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Etat Providence Participatif=société des participants - Page 2

  • Chacun de nous a besoin d'une place dans un cadre fraternel.

    Je voudrais développer l'hypothèse partant du point de départ que l'homme serait un être social, profondément social. A cette nature répondrait un besoin communautaire, le besoin d'avoir une place dans un cadre fraternel. A ce besoin communautaire universel répondent des cultures construisant des fraternités.

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  • Comment l'exclusion génère des born-again, tentative de décodage.

    Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il y en a, des born-again (nés à nouveau), des illuminés, et qu'ils se sentent alors investis d'une mission. La forme et sans doute le nombre varie avec les époques, avec les illusions disponibles.

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  • Attendre un sauveur ou devenir collectivement moins cons? Comment être Charlie?

    Les commentateurs avertis de notre époque prédisent que ça va péter, qu'il va, d'une façon ou d'une autre, nous falloir effacer les tablettes pour repartir pour un tour. C'est le cas de David Graeber à qui j'ai emprunté la formule des tablettes, celui de Paul Jorion, celui de Jean Zin, et aussi de l'illustre inconnu BA (Bruno Arf?), pour ne citer que ces quatre là.

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  • Dialectique matérialiste et intelligence collective

    L'intelligence collective s'applique très bien aux abeilles et aux fourmis, un peu moins bien aux collectifs humains, aux groupes humains. Les principales différences entre ces animaux sociaux et les humains résident dans les luttes de pouvoir, y compris dans la manie saugrenue de vouloir "gagner" les conversations, et la propension à prendre ses désirs pour des réalités, qui rendent plus difficiles les échanges et en particulier l'identification et la prise en compte des contradictions avec les objectifs qui se révèlent dans l'action.

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  • Rapprochement entre choix-culpabilité-objets-salauds.

    Je reprends le terme de salaud d'un billet de Jean Zin, les salauds au pouvoir parce que ce billet m'a inspiré une réflexion sur la culpabilité, son origine, son rôle et sa métabolisation.

    Le fait que nous puissions faire des choix nous place

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  • Le périscolaire à la moulinette...appel à contribution

    Il semble y avoir des difficultés de recrutement des encadrants des nouvelles activités périscolaires à la charge des municipalités (avec une contribution pécuniaire partielle de l'état). Le cadre de l'Etat Providence Participatif serait très bien adapté à ce besoin de main d'oeuvre à temps partiel.

    Il me manque des données sur le volume de travail que ça représente.

    Si un lecteur possède des sources à ce sujet, merci de me les communiquer.

  • Alzheimer à la moulinette de l'état providence participatif

    Avec Alzheimer, 800 000 malades en France en 2007, en forte progression, on entre dans la catégorie poids lourd des ressources humaines que l'EPP pourrait mobiliser. On trouve un  résumé de la situation dans Wikipedia:

    En se référant au nombre estimé en 2007 de 800 000 malades en France et en considérant une moyenne de 3 cellules familiales autour d'un malade (la famille comprend les enfants, les frères et sœurs, nièces et neveux, etc.), ce sont plus de 2 400 000 personnes qui sont concernées plus ou moins directement par la maladie d'Alzheimer. C'est un problème majeur de société, la progression du nombre de malades étant d'environ 250 000 cas par an [réf. incomplète]125.

    La famille a des ressources limitées en temps pour offrir à la personne malade le soutien dont elle a besoin de façon de plus en plus continue au fur et à mesure de l'évolution de la maladie. Pourtant, dans 70 % des cas, c'est la famille qui prend en charge la personne malade et lui permet de rester à domicile.

    On a pris conscience de l'apport considérable de l'aidant naturel (aussi nommé aidant familial) et les professionnels se rendent compte que l'« aide aux aidants » est probablement une des manières de répondre à cet énorme défi de santé publique.

