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Etat Providence Participatif=société des participants - Page 2

  • Dialectique matérialiste et intelligence collective

    L'intelligence collective s'applique très bien aux abeilles et aux fourmis, un peu moins bien aux collectifs humains, aux groupes humains. Les principales différences entre ces animaux sociaux et les humains résident dans les luttes de pouvoir, y compris dans la manie saugrenue de vouloir "gagner" les conversations, et la propension à prendre ses désirs pour des réalités, qui rendent plus difficiles les échanges et en particulier l'identification et la prise en compte des contradictions avec les objectifs qui se révèlent dans l'action.

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  • Rapprochement entre choix-culpabilité-objets-salauds.

    Je reprends le terme de salaud d'un billet de Jean Zin, les salauds au pouvoir parce que ce billet m'a inspiré une réflexion sur la culpabilité, son origine, son rôle et sa métabolisation.

    Le fait que nous puissions faire des choix nous place

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  • Le périscolaire à la moulinette...appel à contribution

    Il semble y avoir des difficultés de recrutement des encadrants des nouvelles activités périscolaires à la charge des municipalités (avec une contribution pécuniaire partielle de l'état). Le cadre de l'Etat Providence Participatif serait très bien adapté à ce besoin de main d'oeuvre à temps partiel.

    Il me manque des données sur le volume de travail que ça représente.

    Si un lecteur possède des sources à ce sujet, merci de me les communiquer.

  • Alzheimer à la moulinette de l'état providence participatif

    Avec Alzheimer, 800 000 malades en France en 2007, en forte progression, on entre dans la catégorie poids lourd des ressources humaines que l'EPP pourrait mobiliser. On trouve un  résumé de la situation dans Wikipedia:

    En se référant au nombre estimé en 2007 de 800 000 malades en France et en considérant une moyenne de 3 cellules familiales autour d'un malade (la famille comprend les enfants, les frères et sœurs, nièces et neveux, etc.), ce sont plus de 2 400 000 personnes qui sont concernées plus ou moins directement par la maladie d'Alzheimer. C'est un problème majeur de société, la progression du nombre de malades étant d'environ 250 000 cas par an [réf. incomplète]125.

    La famille a des ressources limitées en temps pour offrir à la personne malade le soutien dont elle a besoin de façon de plus en plus continue au fur et à mesure de l'évolution de la maladie. Pourtant, dans 70 % des cas, c'est la famille qui prend en charge la personne malade et lui permet de rester à domicile.

    On a pris conscience de l'apport considérable de l'aidant naturel (aussi nommé aidant familial) et les professionnels se rendent compte que l'« aide aux aidants » est probablement une des manières de répondre à cet énorme défi de santé publique.

    En France, 70 % des époux et 50 % des enfants d'une personne souffrant de la maladie d'Alzheimer lui consacrent plus de 6 heures par jour. 24 % des aidants – et 54 % s’il s’agit d’enfants d'une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer – doivent réaménager leur activité professionnelle. 20 % des aidants naturels d'une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer déclarent différer, voire renoncer à une consultation, une hospitalisation ou un soin pour eux-mêmes par manque de temps126[réf. incomplète]. Si la prévalence de la maladie continue d'augmenter, elle mobilisera à elle seule et pour le simple nursing un dixième de la population active. Par ailleurs, il semblerait que la mortalité des personnes aidant soit supérieure à celle de personnes du même âge ne s'occupant pas d'un malade, mais cela n'est pas clairement établi à ce jour127. Dans le cadre du Plan Alzheimer 2008-2012, a été mis en place un métier le Technicien-Coordinateur de l’aide psycho-sociale aux aidants en réponse aux problématiques de ces aidants.

    Un malade requiert 6h de soin et d'attention par jour d'un aidant. Pour l'état providence participatif, cela signifie qu'il faudrait au moins 7 à 10 aidants pour un malade. Pour environ 1 million de malades on arrive au chiffre de 7 à 10 millions d'aidants, soit environ 10% de la population. C'est ce qu'il faudrait si on souhaite soulager les aidants actuels et mutualiser la prise en charge de cette maladie. On peut remarquer que le principe d'association de professionnels et de "volontaires" se met en place avec les techniciens-coordinateurs, ce qui illustre comment l'état providence et l'état providence participatif peuvent se combiner avantageusement.

     

    La même démarche s'applique à la maladie de Parkinson qui touche environ 0.3% de la population (1% des plus de 60 ans et 4% des plus de 80 ans), soit environ 200 000 personnes en France. Une mutualisation de la prise en charge par l'EPP mobiliserait environ 1.5 à 2 millions d'aidants.

     

  • L'ambulatoire pour la naissance à la moulinette de l'État Providence Participatif

    C'est peut-être le début d'une série "à la moulinette de l'État Providence Participatif (EPP)" on verra bien si cette série a du souffle ou pas. Il s'agit de tenter d'analyser ce que l'EPP pourrait apporter à des sujets d'actualité. L'ambulatoire pour la naissance et pour de nombreux autres cas est un sujet d'actualité, il est justifié par un besoin de réduction des dépenses de santé, en particulier à l’hôpital, sans pour autant perdre en qualité, voire améliorer la situation.

    A quoi sert la petite semaine que la maman et le nouveau-né passent à l'hôpital? Cette durée pourrait-elle être réduite?

    Pour tous les cas qui ne présentent pas de risque de santé particulier, c'est à dire la très grande majorité des cas, il serait envisageable de réduire cette durée à 2 jours. Toutefois, cette petite semaine est aussi mise à profit pour que les parents apprennent à s'occuper de leur enfant. L'hôpital joue donc aussi un rôle d'apprentissage. C'est sur ce volet que l'EPP pourrait apporter sa contribution selon un schéma mixte professionnels/volontaires avec un ratio de 1 pour 10 ou 20. Ou bien selon un schéma d'agrémentation comme c'est pratiqué par les fédérations associatives (par exemple la randonnée où les encadrants sont tous bénévoles et formés par les fédérations).

    Sur les environ 800 000 naissances par an, il doit être possible de libérer 2 jours, soit une économie de 800 000x2x200(environ 200€ pour une journée d'hôpital)=320M€. C'est un peu simpliste comme approche du fait qu'en économie, il y a de nombreux vases communicants et caractères systémiques.

    Il y a très certainement besoin de débattre des autres aspects d'un dispositif qui mutualiserait ainsi l'initiation du volet sanitaire de l'art d'être parent. On peut verser à ce débat le fait qu'autrefois la plupart des naissances avaient lieu à la maison, ce qui posait quand même de gros problèmes pour les accouchements difficiles et pour lesquels l'hôpital apporte une grande amélioration. L'apprentissage se faisait avec les proches et les quelques conseils des médecins et des sages-femmes. Un accouchement à l'hôpital un peu plus ambulatoire et une mutualisation de l'apprentissage comportant une formation me semblerait être un bon système, répondant aux diverses nécessités.

