAC 40 par des phalanstères. Je ne suis pas un révolutionnaire qui proposerait que la totalité de la propriété soit transmise aux salariés ou que soit abolie toute hiérarchie dans les entreprises. Non, l’économie a besoin d’entrepreneurs, de personnes qui prennent des décisions économiques risquées et qui en portent la responsabilité."

Dans un billet sur la domination, pour quoi faire?  je proposais que la gauche se penche de plus près sur les fonctionnalités des hiérarchies et sorte de l'utopie d'une autogestion radicale impuissante. Si j'applaudis donc à ce pas conceptuel à gauche que tente Montebourg et qui me semble être très porteur et promettre de renouveler l'autogestion au PS après une éclipse de près de 20 ans, Je regrette que l'analyse de l'échec de l'autogestion n'ait pas été faite, ce qui aurait peut-être permis de la dépasser. Quand les Lip ont eu l'occasion d'une reprise type coopérative, ce n'est pas l'option qu'ils ont choisi, ce qui en dit long sur le fantasme du désir d'autogestion*. Les bonnes intentions finissent au mieux dans l'oubli ou se terminent au pire en enfer quand elles ne sont pas éprouvées.

Paul Jorion dans "Le prix" édité en 2010  propose un autre partage du risque, il propose de défaire le lien entre propriété et action qui selon lui n'aurait jamais dû exister. "Dans le cas d’actions, l’actionnaire devient en même temps propriétaire de l’entreprise, un changement juridique qui n’aurait jamais dû intervenir. Sinon le prêteur est simplement celui qui consent des avances dans une logique de métayage."

Nous pourrions aussi nous intéresser aux réalisations de la sociocratie, dont la pratique semble pouvoir couvrir tout type d'organisation dans le respect de chacun et s'apparenter à une version "terrestre" de la démocratie en entreprise.

*Manuel Domergue aux 4ème débats interactifs de l'Adels le 4/12/2004: "...il semble que le socialisme autogestionnaire des années 70 soit resté essentiellement à l’état de discours, sans recouvrir une réalité sociologique significative. Cette mode intellectuelle serait donc restée éphémère car elle n’était pas partagée par la base, et n’a pas réussi à innerver la société en profondeur. Même les célèbres «  Lip », les fabricants de montre de Besançon qui ont fait tourner leur usine illégalement pendant une grève, derrière leur slogan « On fabrique, on vend, on se paie », ne réclamaient pas vraiment l’autogestion de leur entreprise. Lors de leur premier conflit, en 1973, pour contester un plan de restructuration, ils cherchaient un repreneur, et ont rejeté les propositions de reprise en coopérative. Bref, à l’époque, on a fabriqué de l’utopie, elle s’est bien vendue, mais on s’est payé de mots."


Avis de François Berger sur les SCOP, PDG de Technique Topo, SCOP 5/01/2012. Noter sa remarque importante sur le système de décision qui semble efficace.

24/03/2011

La démocratie est sensible

La chronique "les idées claires" de Julie CLARINI intitulée "la démocratie est sensible"est centrée sur le "care" et "l'empowerment" (L'Etat-Providence Participatif serait quand même plus joli! Décidément il devient urgent de trouver notre vocabulaire propre pour parler de ces questions) . Cette chronique fait écho au livre "Pour changer de civilisation" que Martine AUBRY publie chez Odile Jacob. Il s'agit en fait d'un livre à plusieurs mains puisque 50 chercheurs et citoyens y ont participé. Ce livre fait une place importante au principal objet de ce blog, à savoir, redistribuer l'activité en organisant le pôle social par le bas+le haut plutôt que seulement par le haut (l'état providence ne peut pas tout en somme). Je ne vais pas bouder ce livre qui montre que Martine AUBRY a de la suite dans les idées et qu'elle ne s'est pas laissée impressionner par le flop de son lancement de "la société du soin mutuel" du début 2010. Elle a d'ailleurs pris soin de juxtaposer soin et respect, sans doute en réponse à l'opposition artificielle qu'Attali fait entre ces deux termes dans un des articles sur son blog: le soin ou le respect?