    En France, 70 % des époux et 50 % des enfants d'une personne souffrant de la maladie d'Alzheimer lui consacrent plus de 6 heures par jour. 24 % des aidants – et 54 % s’il s’agit d’enfants d'une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer – doivent réaménager leur activité professionnelle. 20 % des aidants naturels d'une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer déclarent différer, voire renoncer à une consultation, une hospitalisation ou un soin pour eux-mêmes par manque de temps126[réf. incomplète]. Si la prévalence de la maladie continue d'augmenter, elle mobilisera à elle seule et pour le simple nursing un dixième de la population active. Par ailleurs, il semblerait que la mortalité des personnes aidant soit supérieure à celle de personnes du même âge ne s'occupant pas d'un malade, mais cela n'est pas clairement établi à ce jour127. Dans le cadre du Plan Alzheimer 2008-2012, a été mis en place un métier le Technicien-Coordinateur de l’aide psycho-sociale aux aidants en réponse aux problématiques de ces aidants.

    Un malade requiert 6h de soin et d'attention par jour d'un aidant. Pour l'état providence participatif, cela signifie qu'il faudrait au moins 7 à 10 aidants pour un malade. Pour environ 1 million de malades on arrive au chiffre de 7 à 10 millions d'aidants, soit environ 10% de la population. C'est ce qu'il faudrait si on souhaite soulager les aidants actuels et mutualiser la prise en charge de cette maladie. On peut remarquer que le principe d'association de professionnels et de "volontaires" se met en place avec les techniciens-coordinateurs, ce qui illustre comment l'état providence et l'état providence participatif peuvent se combiner avantageusement.

     

    La même démarche s'applique à la maladie de Parkinson qui touche environ 0.3% de la population (1% des plus de 60 ans et 4% des plus de 80 ans), soit environ 200 000 personnes en France. Une mutualisation de la prise en charge par l'EPP mobiliserait environ 1.5 à 2 millions d'aidants.

     

  • L'ambulatoire pour la naissance à la moulinette de l'État Providence Participatif

    C'est peut-être le début d'une série "à la moulinette de l'État Providence Participatif (EPP)" on verra bien si cette série a du souffle ou pas. Il s'agit de tenter d'analyser ce que l'EPP pourrait apporter à des sujets d'actualité. L'ambulatoire pour la naissance et pour de nombreux autres cas est un sujet d'actualité, il est justifié par un besoin de réduction des dépenses de santé, en particulier à l’hôpital, sans pour autant perdre en qualité, voire améliorer la situation.

    A quoi sert la petite semaine que la maman et le nouveau-né passent à l'hôpital? Cette durée pourrait-elle être réduite?

    Pour tous les cas qui ne présentent pas de risque de santé particulier, c'est à dire la très grande majorité des cas, il serait envisageable de réduire cette durée à 2 jours. Toutefois, cette petite semaine est aussi mise à profit pour que les parents apprennent à s'occuper de leur enfant. L'hôpital joue donc aussi un rôle d'apprentissage. C'est sur ce volet que l'EPP pourrait apporter sa contribution selon un schéma mixte professionnels/volontaires avec un ratio de 1 pour 10 ou 20. Ou bien selon un schéma d'agrémentation comme c'est pratiqué par les fédérations associatives (par exemple la randonnée où les encadrants sont tous bénévoles et formés par les fédérations).

    Sur les environ 800 000 naissances par an, il doit être possible de libérer 2 jours, soit une économie de 800 000x2x200(environ 200€ pour une journée d'hôpital)=320M€. C'est un peu simpliste comme approche du fait qu'en économie, il y a de nombreux vases communicants et caractères systémiques.

    Il y a très certainement besoin de débattre des autres aspects d'un dispositif qui mutualiserait ainsi l'initiation du volet sanitaire de l'art d'être parent. On peut verser à ce débat le fait qu'autrefois la plupart des naissances avaient lieu à la maison, ce qui posait quand même de gros problèmes pour les accouchements difficiles et pour lesquels l'hôpital apporte une grande amélioration. L'apprentissage se faisait avec les proches et les quelques conseils des médecins et des sages-femmes. Un accouchement à l'hôpital un peu plus ambulatoire et une mutualisation de l'apprentissage comportant une formation me semblerait être un bon système, répondant aux diverses nécessités.