    En ce qui concerne l'évaluation du gisement d'emplois sociaux de l'EPP, si on compte 800 000 x2/200 (1 ETP c'est environ 200 jours par an) on aboutit à 8 à 10000 emplois ETP (Equivalent temps plein), soit environ 100 000 emplois à 10%ETP (les 10% d'un ETP requis par l'Etat Providence Participatif à un de ses participants).

  • La contrainte pénale à la moulinette de l'Etat Providence Participatif

    La prévention et la prise en charge de la délinquance est un des viviers de recrutement des participants de l'état providence participatif. Sans doute pas le plus important, loin derrière les ainés et les juniors, mais il est important qualitativement parce qu'il est situé aux marges du malaise dans la société. On peut estimer le nombre de personnes concernées par la contrainte pénale à quelques dizaines de milliers. Ce chiffre n'est pas simple à établir parce qu'il dépend de l'existence même de la contrainte pénale. Partons sur un chiffre de 50.000. Il faudrait un probateur, (ou "parrain" comme cela se pratique pour les associations de prévention de rechute aux addictions) pour 1 "délinquant". Soit un effectif de 50 000 probateurs volontaires. Un système voisin de celui des sapeurs pompiers pourrait être mis en place, avec 1 probateur professionnel pour 10 à 20 probateurs volontaires. Sachant que les meilleurs probateurs seraient très probablement d'anciens délinquants ayant réussi à s'en sortir, de la même façon que cela se pratique pour la drogue ou l’alcoolisme. Mais pour mettre en place un tel système mixte professionnels/volontaires, il serait utile de pouvoir s'appuyer sur des dispositions plus favorables à l'empowerment, comme celles que je propose dans L'état providence participatif.

    Aujourd'hui, les probateurs en place ont à gérer en direct plus de 100 délinquants, ce qui rend leur tâche impossible. Avec la contrainte pénale, la situation sera bien pire et ce n'est pas avec les 1000 postes supplémentaires dont il est question que ce problème d'effectif sera résolu.

  • Villes Amies des Ainés

    La guerre des générations n'aura peut-être pas lieu, le mouvement mondial des Villes Amies des Ainés témoigne d'une saine réaction de la société, sous l'impulsion de l'OMS, vis à vis des agressions contre l'état social. Coordonner les actions au niveau des villes, les mettre en réseau, est un acte très politique puisqu'il concourt à la prise de décision et d'action collective. J'y vois la progression de l'état providence participatif, c'est à dire d'un état providence où chacun peut trouver une place d'acteur.

    Pour fonder l'état providence participatif, aux villes il faudrait ajouter les campagnes, aux ainés il faudrait ajouter les enfants, les handicapés, les délinquants, les toxicomanes... mais le modèle me semble prometteur. Au moins ne rencontre t il pas l'opposition qui avait été faite à la société du soin mutuel, alors que c'en est un élément important par son volume. Mystère de la sémantique?

    Serge Guérin, âpre défenseur des aidants, promoteur du care et de l'état social salue l'émergence des Villes Amies des Ainés. et cet élément de reconstruction de l'état providence par le bas, par les territoires.

  • Nouvelle Donne essaie la sociocratie

    Dans une vidéo de 20 mn, Patrick Beauvillard, le porte parole de Nouvelle Donne annonce qu'ils ont choisi la sociocratie comme mode d'organisation. Je leur souhaite vivement de réussir cette première, pour un parti politique, que je soutenais dans un article invité paru il y a peu chez Jean Gadrey. J'avais promis ici et là que si un parti s'organisait selon les principes de la sociocratie, j'y adhérerais. Parole tenue!

  • Pourquoi Manuel Valls va malheureusement se planter sur le chômage.

    Petite incartade dans l'actu.
    La bataille pour l'emploi semble engagée, mais à ne manœuvrer que des leviers faibles, les chances de succès autres que marginal, sont minces, et les risques d'échec continueront probablement à donner du grain à moudre aux populistes. La question serait: comment passer de 10% de chômage à un taux frictionnel (2-4%) et non pas comment passer de 10% à 8% ou 9% qui semble satisfaire nos très maigres ambitions.

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  • Les Babayagas, EPP compatible.

    A Montreuil et Saint Priest, des retraités ont décidé de prendre leur destin en main en créant des maisons de retraites dont ils sont les gestionnaires, des Babayagas. Ce sont des initiatives de ce genre qui peuvent rénover notre état social. Bravo à ces vieux qui ont décidé de rester vivants. Espérons qu'ils sauront utiliser les bons outils de gestion pour faire leurs choix et gérer leurs différends. Je ne saurais que leur conseiller de regarder du côté des outils d'intelligence collective, de la sociocratie en particulier.

    Je leur délivre mon label de pleine compatibilité avec l'Etat Providence Participatif (EPP compatible) et leur souhaite d'être copiés par de nombreux autres vieux et accompagnés par un cadre légal favorisant leur pérennité.

    Merci à Michelle qui m'a signalé l'existence des Babayagas. Tous mes encouragements pour son projet de Babayaga sur sa commune.

  • Comment concevoir un narcissisme collectif sain?

    Chassez le narcissisme collectif par la porte et il reviendra par la fenêtre. Par exemple, les supporters des équipes de sport démontrent notre faculté, notre goût, notre propension et sans doute la nécessité pour nous, les humains, de se brancher sur un collectif dont on soit fier, comme s'il s'agissait d'une centrale d'énergie psychique dont on ne pourrait se passer.

    Plutôt que de railler le chauvinisme en pure perte et de laisser ce sujet aux partis populistes autoritaires et activistes, je m'interroge sur nos capacités à développer un narcissisme collectif qui soit sain, qui ne conduise pas au rejet de l'autre. Est-ce possible? Voilà une des questions qui va m'animer probablement pendant de long mois, avec votre concours si vous le voulez bien.

     

    Un peu de biblio pour commencer:

    Les commentaires d'Emmanuel Diet sur "le Malêtre", le livre de René Kaës. Très intéressant, sauf le langage très obscur. Des références au célèbre "Malaise dans la culture" (moderne ndr) de Freud. Je retiens de ce texte la notion de contrat narcissique qui implique une expérience de groupe. Comment refonder des groupes modernes, c'est à dire en phase avec les différents étages des collectifs dans lesquels nous nous inscrivons (groupes proches, régions, état, monde...)? Mais on sait déjà pourquoi il est important de fonder ce groupe moderne, parce que la perte de l'archétype patriarcal détruite par la modernité intensifie le malaise et libère la violence du fait de la perte de répondant du groupe. Quand nous participons à un groupe, l'usage de notre liberté de parole et d'action s'autolimite par la peur de porter atteinte au générateur d'énergie psychique qu'est le groupe. Il est donc indispensable qu'un groupe moderne mette en place du répondant, c'est à dire une capacité de décision efficace et reconnue (c'est le type du patriarche qui incarnait cette fonction, mais ce qui est important, c'est la fonction). Cette reconnaissance passe aujourd'hui par une capacité d'écoute importante, une capacité démocratique importante. La question devient donc: comment constituer un groupe qui ait une capacité de décision élevée pour avoir du répondant tout en ayant une capacité d'écoute élevée parce que cette demande n'a fait que s'amplifier au cours de l'histoire (cf "Qu'est-ce que la démocratie?" de Alain Touraine)?