Le quatrième de couverture ne dit pas grand chose si ce n'est des idées générales, je ferais un billet plus détaillé quand j'aurais lu ce livre. Pour le moment, je m'en tiens à la chronique de Julie CLARINI.

Les auteurs de ce livre:

Martine Aubry avec Philippe AIGRAIN, Philippe ASKENAZY, Maya BACACHE-BEAUVALLET, Olivier BEAUD, Ulrich BECK, Alain BERGOUNIOUX, Loïc BLONDIAUX, Serge BOSSINI, Dominique BOURG, Laurent BOUVET, Juan BRANCO-LOPEZ, Fabienne BRUGÈRE, Alain CAILLÉ, Daniel COHEN, Stefan COLLIGNON, Marie DURU-BELLAT, Guillaume DUVAL, Catherine FIESCHI, Frédéric GILLI, Serge GUÉRIN, Stéphane HALLEGATTE, Françoise HÉRITIER, Ernst HILLEBRAND, Romain HURET, Daniel KAPLAN, Djamel KLOUCHE, Guillaume LE BLANC, Jacques LÉVY, Guillaume LIEGEY, Yves LION, Paul MAGNETTE, Vincent MICHELOT, Laurent MUCHIELLI, Arthur MULLER , Christian PAUL, Dominique PERRAULT, Camille PEUGNY, Thomas PIKETTY, Vincent PONS, Pierre ROSANVALLON, Saskia SASSEN, Patrick SAVIDAN, Jean-Michel SEVERINO, Henri STERDYNIAK, François TADDEI, Vincent TIBERJ, François VATIN, Emmanuel WALLON, Henri WEBER, Patrick WEIL, Michel WIEVIORKA et Faïza ZEROUALA.

 

Je relève le texte de Serge Guérin "Les révolutions de l'âge, un levier pour rajeunir l'action publique" qui révèle une position politique très proche de celle que je développe ici. Je me demande comment j'ai pu passer à côté de cet auteur.

20/03/2011

TVA-CICU impôt indirect à injustice ajustable.

Ou comment stimuler l'emploi sans affaiblir l'état social.

La TVA a la réputation d'être l'impôt le plus injuste parce qu'il n'est pas progressif. Toutefois, si on y songe, tous les prélèvements (prélèvements sociaux et impôts divers) qui sont faits sur le travail se retrouvent intégralement dans les biens et services sans que la moindre progressivité puisse intervenir. Que vous ayez des hauts ou des bas revenus, si vous achetez une table fabriquée en France, par exemple, son prix sera le même et la proportion d'impôts et cotisations diverses que son prix intègre sera le même (A ne pas confondre avec la progressivité des prélèvements sociaux  employeur sur les salaires qui a un léger rôle vis à vis de la compétitivité et vis à vis de la quantité globale de prélèvements incorporés dans les produits). Vouloir taxer le travail ou les entreprises revient donc à militer pour un mode de prélèvements sans la moindre possibilité de progressivité. Le seul résultat qui est obtenu à vouloir s'acharner à taxer le travail (en ayant comme ligne de mire les patrons, peut-être un résidu de la lutte des classes ou un avatar des suites de la dernière guerre et de la décision du CNR d'écarter les patrons de la négociation?), c'est une moindre compétitivité à l'export, sur le marché interne et une plus grande difficulté à créer et maintenir une entreprise. C'est donc au bout du compte faire un choix très contre-productif pour l'emploi (puisqu'en plus des impôts, les cotisations sociales alourdissent le coût du travail, ce qui incite à acheter une machine ou délocaliser plutôt qu'embaucher). D'autre part, la TVA sociale élargit le cercle des contributeurs sociaux en l'étendant notamment aux rentiers, ce qui réduit donc mécaniquement la pression sur les autres. Si on ne peut "euthanasier les rentiers", selon la formule choc de Keynes, au moins peut-on les faire contribuer plus à l'état social et à la mise en place pratique de notre contrat social reposant en partie sur l'article 13 de notre déclaration.