    En ce qui concerne l'évaluation du gisement d'emplois sociaux de l'EPP, si on compte 800 000 x2/200 (1 ETP c'est environ 200 jours par an) on aboutit à 8 à 10000 emplois ETP (Equivalent temps plein), soit environ 100 000 emplois à 10%ETP (les 10% d'un ETP requis par l'Etat Providence Participatif à un de ses participants).

  • La contrainte pénale à la moulinette de l'Etat Providence Participatif

    La prévention et la prise en charge de la délinquance est un des viviers de recrutement des participants de l'état providence participatif. Sans doute pas le plus important, loin derrière les ainés et les juniors, mais il est important qualitativement parce qu'il est situé aux marges du malaise dans la société. On peut estimer le nombre de personnes concernées par la contrainte pénale à quelques dizaines de milliers. Ce chiffre n'est pas simple à établir parce qu'il dépend de l'existence même de la contrainte pénale. Partons sur un chiffre de 50.000. Il faudrait un probateur, (ou "parrain" comme cela se pratique pour les associations de prévention de rechute aux addictions) pour 1 "délinquant". Soit un effectif de 50 000 probateurs volontaires. Un système voisin de celui des sapeurs pompiers pourrait être mis en place, avec 1 probateur professionnel pour 10 à 20 probateurs volontaires. Sachant que les meilleurs probateurs seraient très probablement d'anciens délinquants ayant réussi à s'en sortir, de la même façon que cela se pratique pour la drogue ou l’alcoolisme. Mais pour mettre en place un tel système mixte professionnels/volontaires, il serait utile de pouvoir s'appuyer sur des dispositions plus favorables à l'empowerment, comme celles que je propose dans L'état providence participatif.

    Aujourd'hui, les probateurs en place ont à gérer en direct plus de 100 délinquants, ce qui rend leur tâche impossible. Avec la contrainte pénale, la situation sera bien pire et ce n'est pas avec les 1000 postes supplémentaires dont il est question que ce problème d'effectif sera résolu.

  • Villes Amies des Ainés

    La guerre des générations n'aura peut-être pas lieu, le mouvement mondial des Villes Amies des Ainés témoigne d'une saine réaction de la société, sous l'impulsion de l'OMS, vis à vis des agressions contre l'état social. Coordonner les actions au niveau des villes, les mettre en réseau, est un acte très politique puisqu'il concourt à la prise de décision et d'action collective. J'y vois la progression de l'état providence participatif, c'est à dire d'un état providence où chacun peut trouver une place d'acteur.

    Pour fonder l'état providence participatif, aux villes il faudrait ajouter les campagnes, aux ainés il faudrait ajouter les enfants, les handicapés, les délinquants, les toxicomanes... mais le modèle me semble prometteur. Au moins ne rencontre t il pas l'opposition qui avait été faite à la société du soin mutuel, alors que c'en est un élément important par son volume. Mystère de la sémantique?

    Serge Guérin, âpre défenseur des aidants, promoteur du care et de l'état social salue l'émergence des Villes Amies des Ainés. et cet élément de reconstruction de l'état providence par le bas, par les territoires.

  • Nouvelle Donne essaie la sociocratie

    Dans une vidéo de 20 mn, Patrick Beauvillard, le porte parole de Nouvelle Donne annonce qu'ils ont choisi la sociocratie comme mode d'organisation. Je leur souhaite vivement de réussir cette première, pour un parti politique, que je soutenais dans un article invité paru il y a peu chez Jean Gadrey. J'avais promis ici et là que si un parti s'organisait selon les principes de la sociocratie, j'y adhérerais. Parole tenue!

  • Pourquoi Manuel Valls va malheureusement se planter sur le chômage.

    Petite incartade dans l'actu.
    La bataille pour l'emploi semble engagée, mais à ne manœuvrer que des leviers faibles, les chances de succès autres que marginal, sont minces, et les risques d'échec continueront probablement à donner du grain à moudre aux populistes. La question serait: comment passer de 10% de chômage à un taux frictionnel (2-4%) et non pas comment passer de 10% à 8% ou 9% qui semble satisfaire nos très maigres ambitions.

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  • Les Babayagas, EPP compatible.