    Nos handicaps culturels:notre culture des organisations est caractérisée par une forme autocratique très marquée (cf représentations ci-dessous). En réponse à cette forme, les projets autogestionnaires expriment leur rejet, leur haine même, de toute hiérarchie et s'engagent dans le déni qui conduit à une perte d'énergie importante qui finit par avoir la peau de ces organisations "bisounours", soit à des modes de domination d'autant plus sournoises qu'elles sont niées. Des outils organisationnels relevant de l'intelligence collective, dont la sociocratie est un exemple particulièrement élaboré et pourtant simple à mettre en œuvre, heurtent de front cette bipolarisation (un pôle autocratique et un pôle autogestionnaire antihiérarchique) qui habite notre culture organisationnelle.

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    Le manque de hiérarchie peut être une source d'inefficacité et de souffrance, c'est ce qui est constaté dans les structures plates ou l'autogestion.

     

  • La sociocratie au secours du politique

    Jean Gadrey accueille un billet invité sur son site avec le même titre ici. J'espère que vous irez y poster vos commentaires sur lesquels je pourrais m'appuyer pour rédiger un texte enrichi ici-même.

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  • Est-ce que le ministère de la bonne bouffe est lancé?

    Est-ce que le ministère de la bonne bouffe que j'appelle de mes voeux depuis 2007  serait en train de se concrétiser? Le volet agricole semble lancé avec un plan d'agro-écologie, mené par Stéphane Le Foll, auquel je n'ai rien à ajouter, ni sur le fond du projet ni sur la méthode participative, subsidiariste dans lequel l'état joue son rôle sur le plan des lois, sur le plan du soutien et des synergies, mais sans vouloir tout commander d'en haut. Pour moi un modèle du genre. On verra bien si les lobbys de l'agroindus et le tropisme jacobin (cf par exemple le livre "Le technocrate et le paysan" de Pierre Müller) feront dévier ce projet de sa route prometteuse, mais pour le moment, je vous invite à en profiter. Je trouve remarquable que le premier critère de développement de cette révolution agricole en cours qui a été retenu soit la conservation des sols et non le bio, parce qu'en effet on peut pratiquer le labour qui participe fortement à l'érosion des sols et faire du bio qui ne respecte donc pas un principe écologique et économique primordial de conservation des sols. Sans compter que le labour détruit une partie de la vie du sol, le déstructure, empêche l'eau et les racines de pénétrer profondément, se prive de l'énergie du soleil une partie de l'année pour faire de la biomasse et de l'autoamendement. En second point, il y a l'autonomie fourragère, le dada de Dédé Pochon, reprenant les acquis de la révolution fourragère des années 60 et qui devrait arrêter cette aberration d'importation de soja*. Et ainsi de suite. 

    Pour le volet gastronomique de cet imaginaire ministère de la bonne bouffe, inutile d'en faire trop, le dynamisme de ses acteurs saura tirer parti de ces produits plus sains qu'ils seront fiers de servir.

    Quant au tourisme, c'est pareil, ils sauront vanter la gastronomie élaborée à partir des meilleurs produits du terroir, ainsi que la qualité environnementale des lieux.

    Les retombées économiques de ce projet agro-écologique devraient s'affirmer de jour en jour à moyen terme, ainsi que les retombées sanitaires et écologiques sur un plus long terme.

    On refait un point dans 1 an.

     

    *Pour les herbivores, le soja est généralement associé au maïs-fourrage pour obtenir une ration alimentaire complète, alors que l'herbe est un aliment complet pour eux. La critique violente de Pochon sur le maïs serait à modérer si on cultivait celui-ci selon les méthodes d'agro-écologie et de semis direct et pour l'alimentation des non-herbivores et la consommation humaine, comme certains le font déjà, pour ne récolter que les épis et restituer le reste sur place. Le bilan du maïs peut être très bon et il représente un grand secteur économique.

    Rapport Inserm du 13/06/2013 sur les effets des pesticides sur la santé dont la chute de qualité du sperme, cancers etc

    Erosion des sols et agriculture de conservation, par l'INRA.

    Observatoire agriculture et biodiversité.

    Une recherche critique sur un pro-OGM, Pro pesticides, pro-herbicides, anti agro-écologie et ses liens avec l'AFIS. Noter le témoignage de Marce-Francis Khan.

     

  • Parenthèse, un lieu pour (re)devenir participant

    Parenthèse est un lieu de co-création de places aux personnes en difficultés.

    à suivre...dès que j'aurais passé un peu plus de temps à découvrir ce lieu, mais je sais au premier coup d'oeil que je serais pas déçu, il s'agit bien d'une parenthèse à la société d'exclusion et un ilot de "participants". Les questions que je me pose portent sur l'orientation (objectif insertion dans l'économie standard ou éventuel support permanent pour les plus inadaptés), sur les détails de l'organisation, des prises de décision, de la gestion des affects...je vais tenter de me faire une idée de la pérennité de cette organisation.

  • La question de la qualité, du convivialisme et de la politique moléculaire, la société des participants.

    Il me semble qu’on peut représenter la société comme une source d’énergie à laquelle nous avons besoin d’être connecté, en interaction, et pas seulement comme consommateur, mais comme acteur, ainsi que le rappelle Alain  TOURAINE dans son livre « Qu’est ce que la démocratie » où il définit les conditions d'existence de l'individu p.33: « Le sujet, dont la démocratie est la condition politique d'existence, est à la fois liberté et tradition. Dans les sociétés dépendantes, il risque d'être écrasé par la tradition: dans les sociétés modernisées, d'être dissout dans une liberté réduite à celle du consommateur sur le marché.»

