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EPP

  • SOS, le groupe qui créée l'Etat Providence Participatif

    SOS est un groupe qui met en oeuvre la plupart des principes que j'ai développé dans ce blog. Coup de chapeau!

    SOS vient d'éditer un livre qui donne un large aperçu de leur action et de leur structure co-organisatrice.

    https://issuu.com/groupe-sos/docs/groupe_sos_livre_35_ans/1?ff

    A lire, absolument par tous ceux qui s'intéressent à l'imbrication du social dans l'économie.

  • Le service civique des jeunes et des vieux, une amorce de réponse au besoin de mutualiser le travail social...qui risque de tuer l'idée?

    Le service civique fait l'objet de diverses propositions qui tournent autour du pot de la mutualisation du travail social. La dernière en date est celle de Rama Yade . Cette thèse du service civique des seniors est aussi soutenue par Serge Guérin et Michèle Delaunay dans une tribune dans le quotidien l'Opinion "Mobiliser les seniors".

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  • Pourquoi Manuel Valls va malheureusement se planter sur le chômage.

    Petite incartade dans l'actu.
    La bataille pour l'emploi semble engagée, mais à ne manœuvrer que des leviers faibles, les chances de succès autres que marginal, sont minces, et les risques d'échec continueront probablement à donner du grain à moudre aux populistes. La question serait: comment passer de 10% de chômage à un taux frictionnel (2-4%) et non pas comment passer de 10% à 8% ou 9% qui semble satisfaire nos très maigres ambitions.

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  • La norme socio-économique exclusive se meurt mais ne se rend pas!

    Pour une économie inclusive prenant résolument acte des capacités de chacun.

    Développer des structures, des cadres d'activité stables (n'ayant donc pas pour but une réinsertion standard, mais une réinsertion au moyen de l'étayage apporté par ce cadre pérenne) adaptés aux inadaptés du "système", leur permettant ainsi de contribuer à leur mesure, n'est pas encore dans le logiciel de nos élus, ainsi qu'en témoigne le PLF 2013 (Projet de Loi de Finance), concernant la solidarité, l'insertion et l'égalité des chances.

    Malgré des taux de réinsertion des exclus frisant régulièrement le zéro pour cent, dès lors qu'on se penche sur le moyen terme, le tropisme des services sociaux reste l'obsession de la réinsertion dans l'économie standard. C'est ce que nous dit en substance la récapitulation des objectifs et indicateurs de performance, page 18, de ce PLF 2013:

    OBJECTIF 1 Améliorer l’accès à l’emploi [sous entendu emploi standard-ndr] et l’autonomie financière des bénéficiaires du RSA

    • INDICATEUR 1.1 Part des foyers allocataires du RSA sans emploi dont au moins un des membres reprend une activité
    • INDICATEUR 1.2 Part des foyers bénéficiaires du RSA en emploi dont les revenus sont supérieurs à 150% du montant forfaitaire
    • INDICATEUR 1.3 Taux de sortie du RSA pour dépassement de ressources

    OBJECTIF 2 Développer l’accompagnement vers l’emploi des bénéficiaires du RSA (c'est le point qui se rapproche le plus d'une approche inclusive, toutefois, l'accompagnement n'est ici pas destiné à durer, il s'agit toujours du tropisme, illusoire la plupart du temps, de la réinsertion dans la norme, alors que l'étayage, d'un point de vue pragmatique, peut s'avérer nécessaire pour toujours -ndr)

    • INDICATEUR 2.1 Part des bénéficiaires du RSA sans activité inscrits au Pôle Emploi

    La Maison des Sources de Besançon et son association de duplication l'IAF, offrent un exemple d'application à des personnes atteintes de troubles psychiatriques importants, de mise en place d'une structure prenant en compte la réalité de ces personnes, leurs capacités, afin de leur offrir un cadre d'activité et de progression de leur autonomie leur permettant de contribuer à l'économie à leur mesure (éventuellement dans un emploi standard avec l'étayage qu'apporte la Maison des Sources, étayage affectif, administratif et pour tout problème pratique qui se présente) tout en respectant leur liberté.

    Si c'est possible pour des personnes si peu favorisées, il est possible d'imaginer une graduation continue de structures ne laissant personne de côté. Mais pour ça, il faut abandonner notre conception de la normalité*, la tyrannie que cette normalité exerce sur nous et qui se retrouve à tous les niveaux de la façon dont nous mettons en place notre solidarité. Beaucoup de places et de postes de personnes impliquées dans "le social" tel qu'il est aujourd'hui, se sentiront elles-mêmes menacées par un tel  bouleversement, un tel renversement de perpectives (adapter les structures à la réalité des personnes, plutôt que d'adapter les personnes aux structures). Ainsi qu'en atteste la réussite de la maison des sources, c'est pourtant ce renversement de perspectives que nous devrions opérer, plutôt que de continuer à vivre dans le déni et le quasi zéro réinsertion.