    A Montreuil et Saint Priest, des retraités ont décidé de prendre leur destin en main en créant des maisons de retraites dont ils sont les gestionnaires, des Babayagas. Ce sont des initiatives de ce genre qui peuvent rénover notre état social. Bravo à ces vieux qui ont décidé de rester vivants. Espérons qu'ils sauront utiliser les bons outils de gestion pour faire leurs choix et gérer leurs différends. Je ne saurais que leur conseiller de regarder du côté des outils d'intelligence collective, de la sociocratie en particulier.

    Je leur délivre mon label de pleine compatibilité avec l'Etat Providence Participatif (EPP compatible) et leur souhaite d'être copiés par de nombreux autres vieux et accompagnés par un cadre légal favorisant leur pérennité.

    Merci à Michelle qui m'a signalé l'existence des Babayagas. Tous mes encouragements pour son projet de Babayaga sur sa commune.

  • Comment concevoir un narcissisme collectif sain?

    Chassez le narcissisme collectif par la porte et il reviendra par la fenêtre. Par exemple, les supporters des équipes de sport démontrent notre faculté, notre goût, notre propension et sans doute la nécessité pour nous, les humains, de se brancher sur un collectif dont on soit fier, comme s'il s'agissait d'une centrale d'énergie psychique dont on ne pourrait se passer.

    Plutôt que de railler le chauvinisme en pure perte et de laisser ce sujet aux partis populistes autoritaires et activistes, je m'interroge sur nos capacités à développer un narcissisme collectif qui soit sain, qui ne conduise pas au rejet de l'autre. Est-ce possible? Voilà une des questions qui va m'animer probablement pendant de long mois, avec votre concours si vous le voulez bien.

     

    Un peu de biblio pour commencer:

    Les commentaires d'Emmanuel Diet sur "le Malêtre", le livre de René Kaës. Très intéressant, sauf le langage très obscur. Des références au célèbre "Malaise dans la culture" (moderne ndr) de Freud. Je retiens de ce texte la notion de contrat narcissique qui implique une expérience de groupe. Comment refonder des groupes modernes, c'est à dire en phase avec les différents étages des collectifs dans lesquels nous nous inscrivons (groupes proches, régions, état, monde...)? Mais on sait déjà pourquoi il est important de fonder ce groupe moderne, parce que la perte de l'archétype patriarcal détruite par la modernité intensifie le malaise et libère la violence du fait de la perte de répondant du groupe. Quand nous participons à un groupe, l'usage de notre liberté de parole et d'action s'autolimite par la peur de porter atteinte au générateur d'énergie psychique qu'est le groupe. Il est donc indispensable qu'un groupe moderne mette en place du répondant, c'est à dire une capacité de décision efficace et reconnue (c'est le type du patriarche qui incarnait cette fonction, mais ce qui est important, c'est la fonction). Cette reconnaissance passe aujourd'hui par une capacité d'écoute importante, une capacité démocratique importante. La question devient donc: comment constituer un groupe qui ait une capacité de décision élevée pour avoir du répondant tout en ayant une capacité d'écoute élevée parce que cette demande n'a fait que s'amplifier au cours de l'histoire (cf "Qu'est-ce que la démocratie?" de Alain Touraine)?

    Nos handicaps culturels:notre culture des organisations est caractérisée par une forme autocratique très marquée (cf représentations ci-dessous). En réponse à cette forme, les projets autogestionnaires expriment leur rejet, leur haine même, de toute hiérarchie et s'engagent dans le déni qui conduit à une perte d'énergie importante qui finit par avoir la peau de ces organisations "bisounours", soit à des modes de domination d'autant plus sournoises qu'elles sont niées. Des outils organisationnels relevant de l'intelligence collective, dont la sociocratie est un exemple particulièrement élaboré et pourtant simple à mettre en œuvre, heurtent de front cette bipolarisation (un pôle autocratique et un pôle autogestionnaire antihiérarchique) qui habite notre culture organisationnelle.

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    Le manque de hiérarchie peut être une source d'inefficacité et de souffrance, c'est ce qui est constaté dans les structures plates ou l'autogestion.