    Une société accueillante offre une place, une connexion, à chacun en fonction de ses capacités et affinités. Il ne s'agit pas d'une connexion statique, mais plutôt d'un lien vivant, lien qui déterminera en partie l'évolution des capacités et des affinités. Notre société est une société de l’exclusion, autant sur le plan quantitatif des places qu’elle propose que sur le plan qualitatif. Réussir à y trouver une place est déjà difficile et n'est pas donné à tous, ainsi qu'en témoigne le taux de chômage et d'isolement des personnes. Les personnes ayant une place de choix (de leur choix) constituent l’exception, à l’opposé de ce que nous devrions nous donner comme règle. La question des retraites se pose avec acuité, pour la grande majorité, du fait de la qualité des places dites actives. Il existe des professeurs émérites, mais pas d’ouvrier émérite.
    La révolution qualitative concerne aussi bien les organisations que le périmètre de leur action, comment leur action s'inscrit dans l'activité globale de la société. Elle se cherche depuis assez longtemps, comme l’illustre ce paragraphe de Jorion dans son billet du 5 février 2013:
    L’économie sociale et solidaire est née durant la première moitié du XIXe siècle, elle est l’enfant de la Révolution de 1789, ou plutôt, elle est l’enfant de la réflexion furieuse qui naquit à partir d’elle, sur ce qui était perçu par les uns avoir été son échec (pour Charles Fourier par exemple) et par d’autres comme une réussite partielle qu’il convenait maintenant de prolonger et de concrétiser (ainsi, pour Louis Blanc). Réflexion qui ne se limita pas, faut-il le dire, à la France seule : l’expression la plus aboutie du mouvement coopératif ne fut-elle pas celle de Robert Owen en Angleterre dans un premier temps, aux États-Unis ensuite ?
    Les années 1820 à 1840 constituèrent l’Âge d’Or de l’économie sociale et solidaire : naissance et floraison des coopératives de production, de distribution ou de consommation, phalanstères, « colonies », « communes », monnaies alternatives, systèmes d’échange sans monnaie, se répandirent comme une traînée de poudre à la surface du globe ; rien ne semblait pouvoir faire obstacle au mouvement. La révolution de 1848 apparut dès ses premiers jours comme le moment venu de l’institutionnalisation de cette déferlante : la « commission du Luxembourg », créée le 28 février, en était chargée. Elle est présidée par Louis Blanc, auteur en 1839 du livre-manifeste qui faisait désormais autorité : L’organisation du travail.
    Dans les années 60 à 80, le PSU de Michel Rocard a retravaillé ce thème d’une économie qualitative qui lui tenait à coeur à l’époque. Un peu avant l’élection de Mitterand, la mouvance autogestionnaire avait le vent en poupe. Le Journaliste Domergue s’est penché sur ce flop:
    *Manuel Domergue aux 4ème débats interactifs de l’Adels le 4/12/2004: “…il semble que le socialisme autogestionnaire des années 70 soit resté essentiellement à l’état de discours, sans recouvrir une réalité sociologique significative. Cette mode intellectuelle serait donc restée éphémère car elle n’était pas partagée par la base, et n’a pas réussi à innerver la société en profondeur. Même les célèbres « Lip », les fabricants de montres de Besançon qui ont fait tourner leur usine illégalement pendant une grève, derrière leur slogan « On fabrique, on vend, on se paie », ne réclamaient pas vraiment l’autogestion de leur entreprise. Lors de leur premier conflit, en 1973, pour contester un plan de restructuration, ils cherchaient un repreneur, et ont rejeté les propositions de reprise en coopérative. Bref, à l’époque, on a fabriqué de l’utopie, elle s’est bien vendue, mais on s’est payé de mots.”

    Françoise Dolto analyse l’échec des communautés post-68, aussi tournées vers la qualité, c’est pp164-168 de son livre “solitude” et je cite ce passage p74 de l'historique de l'Etat Providence Participatif. Après la phase d'installation qui semblait prometteuse, Dolto rapporte que "les perturbations sont apparues après parce que ces communautés se dissociaient pour des raisons œdipiennes rémanentes des adultes, des intrigues, des jalousies, des envies de rivalité fraternelle ou sororale. Celui qui, lorsque c'était son tour, dirigeait le mieux la maison devenait comme le père. Celle qui faisait la tambouille la meilleure et la plus économique devenait la mère de la communauté. Puis, finalement, tout se rejouait par rapport à ces rôles, même temporaires -racontars, potins- comme dans les familles pathogènes."
    Les écolieux qui se sont développés dans les années 2000 connaissent la même désillusion. Jean de la Houle, parti prenante de ce mouvement, tente d’analyser les raisons de cet échec:
    L’échec des communautés et des écolieux tient dans les points suivants:
    Principalement à cause de “l’esprit d’indépendance” des Français, de l’importance de leur ego, de leur refus d’accepter que pour que des personnes se rencontrent et bâtissent ensemble, il est nécessaire que chacun “incurve sa trajectoire individuelle” pour arriver à une trajectoire commune sans laquelle aucun cheminement commun n’est possible, sans laquelle aucun écolieu n’est vivable et pérenne. Mais c’est impossible puisque chacun estime que sa trajectoire est la seule bonne, et que c’est çà l’autre de changer :
    La position “propriétaire” (donc décisionnaire) de celui qui est à l’origine du financement principal, crée de fait une autocratie non-dite qui empoisonne vite les relations et détruit ou rend impossible tout esprit de participation/construction.
    Pour les écolieux, les propositions mises en commun et partagées sont insuffisantes en comparaison avec les complications juridico-administratives et les inconvénients afférents, et la “mayonnaise ne tient pas”
    Pour les communautés, la croyance que le choix “politique” est en soi suffisant et dynamisant pour unir les participants. Ce n’est pas parce qu’on choisit “politiquement” la liberté affective et sexuelle qu’on résout de fait les problèmes de jalousie et de possessivité.
    La croyance que partager un beau paysage, l’idéal écologique et une tondeuse à gazon, sont des raisons suffisantes pour que les gens se sentent unis et motivés. C’est trop peu, la “mayonnaise” ne prendra pas."

    De mon côté, j’ai tenté d’analyser les raisons de cet échec et je propose de prêter plus d’attention à la façon dont nous combinons nos libertés dans un groupe et à la façon dont nous sélectionnons nos leaders. Deux questions me servent de jauge : “qui décide quoi et comment?” et "Quel est le statut de l'information, comment sont traitées les objections et les objecteurs?".
    Il me semble que les possibilités de réforme se situent au niveau de la façon dont nous organisons les groupes. C’est en quelque sorte une proposition de “politique moléculaire”. Les règles d’organisation de la sociocratie, qui sont en parfaite adéquation avec le nouveau mouvement convivialiste, me semblent apporter un élément opérationnel aux bonnes dispositions de ce convivialisme. Je regarde avec insistance du côté du modèle de politique révolutionnaire moléculaire de Jean Zin avec sa proposition de coopérative municipale+revenu garanti (et non revenu d’existence qui laisse en plan le volet institutionnel)+monnaie locale. Je regarde aussi avec insistance la réalisation de la Maison des sources de Besançon qui réussit l’exploit de fournir un cadre de co-création de places de qualité aux personnes les plus exclues de l’économie standard. Les membres de la Maison des sources sont nommés "participants" et c'est bien ce qui se passe.  Peut-on coupler les théories de Jean Zin avec cette magnifique réalisation? Si c’est possible, la question des retraites ne se poserait pas du tout de la même façon, elle deviendrait un élément comme un autre de notre connexion à la société tout au long de notre vie, notre qualité de participant pouvant finement s'accorder et s'actualiser, dans la mesure du possible. Les Babayagas me semblent sur la bonne voie pour assurer leur connexion à la société pendant la retraite. Est-ce que la fécondation de la Maison des sources par la coopérative municipale peut passer le scratch test du massacre nécessaire des utopies?