Ceci étant démontré, décharger massivement (voire complètement) l'entreprise et charger la consommation au moyen de la TVA (TVA+TVA sociale) ne modifiera que le prix des produits importés (ou la marge des importateurs qui devront s'adapter à la situation) mais pas celui des produits fabriqués en France (c'est le gain de compétitivité, et à condition que le SMIC et les salaires soient revalorisés à hauteur de la réduction de charges sur l'entreprise lors du changement de mode fiscal). La TVA n'est pas progressive et les bas revenus n'y trouveront pas leur compte. Le CICU (crédit d'impôt sur la consommation unique) que je propose apportera la progressivité qui manque à la TVA. Il sera calculé de façon à rembourser une part importante de la TVA payée par ceux qui ont les revenus les plus modestes (ajustable suivant la couleur politique). Alain Godard fait un premier calcul d'un montant possible du CICU, malheureusement sans replacer l'augmentation de TVA dans le cadre d'un transfert massif des prélèvements de l'entreprise vers la consommation.

De même que les propositions de remises à plat des impôts directs sur le revenus sont discutés (cf par exemple la proposition de Piketti en ligne), afin qu'ils puissent à nouveau jouer leur rôle de correction des inégalités, le dispositif TVA-CICU pourrait redonner le moyen de gérer efficacement une politique de consommation/production. Les taux de TVA pourraient y être ajustés dans le but de favoriser les produits s'inscrivant dans une politique d'économie durable ou toute autre politique, par exemple l'ensemble tourisme-écoagriculture-gastronomie qui serait particulièrement porteur pour la France.

Pour plus de détails sur la TVA je recommande particulièrement ce billet très détaillé émanant d'un spécialiste de gauche de l'entreprise (c'est assez rare) et de la fiscalité.

Il va de soi que toute politique qui viserait à introduire la TVA sociale dans le cadre d'un transfert des prélèvements du travail vers la consommation se heurtera à une forte résistance de toutes les parties prenantes de notre système paritaire de gestion des caisses solidaires, puisqu'une telle modification de notre fiscalité déplacerait la gestion de la solidarité vers le budget, c'est-à-dire sous le contrôle des députés et du gouvernement et non plus sous le contrôle des organismes paritaires actuels (qui de fait aujourd'hui, n’ont plus aucun rôle, puisque l’État finit toujours par imposer ses choix, comme on l’a vu encore récemment avec les retraites). On pourrait cependant aider les syndicats à retrouver le rôle social qu’ils ont perdu par rapport au monde du travail, en prenant exemple sur ce qui se passe au Danemark et en leur accordant une grande place au Conseil économique et social qu’ils n’ont pas aujourd’hui. La situation actuelle place les défenseurs de la solidarité dans une situation paradoxale : défendre les caisses de solidarité (et les places qu’ils ont dans les directions paritaires) au détriment de l'emploi. C'est un des nœuds paradoxaux que la TVA sociale se propose de résoudre, le CICU (ou tout autre moyen de redistribution des richesses) apportant le moyen de rendre la TVA progressive d'une façon très simple.

Régulateur fiscal Européen

L'harmonisation fiscale Européenne est à faire. Est-ce qu'il serait possible de réaliser cette harmonisation à partir de trois facteurs: la balance des échanges (E), le taux de prélèvements sur les citoyens (TPC) et le taux de prélèvements sur l'entreprise (TPE). On ne rentrerait pas dans le détail des PC et des PE, ni de leur volume, à chaque pays de s'organiser, de façon à respecter le principe de subsidiarité. Dans le cas ou E>0, comme pour l'Allemagne, le parlement Européen déciderait alors de réduire le TPC et d'augmenter le TPE de l'Allemagne. Dans le cas de E<0 , comme pour la France, le parlement Européen imposerait à la France de réduire son TPE et d'augmenter son TPC. le volume de prélèvement global resterait à l'appréciation de chaque pays. La monnaie commune ne permet pas d'équilibrer les économies de la zône Euro, mais ce principe d'harmonisation fiscale le permettrait, sans pour autant toucher à la souveraineté de chaque pays en matière d'organisation.