     

  • La sociocratie au secours du politique

    Jean Gadrey accueille un billet invité sur son site avec le même titre ici. J'espère que vous irez y poster vos commentaires sur lesquels je pourrais m'appuyer pour rédiger un texte enrichi ici-même.

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  • Est-ce que le ministère de la bonne bouffe est lancé?

    Est-ce que le ministère de la bonne bouffe que j'appelle de mes voeux depuis 2007  serait en train de se concrétiser? Le volet agricole semble lancé avec un plan d'agro-écologie, mené par Stéphane Le Foll, auquel je n'ai rien à ajouter, ni sur le fond du projet ni sur la méthode participative, subsidiariste dans lequel l'état joue son rôle sur le plan des lois, sur le plan du soutien et des synergies, mais sans vouloir tout commander d'en haut. Pour moi un modèle du genre.

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  • Parenthèse, un lieu pour (re)devenir participant

    Parenthèse est un lieu de co-création de places aux personnes en difficultés.

    à suivre...dès que j'aurais passé un peu plus de temps à découvrir ce lieu, mais je sais au premier coup d'oeil que je serais pas déçu, il s'agit bien d'une parenthèse à la société d'exclusion et un ilot de "participants". Les questions que je me pose portent sur l'orientation (objectif insertion dans l'économie standard ou éventuel support permanent pour les plus inadaptés), sur les détails de l'organisation, des prises de décision, de la gestion des affects...je vais tenter de me faire une idée de la pérennité de cette organisation.

  • La question de la qualité, du convivialisme et de la politique moléculaire, la société des participants.

    Il me semble qu’on peut représenter la société comme une source d’énergie à laquelle nous avons besoin d’être connecté, en interaction, et pas seulement comme consommateur, mais comme acteur, ainsi que le rappelle Alain  TOURAINE dans son livre « Qu’est ce que la démocratie » où il définit les conditions d'existence de l'individu p.33: « Le sujet, dont la démocratie est la condition politique d'existence, est à la fois liberté et tradition. Dans les sociétés dépendantes, il risque d'être écrasé par la tradition: dans les sociétés modernisées, d'être dissout dans une liberté réduite à celle du consommateur sur le marché.»

    Une société accueillante offre une place, une connexion, à chacun en fonction de ses capacités et affinités. Il ne s'agit pas d'une connexion statique, mais plutôt d'un lien vivant, lien qui déterminera en partie l'évolution des capacités et des affinités. Notre société est une société de l’exclusion, autant sur le plan quantitatif des places qu’elle propose que sur le plan qualitatif. Réussir à y trouver une place est déjà difficile et n'est pas donné à tous, ainsi qu'en témoigne le taux de chômage et d'isolement des personnes. Les personnes ayant une place de choix (de leur choix) constituent l’exception, à l’opposé de ce que nous devrions nous donner comme règle. La question des retraites se pose avec acuité, pour la grande majorité, du fait de la qualité des places dites actives. Il existe des professeurs émérites, mais pas d’ouvrier émérite.
    La révolution qualitative concerne aussi bien les organisations que le périmètre de leur action, comment leur action s'inscrit dans l'activité globale de la société. Elle se cherche depuis assez longtemps, comme l’illustre ce paragraphe de Jorion dans son billet du 5 février 2013:
    L’économie sociale et solidaire est née durant la première moitié du XIXe siècle, elle est l’enfant de la Révolution de 1789, ou plutôt, elle est l’enfant de la réflexion furieuse qui naquit à partir d’elle, sur ce qui était perçu par les uns avoir été son échec (pour Charles Fourier par exemple) et par d’autres comme une réussite partielle qu’il convenait maintenant de prolonger et de concrétiser (ainsi, pour Louis Blanc). Réflexion qui ne se limita pas, faut-il le dire, à la France seule : l’expression la plus aboutie du mouvement coopératif ne fut-elle pas celle de Robert Owen en Angleterre dans un premier temps, aux États-Unis ensuite ?
    Les années 1820 à 1840 constituèrent l’Âge d’Or de l’économie sociale et solidaire : naissance et floraison des coopératives de production, de distribution ou de consommation, phalanstères, « colonies », « communes », monnaies alternatives, systèmes d’échange sans monnaie, se répandirent comme une traînée de poudre à la surface du globe ; rien ne semblait pouvoir faire obstacle au mouvement. La révolution de 1848 apparut dès ses premiers jours comme le moment venu de l’institutionnalisation de cette déferlante : la « commission du Luxembourg », créée le 28 février, en était chargée. Elle est présidée par Louis Blanc, auteur en 1839 du livre-manifeste qui faisait désormais autorité : L’organisation du travail.
    Dans les années 60 à 80, le PSU de Michel Rocard a retravaillé ce thème d’une économie qualitative qui lui tenait à coeur à l’époque. Un peu avant l’élection de Mitterand, la mouvance autogestionnaire avait le vent en poupe. Le Journaliste Domergue s’est penché sur ce flop:
    *Manuel Domergue aux 4ème débats interactifs de l’Adels le 4/12/2004: “…il semble que le socialisme autogestionnaire des années 70 soit resté essentiellement à l’état de discours, sans recouvrir une réalité sociologique significative. Cette mode intellectuelle serait donc restée éphémère car elle n’était pas partagée par la base, et n’a pas réussi à innerver la société en profondeur. Même les célèbres « Lip », les fabricants de montres de Besançon qui ont fait tourner leur usine illégalement pendant une grève, derrière leur slogan « On fabrique, on vend, on se paie », ne réclamaient pas vraiment l’autogestion de leur entreprise. Lors de leur premier conflit, en 1973, pour contester un plan de restructuration, ils cherchaient un repreneur, et ont rejeté les propositions de reprise en coopérative. Bref, à l’époque, on a fabriqué de l’utopie, elle s’est bien vendue, mais on s’est payé de mots.”