    La révolution numérique en marche risque de tellement bouleverser notre lien à la société via l'emploi que notre qualité de participant va de plus en plus avoir besoin d'une "multiprise" évolutive pour que nous puissions rester connectés. Bernard Stiegler propose une vision de cette évolution et entrevoit la possibilité d'une économie de la contribution, mais sans préciser l'étayage institutionnel. Une politique moléculaire, c'est à dire une action volontaire de structuration locale de groupes adossés à une institution , me semble à la fois la plus réalisable et la plus souhaitable (le cadre municipal me semble le meilleur), pour parvenir à nous adapter, en tant qu'individus doués d'autonomie et de savoirs, de façon sociabilisée et hospitalière, aux conséquences de la révolution numérique.

    Michel Abhervé prône un renforcement dialectique entre IAE et ESS. c'est à dire entre la sphère économique et la sphère sociale.

    Hugues Sibille retrace un historique de l'ESS et déplore son manque de stratégie vis à vis des pays du sud.

  • Combiner les libertés pour écologiser le progrès

     

    Depuis la révolution ou à peu près, nous avons mis notre société en marche, nous avons créé la modernité en nous appuyant sur deux mythes fondateurs intimement soudés, le mythe de la liberté individuelle indispensable au mythe du progrès. Ces deux mythes ne se sont certainement pas imposés par hasard à cette époque et mon but n'est pas d'en faire une mise en perspective historique au moyen d'une analyse matérialiste au dessus de mes moyens. Mon but est de tenter de faire entrevoir que ces deux mythes fondateurs ont parfaitement joué leur rôle de modernisation mais qu'ils sont aujourd'hui en bout de course et qu'il conviendrait de les faire évoluer.

    Depuis qu'il a adhéré à ces deux mythes, depuis la fin du 18ème siècle, le monde dit occidental a connu un développement extraordinaire. Tellement extraordinaire que la démographie combinée avec son mode de vie porte atteinte aux équilibres écologiques et risque bien de se heurter sous peu à une pénurie de matières premières, surtout depuis qu'il a converti le reste du monde au progrès et à la liberté "privée" et non la liberté individuelle, la nuance n'est pas mince. Le concept de liberté individuelle a été transposé à toute entité relevant de la sphère privée*. Le libéralisme n'est pas autre chose que la mise en application de cette liberté privée. Toute action qui viserait à réguler les libertés privées, se verra disqualifiée pour cause d'atteinte au progrès. On peut par exemple l'illustrer par les réactions très négatives de Claude Allègre quand nous avons inséré le principe de précaution dans notre constitution.

    Un certain malaise se fait jour à propos de nos contrats sociaux. L'anarchie libérale réelle (terme aussi employé par Maurice Allais), lui-même pourtant très libéral) est très visible en ce moment avec la crise financière et économique, l'absence de système monétaire international, l'optimisation et la fraude fiscale à outrance, la puissance des lobbys (banquiers, semenciers, pharmaceutiques...), les affaires traduisant la collusion entre pouvoir politique et pouvoir de l'argent. Cette anarchie libérale détruit les contrats sociaux dont les fonctions régulatrices, celles qui évitent l'accumulation de pouvoir privé (en particulier avec le pouvoir que confère l'argent), celles qui contrecarrent le pouvoir du plus fort par un pouvoir public plus puissant, une légalité et une légitimité plus puissante traduite en institutions régulatrices et non arbitraires. On ne peut réguler un système si les perturbations deviennent plus puissantes que les capacités régulatrices, c'est ce que nous ressentons en ce moment. Huntington a cru déceler un choc de civilisation où je vois le développement d’une anarchie (l’anarchie libérale) suscitant des réactions qui deviennent de plus en plus aiguës, par des demandes souverainistes dont certaines sont progressistes et d'autres plutôt sur la défensive, régressives et autoritaires. Pas besoin de vous faire un dessin. Mais pour toutes, l'anarchie ambiante, c'est à dire la carence d'institutions régulatrices effectives, les légitime.

    La liberté individuelle ne coïncide pas, mais pas du tout, avec la liberté privée qui bafoue bien souvent la liberté individuelle. Chacune de nos actions interagit avec les actions des autres. Que nous soyons un individu ou un groupe. Le concept de liberté individuelle transposé indûment aux questions collectives est au fondement de la lutte des places et de l'exclusion, de notre société de l'exclusion. Et nous n'avons rien à attendre de la croissance sur le plan de la solidarité. Pour preuve, nous sommes plusieurs fois plus riches qu'il y a 50 ans et pourtant notre société comporte beaucoup plus d'exclus, d'inemployables, de relégués. Passer d'un concept de liberté individuelle détourné de son objet à un concept de combinaison de nos libertés pour ce qui relève de toute décision collective peut nous faire passer d'une société de l'exclusion à une société hospitalière. Manipulée de travers, radicalisée, cette proposition de combinaison de nos libertés peut devenir liberticide, totalitaire si elle s'attaque à la liberté individuelle sous couvert de bien commun. Mon but n'est pas de nier le niveau de décision individuel, mais de le remettre à sa place dans une architecture subsidiaire afin de nous redonner les moyens de reconstruire un contrat social efficace, c'est à dire capable d'empêcher les plus forts d'imposer leur loi contre les institutions régulatrices. Je ne crois pas que sans cette mutation nous pourrons envisager d'écologiser le progrès parce que nous ne saurons pas contrecarrer la puissance privée pour laquelle c'est la loi du plus fort qui s'impose et cette loi du plus fort nous conduit à aller jusqu'au bout de la "consommation" des ressources et des équilibres de la planète. L'alternative autoritaire qui sera à coup sûr liberticide aura le champ libre, ainsi que la tendance lourde des votes l'indique. Il y a assez peu de chances que les décroissantistes cool prennent le dessus.

    Comment mettre en place cette combinaison des libertés qui ne soit pas liberticide, comment trouver cet équilibre qu'une subsidiarité bien comprise pourrait nous apporter? Auguste Comte avait pressenti le caractère anarchique de la démocratie basée sur la liberté individuelle. Dès le milieu du 19ème il formule une proposition de sociocratie, c'est à dire un ordre basé sur l'art de combiner les libertés. Il défend une vision politique de la sociocratie dans son catéchisme positiviste : "Nous venons donc ouvertement délivrer l'Occident d'une démocratie anarchique et d'une aristocratie rétrograde, pour constituer, autant que possible, une vraie socio­cratie, qui fasse sagement concourir à la commune régénération toutes les forces hu­mai­nes, toujours appliquées chacune suivant sa nature. En effet, nous, sociocrates, ne sommes pas davantage démocrates qu'aristocrates. A nos yeux, la respectable masse de ces deux partis opposés représente empiriquement, d'une part la solidarité, de l'autre la continuité, entre lesquelles le positivisme établit profondément une subor­di­nation nécessaire, rem­plaçant enfin leur déplorable antagonisme". C'est plein d'emphase, tout à fait d'époque. Auguste Comte était plus fort pour la théorie que pour la pratique et il n'a jamais réussi à faire atterrir sa sociocratie. Il a fallu attendre les années 1970-1980 pour que le cybernéticien patron d'entreprise Gerard Endenburg mette en place une boîte à outil sociocratique efficace. La sociocratie d'Endenburg est souvent perçue comme une simple méthode de management, alors qu'il s'agit d'une proposition de renversement de paradigme fondamental, une proposition pour passer du concept de liberté individuelle dévoyé à un concept de combinaison des libertés lorsqu'il s'agit des décisions collectives. Cette proposition peut être testée au niveau de groupes très petits jusqu'à de très grandes structures, si bien que sa diffusion par le bas est envisageable sur une base d'efficacité et d'adhésion après l'avoir testée et non à priori (comme ce fût le cas des grandes idéologies précédentes, que ce soit l'idéologie libérale ou l'idéologie communiste).