La proposition de crédit d'impôt unique par enfant pour remplacer le Quotient familial est de la même veine que le CICU. Explications de Christian Chavagneux. La défense du QF bien argumentée d'Arnaud Parienty.

L'idée du CICU pourrait avantageusement (plus cohérent) être replacée dans le cadre général de Crédit d'Impôt Universel (CIU), c'est à dire dans le cadre de l'IR progressif pour gérer les inégalités. Cette approche converge avec les thèses de revenu d'existence ou mieux de revenu garanti.

08/02/2011

L'autoentreprise pour conjurer la phobie anti-patrons

Le CNR (Conseil National de la Résistance) avait banni les patrons des négociations qui donnèrent naissance à leur programme parce qu'un bon nombre de patrons s'étaient corrompus pendant la guerre en collaborant avec l'ennemi. Il n'est pas impossible que, malgré le temps, nous n'ayons toujours pas vraiment réglé nos comptes vis à vis du patronnat si on en juge par notre syndicalisme de combat qui voit dans le patron l'ennemi à abattre, mis à part quelques tentatives de la CFDT qui endosse souvent à son corps défendant le costume de traitre, de bouc émissaire.

François Mitterrand avait tenté de nous réconcilier avec les patrons et l'entreprise en faisant appel à notre Nanar national. Le résultat est plus que mitigé et nous avons quelques difficultés à nous vivre autrement qu'en damnés de la terre. Il faut dire que ce ne sont pas les parachutes dorés, les stock options, les bonus et autres gratifications pour privilégiés qui nous auront aidé à surmonter notre handicap.

Une tentative actuelle porte en elle les moyens de dépasser le passé. Il s'agit de l'auto-entreprise. Son succès est tel qu'elle initie un très grand nombre de personnes à la réalisation d'un projet d'entrepise personnel, à être pleinement acteur de son travail, et à quitter ainsi le statut d'employé, à se déprolétariser. Cette possibilité est beaucoup plus importante que le réel impact économique immédiat. Il faudrait pourtant que cette remarquable disposition ne soit pas sabotée par des complications fiscales décourageantes comme peut l'être la CFE pour une autoentreprise qui n'a pas encore fait de chiffre d'affaire. Je milite pour que le plus grand soin soit apporté à ce que les bourgeons que sont les autoentreprises ne soient pas gelés prématurément par des charges et pour ainsi en finir avec notre syndrôme national anti-patrons.

Il ne s'agit pas ici de proposer un travail psychologique comme pourrait accomplir une personne qui aurait subit un traumatisme. L'idée, c'est que nous nous serions organisés à partir de ce rejet des patrons. De proche en proche, nos corps intermédiaires se seraient construits avec ce rejet, ce qui fait qu'il serait toujours présent d'une certaine façon. Comment pouvons nous être pour l'emploi et continuer à défendre nos systèmes de retraites par répartition alors qu'un système de retraites par points serait mieux adapté, être contre une TVAS et soutenir un système fiscal qui pénalise autant l'emploi? L'autoentreprise ne représenterait donc pas seulement la possibilité de créer une nouvelle activité sans prendre trop de risques, mais elle porterait aussi en elle le potentiel de rénover notre état-social, de débloquer la société (Echo à "La société bloquée" du sociologue Michel Crozier).

30/12/2010

La gratuité ou le paradoxe de la sainteté.

"Désintéressé et fier de l'être", cette expression contient et exprime tout le paradoxe de la gratuité.