    Françoise Dolto analyse l’échec des communautés post-68, aussi tournées vers la qualité, c’est pp164-168 de son livre “solitude” et je cite ce passage p74 de l'historique de l'Etat Providence Participatif. Après la phase d'installation qui semblait prometteuse, Dolto rapporte que "les perturbations sont apparues après parce que ces communautés se dissociaient pour des raisons œdipiennes rémanentes des adultes, des intrigues, des jalousies, des envies de rivalité fraternelle ou sororale. Celui qui, lorsque c'était son tour, dirigeait le mieux la maison devenait comme le père. Celle qui faisait la tambouille la meilleure et la plus économique devenait la mère de la communauté. Puis, finalement, tout se rejouait par rapport à ces rôles, même temporaires -racontars, potins- comme dans les familles pathogènes."
    Les écolieux qui se sont développés dans les années 2000 connaissent la même désillusion. Jean de la Houle, parti prenante de ce mouvement, tente d’analyser les raisons de cet échec:
    L’échec des communautés et des écolieux tient dans les points suivants:
    Principalement à cause de “l’esprit d’indépendance” des Français, de l’importance de leur ego, de leur refus d’accepter que pour que des personnes se rencontrent et bâtissent ensemble, il est nécessaire que chacun “incurve sa trajectoire individuelle” pour arriver à une trajectoire commune sans laquelle aucun cheminement commun n’est possible, sans laquelle aucun écolieu n’est vivable et pérenne. Mais c’est impossible puisque chacun estime que sa trajectoire est la seule bonne, et que c’est çà l’autre de changer :
    La position “propriétaire” (donc décisionnaire) de celui qui est à l’origine du financement principal, crée de fait une autocratie non-dite qui empoisonne vite les relations et détruit ou rend impossible tout esprit de participation/construction.
    Pour les écolieux, les propositions mises en commun et partagées sont insuffisantes en comparaison avec les complications juridico-administratives et les inconvénients afférents, et la “mayonnaise ne tient pas”
    Pour les communautés, la croyance que le choix “politique” est en soi suffisant et dynamisant pour unir les participants. Ce n’est pas parce qu’on choisit “politiquement” la liberté affective et sexuelle qu’on résout de fait les problèmes de jalousie et de possessivité.
    La croyance que partager un beau paysage, l’idéal écologique et une tondeuse à gazon, sont des raisons suffisantes pour que les gens se sentent unis et motivés. C’est trop peu, la “mayonnaise” ne prendra pas."