    Parmi les avantages que présente la sociocratie sur d'autres modes de combinaison des libertés, elle possède plusieurs dispositifs cohérents de prise en compte des informations, notamment en protégeant les objecteurs et leurs objections mises au service de la fiabilité de l'information. Une organisation sociocratique ne pourra pas faire l'impasse sur les externalités négatives (ou dit autrement "les gains pour moi et les problèmes pour la collectivité") que notre organisation basée sur la liberté privée génère (on ne peut nier les externalités positives tant mises en avant par les libéraux depuis Smith, mais il me semble juste de ne pas négliger les externalités négatives comme la pollution, les dégâts sanitaires, la neutralisation de l'efficacité des antibiotiques, des pesticides et des désherbant du fait de leur emploi massif, l'érosion des sols...). De ce point de vue, elle sera plus apte à prendre en compte les réalités écologiques. Autre point, la sociocratie est apte à ne pas se laisser dominer par les arrivistes, en particulier par deux moyens: l'élection de ses chefs sans candidat et la place importante d'un membre chargé d'évaluer si ce qu'on dit et ce qu'on fait est cohérent (rôle qui consolide aussi la fiabilité des informations qui servent à guider et réguler les actions). La sociocratie est très hospitalière, elle ménage une place à chacun, pour deux raisons bien comprises: ne se priver d'aucune source d'information et de proposition, obtenir l'adhésion de tous les membres (en particulier du fait du mode de prise de décision par consentement). Cette organisation ne génère que le minimum de bureaucratie, c'est à dire de dissipation d'énergie contreproductive, en particulier quand elle adopte des principes de subsidiarité efficients.

    Et si l'idéologie fonctionnait comme l'évolution, avec des avancées proposées dans toutes les directions qui seront aussi sélectionnées par les faits? Les idéologies et les mythes peuvent à la fois être effets et causes, il se trouve qu'il n'existe pas de société qui en soient dépourvues. Des propositions de paradigmes nouveaux différents coexistent au même moment, certains régressifs et d'autres plus cohérents avec une évolution. Je crois que nous sommes à une époque où une mutation de paradigme est en cours, sous la pression des faits parce que les anciens construits dans un monde imaginaire de ressources illimitées sur lesquels nous vivons nous conduisent à une catastrophe, parce que les ressources sont limitées et que les régulations font défaut. Ce n'est pas se prendre pour Dieu que de tenter d'en formuler de nouveaux mieux aptes à prendre en compte la réalité des ressources limitées, mieux aptes à réguler la concentration des pouvoirs, c'est comme tester un nouveau gène qui irait dans le sens de l'évolution qui a mis au monde des êtres de plus en plus capables de prendre en compte les informations disponibles. Il se développera ou pas suivant les avantages qu'il apporte, mais il faut le tester.

    Je suis convaincu que rien ne changera, que nous userons jusqu'au bout notre société de l'exclusion et de la consommation si nous n'opérons pas une mutation de paradigme, si nous ne détrônons pas le mythe de la liberté individuelle (dévoyé) au service du mythe du progrès pour le remplacer par l'art de combiner les libertés, dès lors qu'il s'agit de prendre des décisions collectives, qui pourra être mis au service d'une écologisation du progrès et d'une société plus hospitalière, plus riche en places choisies.

     

    *La liberté privée porte en son sein un paradoxe important qui ne semble pas effleurer l'assurance idéologique des tenants du (néo)libéralisme qui concourent à maintenir cette confusion entre liberté individuelle et liberté privée. En effet, la plupart des entreprises sont organisées selon des règles hiérarchiques ne laissant pas beaucoup de place au travail choisi ou au moins consenti des employés, à la liberté donc. Par contre, les entrepreneurs (ou la direction cornaquée ou mise dans sa poche avec les stock options par les financiers) réclament en général pour la conduite de leur entreprise des conditions de liberté maximales, aussi bien pour la conduite interne, que pour leur action sur le marché ou leur contribution sociale ou fiscale.

    La propriété et la propriété privée.

     

    Reporterre, le quotidien de l'écologie en ligne.

    Quelques mots sur Maurice Allais: Fervent libéral, économiquement comme politiquement, il s’est férocement élevé contre le néo-conservatisme des années 1980, arguant que le libéralisme ne se confondait pas avec une sortie de “toujours moins d’État, toujours plus d’inégalités” – qui est même finalement la définition de l’anarchisme. On se souviendra de sa dénonciation du “libre-échangiste mondialiste, idéologie aussi funeste qu’erronée” et de la “chienlit mondialiste laissez-fairiste”. Il aimait à se définir comme un “libéral socialiste”

  • La norme socio-économique exclusive se meurt mais ne se rend pas!

    Pour une économie inclusive prenant résolument acte des capacités de chacun.

    Développer des structures, des cadres d'activité stables (n'ayant donc pas pour but une réinsertion standard, mais une réinsertion au moyen de l'étayage apporté par ce cadre pérenne) adaptés aux inadaptés du "système", leur permettant ainsi de contribuer à leur mesure, n'est pas encore dans le logiciel de nos élus, ainsi qu'en témoigne le PLF 2013 (Projet de Loi de Finance), concernant la solidarité, l'insertion et l'égalité des chances.

    Malgré des taux de réinsertion des exclus frisant régulièrement le zéro pour cent, dès lors qu'on se penche sur le moyen terme, le tropisme des services sociaux reste l'obsession de la réinsertion dans l'économie standard. C'est ce que nous dit en substance la récapitulation des objectifs et indicateurs de performance, page 18, de ce PLF 2013:

    OBJECTIF 1 Améliorer l’accès à l’emploi [sous entendu emploi standard-ndr] et l’autonomie financière des bénéficiaires du RSA

    • INDICATEUR 1.1 Part des foyers allocataires du RSA sans emploi dont au moins un des membres reprend une activité
    • INDICATEUR 1.2 Part des foyers bénéficiaires du RSA en emploi dont les revenus sont supérieurs à 150% du montant forfaitaire
    • INDICATEUR 1.3 Taux de sortie du RSA pour dépassement de ressources

    OBJECTIF 2 Développer l’accompagnement vers l’emploi des bénéficiaires du RSA (c'est le point qui se rapproche le plus d'une approche inclusive, toutefois, l'accompagnement n'est ici pas destiné à durer, il s'agit toujours du tropisme, illusoire la plupart du temps, de la réinsertion dans la norme, alors que l'étayage, d'un point de vue pragmatique, peut s'avérer nécessaire pour toujours -ndr)

    • INDICATEUR 2.1 Part des bénéficiaires du RSA sans activité inscrits au Pôle Emploi

    La Maison des Sources de Besançon et son association de duplication l'IAF, offrent un exemple d'application à des personnes atteintes de troubles psychiatriques importants, de mise en place d'une structure prenant en compte la réalité de ces personnes, leurs capacités, afin de leur offrir un cadre d'activité et de progression de leur autonomie leur permettant de contribuer à l'économie à leur mesure (éventuellement dans un emploi standard avec l'étayage qu'apporte la Maison des Sources, étayage affectif, administratif et pour tout problème pratique qui se présente) tout en respectant leur liberté.