Lors de l'élaboration de l'Etat Providence Participatif, il m'avait semblé qu'une source d'énergie qui faisait fonctionner les humains et sur laquelle on pouvait compter était la reconnaissance. Je ne parle pas ici de la reconnaissance de ce que l'on est, de la reconnaissance identitaire, mais de la reconnaissance de ce que l'on fait, la gratification qu'on peut recevoir en échange de l'énergie qu'on dépense pour la collectivité. Sans le savoir, j'avais pris une option qui s'inscrivait dans le courant solidariste laïc de Léon Bourgeois et de ce fait, je me suis trouvé en opposition avec les tenants de la gratuité. Pendant le débat qui a précédé celui où je participais et qui s'intitulait "Le care et la critique des inégalités" avec Alice Le Goff et Marie Garrau, un des auditeurs a clairement relevé cette opposition entre gratuité et reconnaissance qui parcourait les deux approches du travail social.

Un paradoxe est au coeur de la préférence pour la gratuité. On pourrait le nommer le paradoxe de la sainteté. Voilà comment je propose de l'énoncer "Plus j'agis de façon désintéressée et plus mon action a de la valeur". Pierre Bourdieu m'a convaincu que la gratuité apparente était transmutée en bien symbolique, en capital symbolique qui peut à son tour être transmuté en place, en pouvoir, et enfin en espèces. Plus la chaîne qui relie l'acte en apparence gratuit et les places ou espèces est cachée et plus l'acte gratuit est crédible en tant qu'acte gratuit qui lui garantit sa plus haute valeur. Dès lors que cette chaîne est mise à jour, l'acte gratuit apparaît pour ce qu'il est et perd immédiatement de sa valeur, voire il se retourne contre son auteur en valeur négative portée à son capital. En bref, il est grillé! Les familiers de Bourdieu sauront à quoi je me réfère, pour les autres, je leur conseille la lecture d'un petit livre d'interview de Pierre Bourdieu très abordable "Questions de sociologie".

Mais la magie de la gratuité continue d'opérer, sans le moindre cynisme de la part de la plupart de ceux qui la défendent. Comment celà est-il possible? L'hypothèse que j'expose ici est formulée pour être confrontée, pour être questionnée. C'est un peu comme une tautologie incertaine ou incomplète, il s'agit d'une méthode. Au lieu de partir d'un point de départ qui se voudrait neutre, ce qui est illusoire et peu stimulant, je pars d'une idée reçue avec l'idée de la faire vivre et de voir ce qui en sort. Voilà l'idée, la gratuité se réfère à un idéal commun, un paradigme, une idée du bien collectif partagée par tous et qui va de soi, une adhésion à un contrat social indiscutable et accepté par tous. Le modèle d'idéal commun le plus fort étant l'ordre religieux qui nous relierait tous. Selon cette idée, pour une société homogène, la gratuité peut se concevoir. Mais quand il s'agit d'une société comme la nôtre qui est très largement atomisée, une société d'individus, une société laïque dont la devise ne fait plus tout à fait unanimité (pour preuve, chacun s'emploie à détourner, au moyen de l'euphémisme "optimisation fiscale", notre article 13 qui dit que chacun doit contribuer à hauteur de ses moyens), alors il devient légitime de questionner la gratuité, soit pour parler "des gratuités", soit pour penser la reconnaissance selon un code commun assez clair pour tous.

En résumé, la gratuité et la reconnaissance ne sont pas opposées dans le sens où ce sont deux façons de concevoir sa participation au collectif. La tolérance voudrait que les deux formes puissent coexister et se comprendre. Prenant acte de la formation de la société des individus ou de la multitude des gratuités possibles, j'ai fait le choix de placer la reconnaissance, la gratification, au coeur de la construction de l'Etat Providence Participatif, suivant ainsi l'adage qui dit que tout travail mérite salaire, ou une traduction possible, que toute action au profit du collectif mérite reconnaissance.

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