    De mon côté, j’ai tenté d’analyser les raisons de cet échec et je propose de prêter plus d’attention à la façon dont nous combinons nos libertés dans un groupe et à la façon dont nous sélectionnons nos leaders. Deux questions me servent de jauge : “qui décide quoi et comment?” et "Quel est le statut de l'information, comment sont traitées les objections et les objecteurs?".
    Il me semble que les possibilités de réforme se situent au niveau de la façon dont nous organisons les groupes. C’est en quelque sorte une proposition de “politique moléculaire”. Les règles d’organisation de la sociocratie, qui sont en parfaite adéquation avec le nouveau mouvement convivialiste, me semblent apporter un élément opérationnel aux bonnes dispositions de ce convivialisme. Je regarde avec insistance du côté du modèle de politique révolutionnaire moléculaire de Jean Zin avec sa proposition de coopérative municipale+revenu garanti (et non revenu d’existence qui laisse en plan le volet institutionnel)+monnaie locale. Je regarde aussi avec insistance la réalisation de la Maison des sources de Besançon qui réussit l’exploit de fournir un cadre de co-création de places de qualité aux personnes les plus exclues de l’économie standard. Les membres de la Maison des sources sont nommés "participants" et c'est bien ce qui se passe.  Peut-on coupler les théories de Jean Zin avec cette magnifique réalisation? Si c’est possible, la question des retraites ne se poserait pas du tout de la même façon, elle deviendrait un élément comme un autre de notre connexion à la société tout au long de notre vie, notre qualité de participant pouvant finement s'accorder et s'actualiser, dans la mesure du possible. Les Babayagas me semblent sur la bonne voie pour assurer leur connexion à la société pendant la retraite. Est-ce que la fécondation de la Maison des sources par la coopérative municipale peut passer le scratch test du massacre nécessaire des utopies?

    La révolution numérique en marche risque de tellement bouleverser notre lien à la société via l'emploi que notre qualité de participant va de plus en plus avoir besoin d'une "multiprise" évolutive pour que nous puissions rester connectés. Bernard Stiegler propose une vision de cette évolution et entrevoit la possibilité d'une économie de la contribution, mais sans préciser l'étayage institutionnel. Une politique moléculaire, c'est à dire une action volontaire de structuration locale de groupes adossés à une institution , me semble à la fois la plus réalisable et la plus souhaitable (le cadre municipal me semble le meilleur), pour parvenir à nous adapter, en tant qu'individus doués d'autonomie et de savoirs, de façon sociabilisée et hospitalière, aux conséquences de la révolution numérique.

    Michel Abhervé prône un renforcement dialectique entre IAE et ESS. c'est à dire entre la sphère économique et la sphère sociale.

    Hugues Sibille retrace un historique de l'ESS et déplore son manque de stratégie vis à vis des pays du sud.

  • Combiner les libertés pour écologiser le progrès

    Depuis la révolution ou à peu près, nous avons mis notre société en marche, nous avons créé la modernité en nous appuyant sur deux mythes fondateurs intimement soudés, le mythe de la liberté individuelle indispensable au mythe du progrès. Ces deux mythes ne se sont certainement pas imposés par hasard à cette époque et mon but n'est pas d'en faire une mise en perspective historique au moyen d'une analyse matérialiste au dessus de mes moyens. Mon but est de tenter de faire entrevoir que ces deux mythes fondateurs ont parfaitement joué leur rôle de modernisation mais qu'ils sont aujourd'hui en bout de course et qu'il conviendrait de les faire évoluer.

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  • La norme socio-économique exclusive se meurt mais ne se rend pas!

    Pour une économie inclusive prenant résolument acte des capacités de chacun.

    Développer des structures, des cadres d'activité stables (n'ayant donc pas pour but une réinsertion standard, mais une réinsertion au moyen de l'étayage apporté par ce cadre pérenne) adaptés aux inadaptés du "système", leur permettant ainsi de contribuer à leur mesure, n'est pas encore dans le logiciel de nos élus, ainsi qu'en témoigne le PLF 2013 (Projet de Loi de Finance), concernant la solidarité, l'insertion et l'égalité des chances.