    Si c'est possible pour des personnes si peu favorisées, il est possible d'imaginer une graduation continue de structures ne laissant personne de côté. Mais pour ça, il faut abandonner notre conception de la normalité*, la tyrannie que cette normalité exerce sur nous et qui se retrouve à tous les niveaux de la façon dont nous mettons en place notre solidarité. Beaucoup de places et de postes de personnes impliquées dans "le social" tel qu'il est aujourd'hui, se sentiront elles-mêmes menacées par un tel  bouleversement, un tel renversement de perpectives (adapter les structures à la réalité des personnes, plutôt que d'adapter les personnes aux structures). Ainsi qu'en atteste la réussite de la maison des sources, c'est pourtant ce renversement de perspectives que nous devrions opérer, plutôt que de continuer à vivre dans le déni et le quasi zéro réinsertion.

    Je suis redevable à Patrick Declerck, pour son remarquable livre enquête/témoignage "Les naufragés", de m'avoir ouvert les yeux sur la nécessité du renversement de perspective de notre approche sociale. Pour qui le lit, son témoignage éclairé et approfondi nous place face à notre déni du fiasco du tropisme réinsertionniste que nous partageons tous plus ou moins à priori.

    *La normalité active est celle de l'individu autonome, norme qui s'est forgée par opposition au sujet d'une communauté. Cette norme nous vient de loin, aux alentours de la révolution avec le décret d'Allarde suivi de la loi Lechapelier. Ce cadre est encore si puissant qu'il nous est difficile de penser nos collectifs, aussi bien ceux qui existent que d'en inventer de nouveaux. La Maison des Sources pose un acte à la fois salutaire et subversif vis à vis de cette norme. Elle ouvre la voie à la mise en place de collectifs modernes (il ne s'agit donc pas ici de refaire les communautés aliénantes dont nous nous sommes extraits depuis la révolution) capables de réduire considérablement l'exclusion générée par la norme individualiste actuelle.

  • Pour un Pacte National d'Innovation Sociale, par Hugues Sibille

    Reprise, avec son accord, d'un billet de Hugues SIBILLE, du 16 Janvier 2013, tribune publiée par ailleurs dans La Croix du mardi 15 janvier 2013. Un billet militant pour une approche sociale contributive, inclusive, innovante, pragmatique (on arrête les initiatives qui ne marchent pas et on duplique celles qui fonctionnent) en phase avec la subsidiarité. Une approche structurante du domaine social en accord avec l'Etat Providence Participatif que je soutiens ici. 

    À situations nouvelles, solutions nouvelles.Nous sommes en stagnation économique et en disette budgétaire. Cessons donc de traiter le social comme une “redistribution”, devenue impossible. Gérons-le comme un investissement dans une nouvelle croissance. Comme un facteur de compétitivité. Avec retour sur investissement pour la collectivité. Un euro public investi dans une entreprise d’insertion évite les coûts du chômage ou de l’aide sociale et génère 2,3 euros de retour dans les caisses publiques par l’impôt et les cotisations. [souligné par mes soins, point qui me semble important pour être entendu de tous ceux qui ne voient que de l'assistance dans une démarche qui se révèle contributive. Je tente d'obtenir plus de détails sur la façon dont ce résultat est calculé] Le même raisonnement vaut pour une coopérative d’activité, qui permet de créer son emploi dans un cadre mutualisé, ou pour le microcrédit professionnel accompagné. Encourageons ces modèles productifs. Généralisons-les lorsqu’ils marchent. Arrêtons-les quand ils ne marchent pas.

    Les besoins sociaux changent avec la société. Les produits et services sociaux, leurs modes d’organisation, les modèles économiques qui les supportent doivent innover. Le rapport du Secours Catholique sur la pauvreté montre qu’en dix ans les coûts énergétiques des plus fragiles ont progressé de 48 % et deviennent insupportables. Innovons pour résorber cette précarité énergétique. De même, l’absence de téléphone mobile devient un handicap majeur à la (re)socialisation. Et le vieillissement massif de la population impliquera de traiter autrement la dépendance, en termes de santé et de logement.

    Pour apporter ces nouvelles réponses, des innovateurs sociaux expérimentent chaque jour. Chêne let crée le logement social éco-conçu. Emmaüs Défis passe des accords avec SFR pour la téléphonie sans fil. Siel Bleu propose une activité physique adaptée aux personnes âgées pour faire de la prévention santé. Habitat et Humanisme crée un concept mélangeant services infirmiers à domicile, centre de jour et centre d’accueil. On peut mesurer l’impact social de ces innovations. Ainsi l’activité physique en maison de retraite fait reculer le diabète et les chutes avec fractures. Sa généralisation représenterait des centaines de millions d’euros d’économie. Sortons ces multiples initiatives de la “marge” où ils sont cantonnés pour en faire le centre de la transition vers une nouvelle croissance inclusive. L’intérêt porté à l’innovation technologique vaut aussi pour l’innovation sociale.

    Les collectivités territoriales commencent à encourager l’innovation sociale. Les régions l’inscrivent dans leurs Schémas Régionaux d’Innovation (SRI) et mobilisent leurs agences régionales d’innovation en Champagne Ardennes, Bretagne, Franche-Comté, etc. Languedoc Roussillon crée un écosystème régional favorable aux innovateurs sociaux avec incubateur, pépinière, école d’entrepreneuriat, système de duplication (Replic)… De son côté, la Commission Européenne a lancé un Programme pour le changement social et l’innovation sociale. La nouvelle programmation du Fonds Social Européen (FSE) pour la période 2014/2020 favorisera cette innovation sociale. Partout, elle émerge comme objet de politique publique à côté de l’innovation technologique.

    Le moment est venu en France d’un Pacte National d’Innovation Sociale qui complète et renforce le pacte de compétitivité, et accompagne le projet de loi sur l’économie sociale et solidaire prévu pour le printemps 2013. Les principes de ce Pacte seraient les suivants :

    - ouvrir à l’innovation sociale les dispositifs de soutien à l’innovation technologique, sans les opposer.

    - privilégier les projets qui transforment des “bénéficiaires” en “parties prenantes”, en acteurs responsables, et mobilisent la société civile, comme le fait Solidarités Nouvelles face au Chômage.

    - encourager les partenariats associations-entreprises, tels que les achats responsables, le mécénat de compétence, le capital investissement d’utilité sociale.

    - faire de l’innovation sociale une priorité des politiques contractuelles État/collectivités territoriales. 

    Ce Pacte serait décliné en un plan pluriannuel avec des objectifs mesurables, par exemple sur les trois rubriques suivantes :

    - financement de l’innovation sociale : ouverture des dispositifs relatifs à l’innovation technologique, mise en place d’un crédit impôt recherche innovation sociale, localisation au sein de la nouvelle BPI d’un Fonds innovation sociale privilégiant les avances remboursables et les systèmes de garanties.

    - création au sein de chaque ministère (logement, santé, environnement, agriculture…) d’une cellule innovation sociale, comme cela existe au Royaume Uni, chargé de favoriser les expérimentations avec la société civile, puis leur diffusion à grande échelle, et mise en réseau interministériel de ces cellules

    - modélisation d’écosystèmes territoriaux de soutien à l’innovation sociale complétant les pôles de compétitivité et réseaux régionaux d’innovation, réunissant les régions qui ont la compétence économique avec les départements qui ont la compétence sociale, et l’état, pour construire des alliances avec les entreprises, associations et syndicats et les universités. 

    Les contraintes des finances publiques ne sauraient conduire nos gouvernants à gérer en simples comptables les coupes budgétaires. Sortir par le haut de cette période anxiogène nécessite de redonner du souffle et de l’imagination aux politiques publiques, de prendre des risques en libérant les forces créatives, de fabriquer de l’estime de soi et de la confiance. Un Pacte d’innovation sociale, reconnu et promu, y contribuerait significativement. 

    Hugues SIBILLE, Ancien Délégué Interministériel à l’Innovation Sociale. Président d’Avise, Vice Président du Conseil supérieur de l’économie sociale et solidaire, Auteur de : La voie de l’innovation Sociale, éd. Rue de l’échiquier, 2011.

  • L'essentiel est de mener une vie décente basée sur la solidarité.

    La gratuité peut-elle être le nom de la solidarité?

    Le célèbre architecte brésilien Oscar Niemeyer est décédé à presque 105 ans, toujours au travail. Il laisse un patrimoine architectural considérable, mais ce que je retiendrais de lui, c'est cette petite sentence placée en titre:

    "L'essentiel est de mener une vie décente basée sur la solidarité."

    Je partage cette proposition philosophique qui me semble très profonde. Est-ce que ce n'est pas la seule façon de remplir sa vie? Ce n'est pas parce que notre société n'est plus religieuse, que ce n'est plus ce qui lui donne du sens, qu'il faut jeter le bébé de la solidarité avec l'eau du bain des religions. Je ressens que nous sommes des êtres sociaux avant tout et que notre vie ne peut être comblée sans cette prise de conscience de l'impératif de solidarité qui nous est chevillé à l'esprit et peut-être même à notre ADN. L'individualisme me semble être à la société ce que l'onanisme est à l'amour.

    J'ai recueilli le témoignage de plusieurs personnes dont le vide qu'elles ressentaient avait été comblé le jour où elles sont devenues croyantes. Je crois que l'expérience qu'elles vivent n'est autre que la mise en phase de leur philosophie avec ce besoin impérieux de solidarité.

    Depuis quelque temps, moi qui suis agnostique, je vis une expérience de solidarité grâce à la mise en place d'un collectif régi par des règles sociocratiques. De façon très surprenante pour moi, mes angoisses existentielles sont réduites, ma fatigue d'être moi s'estompe, un sentiment de plénitude s'insinue tranquillement.

    La formulation d'Oscar rend possible une conception opérationnelle de la gratuité parce qu'elle peut servir de base universelle. Je dois donc revoir mon billet sur la gratuité, en particulier ce paragraphe:

    "la gratuité se réfère à un idéal commun, un paradigme, une idée du bien collectif partagée par tous et qui va de soi, une adhésion à un contrat social indiscutable et accepté par tous. Le modèle d'idéal commun le plus fort étant l'ordre religieux qui nous relierait tous. Selon cette idée, pour une société homogène, la gratuité peut se concevoir. Mais quand il s'agit d'une société comme la nôtre qui est très largement atomisée, une société d'individus, une société laïque dont la devise ne fait plus tout à fait unanimité (pour preuve, chacun s'emploie à détourner, au moyen de l'euphémisme "optimisation fiscale", notre article 13 qui dit que chacun doit contribuer à hauteur de ses moyens), alors il devient légitime de questionner la gratuité, soit pour parler "des gratuités", soit pour penser la reconnaissance selon un code commun assez clair pour tous."

    Oscar Niemeyer n'a toutefois pas complètement pris acte de l'enfer du communisme réel et je ne le suivrais donc pas sur ce chemin, tachant de ne pas perdre de vue notre propension délirante à prendre nos désirs pour des réalités.

    Biblio sur la gratuité: une conférence du philosophe Jean-Luc Marion.

  • La Maison des Sources, un lieu adapté aux "inadaptés". Un ilôt de résistance à la perversion insertionniste.

    C'était dans le 7 à 8 du 11 novembre 2012, la Maison des sources  est un lieu qui est adapté aux personnes "faibles", "inadaptées", "inemployables" selon notre contrat social excluant et compétitif actuel. Marie Noëlle Besançon, la psy qui a fondé ce lieu a mis en pratique les préconisations que Patrick Declerck formule dans son livre "Les naufragés", à savoir adapter les lieux et les conditions de fonctionnement aux capacités des personnes. Une initiative remarquable qui j'espère va inspirer de nombreuses autres initiatives, en particulier autour des GEM (Groupe d'Entraide Mutuelle). Coup de chapeau à Marie Noëlle pour avoir ainsi su placer concrètement le faible au centre de la Maison des sources et lui permettre ainsi de contribuer à sa mesure.

    On est loin de l'utopie reinsertionniste si courante dans les services sociaux et que dénonce si clairement Patrick Declerck, ce qu'il nomme le Graal des services sociaux. Le lâcher prise des "normaux" qui ouvrent leur regard sur les faibles et leur liberté est émouvant comme une naissance au monde. De mon point de vue, le témoignage qui en rend le mieux compte est Alexandre Jollien dans son éloge de la faiblesse.

    Peut-on rêver que l'esprit qui fonde les GEM et cette réalisation plus complète de la Maison des sources puisse gagner l'ensemble de notre contrat social, à savoir adapter nos conventions sociales, notre contrat social, aux réalités d'autonomie des personnes, ce qui n'est en rien contradictoire avec l'accent mis sur ce développement de l'autonomie (c'est d'ailleurs ce qui se pratique à la Maison des sources où la formation et le champ d'action des membres s'étend au fur et à mesure que leurs capacités qui fondent leur autonomie s'accroissent). On a là une piste de croissance (celle de l'autonomie des personnes) infinie, profitable à tous, inclusive.

    Marie-Noëlle Besançon est aussi la présidente de l'association IAF (les invités au festin, osons une psychiatrie citoyenne!) qui vise à étendre l'expérience de la Maison des Sources.