    Malgré des taux de réinsertion des exclus frisant régulièrement le zéro pour cent, dès lors qu'on se penche sur le moyen terme, le tropisme des services sociaux reste l'obsession de la réinsertion dans l'économie standard. C'est ce que nous dit en substance la récapitulation des objectifs et indicateurs de performance, page 18, de ce PLF 2013:

    OBJECTIF 1 Améliorer l’accès à l’emploi [sous entendu emploi standard-ndr] et l’autonomie financière des bénéficiaires du RSA

    • INDICATEUR 1.1 Part des foyers allocataires du RSA sans emploi dont au moins un des membres reprend une activité
    • INDICATEUR 1.2 Part des foyers bénéficiaires du RSA en emploi dont les revenus sont supérieurs à 150% du montant forfaitaire
    • INDICATEUR 1.3 Taux de sortie du RSA pour dépassement de ressources

    OBJECTIF 2 Développer l’accompagnement vers l’emploi des bénéficiaires du RSA (c'est le point qui se rapproche le plus d'une approche inclusive, toutefois, l'accompagnement n'est ici pas destiné à durer, il s'agit toujours du tropisme, illusoire la plupart du temps, de la réinsertion dans la norme, alors que l'étayage, d'un point de vue pragmatique, peut s'avérer nécessaire pour toujours -ndr)

    • INDICATEUR 2.1 Part des bénéficiaires du RSA sans activité inscrits au Pôle Emploi

    La Maison des Sources de Besançon et son association de duplication l'IAF, offrent un exemple d'application à des personnes atteintes de troubles psychiatriques importants, de mise en place d'une structure prenant en compte la réalité de ces personnes, leurs capacités, afin de leur offrir un cadre d'activité et de progression de leur autonomie leur permettant de contribuer à l'économie à leur mesure (éventuellement dans un emploi standard avec l'étayage qu'apporte la Maison des Sources, étayage affectif, administratif et pour tout problème pratique qui se présente) tout en respectant leur liberté.

    Si c'est possible pour des personnes si peu favorisées, il est possible d'imaginer une graduation continue de structures ne laissant personne de côté. Mais pour ça, il faut abandonner notre conception de la normalité*, la tyrannie que cette normalité exerce sur nous et qui se retrouve à tous les niveaux de la façon dont nous mettons en place notre solidarité. Beaucoup de places et de postes de personnes impliquées dans "le social" tel qu'il est aujourd'hui, se sentiront elles-mêmes menacées par un tel  bouleversement, un tel renversement de perpectives (adapter les structures à la réalité des personnes, plutôt que d'adapter les personnes aux structures). Ainsi qu'en atteste la réussite de la maison des sources, c'est pourtant ce renversement de perspectives que nous devrions opérer, plutôt que de continuer à vivre dans le déni et le quasi zéro réinsertion.

    Je suis redevable à Patrick Declerck, pour son remarquable livre enquête/témoignage "Les naufragés", de m'avoir ouvert les yeux sur la nécessité du renversement de perspective de notre approche sociale. Pour qui le lit, son témoignage éclairé et approfondi nous place face à notre déni du fiasco du tropisme réinsertionniste que nous partageons tous plus ou moins à priori.

    *La normalité active est celle de l'individu autonome, norme qui s'est forgée par opposition au sujet d'une communauté. Cette norme nous vient de loin, aux alentours de la révolution avec le décret d'Allarde suivi de la loi Lechapelier. Ce cadre est encore si puissant qu'il nous est difficile de penser nos collectifs, aussi bien ceux qui existent que d'en inventer de nouveaux. La Maison des Sources pose un acte à la fois salutaire et subversif vis à vis de cette norme. Elle ouvre la voie à la mise en place de collectifs modernes (il ne s'agit donc pas ici de refaire les communautés aliénantes dont nous nous sommes extraits depuis la révolution) capables de réduire considérablement l'exclusion générée par la norme individualiste actuelle.