    Je suis redevable à Patrick Declerck, pour son remarquable livre enquête/témoignage "Les naufragés", de m'avoir ouvert les yeux sur la nécessité du renversement de perspective de notre approche sociale. Pour qui le lit, son témoignage éclairé et approfondi nous place face à notre déni du fiasco du tropisme réinsertionniste que nous partageons tous plus ou moins à priori.

    *La normalité active est celle de l'individu autonome, norme qui s'est forgée par opposition au sujet d'une communauté. Cette norme nous vient de loin, aux alentours de la révolution avec le décret d'Allarde suivi de la loi Lechapelier. Ce cadre est encore si puissant qu'il nous est difficile de penser nos collectifs, aussi bien ceux qui existent que d'en inventer de nouveaux. La Maison des Sources pose un acte à la fois salutaire et subversif vis à vis de cette norme. Elle ouvre la voie à la mise en place de collectifs modernes (il ne s'agit donc pas ici de refaire les communautés aliénantes dont nous nous sommes extraits depuis la révolution) capables de réduire considérablement l'exclusion générée par la norme individualiste actuelle.

  • Pour un Pacte National d'Innovation Sociale, par Hugues Sibille

    Reprise, avec son accord, d'un billet de Hugues SIBILLE, du 16 Janvier 2013, tribune publiée par ailleurs dans La Croix du mardi 15 janvier 2013. Un billet militant pour une approche sociale contributive, inclusive, innovante, pragmatique (on arrête les initiatives qui ne marchent pas et on duplique celles qui fonctionnent) en phase avec la subsidiarité. Une approche structurante du domaine social en accord avec l'Etat Providence Participatif que je soutiens ici. 

    À situations nouvelles, solutions nouvelles.Nous sommes en stagnation économique et en disette budgétaire. Cessons donc de traiter le social comme une “redistribution”, devenue impossible. Gérons-le comme un investissement dans une nouvelle croissance. Comme un facteur de compétitivité. Avec retour sur investissement pour la collectivité. Un euro public investi dans une entreprise d’insertion évite les coûts du chômage ou de l’aide sociale et génère 2,3 euros de retour dans les caisses publiques par l’impôt et les cotisations. [souligné par mes soins, point qui me semble important pour être entendu de tous ceux qui ne voient que de l'assistance dans une démarche qui se révèle contributive. Je tente d'obtenir plus de détails sur la façon dont ce résultat est calculé] Le même raisonnement vaut pour une coopérative d’activité, qui permet de créer son emploi dans un cadre mutualisé, ou pour le microcrédit professionnel accompagné. Encourageons ces modèles productifs. Généralisons-les lorsqu’ils marchent. Arrêtons-les quand ils ne marchent pas.

    Les besoins sociaux changent avec la société. Les produits et services sociaux, leurs modes d’organisation, les modèles économiques qui les supportent doivent innover. Le rapport du Secours Catholique sur la pauvreté montre qu’en dix ans les coûts énergétiques des plus fragiles ont progressé de 48 % et deviennent insupportables. Innovons pour résorber cette précarité énergétique. De même, l’absence de téléphone mobile devient un handicap majeur à la (re)socialisation. Et le vieillissement massif de la population impliquera de traiter autrement la dépendance, en termes de santé et de logement.

    Pour apporter ces nouvelles réponses, des innovateurs sociaux expérimentent chaque jour. Chêne let crée le logement social éco-conçu. Emmaüs Défis passe des accords avec SFR pour la téléphonie sans fil. Siel Bleu propose une activité physique adaptée aux personnes âgées pour faire de la prévention santé. Habitat et Humanisme crée un concept mélangeant services infirmiers à domicile, centre de jour et centre d’accueil. On peut mesurer l’impact social de ces innovations. Ainsi l’activité physique en maison de retraite fait reculer le diabète et les chutes avec fractures. Sa généralisation représenterait des centaines de millions d’euros d’économie. Sortons ces multiples initiatives de la “marge” où ils sont cantonnés pour en faire le centre de la transition vers une nouvelle croissance inclusive. L’intérêt porté à l’innovation technologique vaut aussi pour l’innovation sociale.

    Les collectivités territoriales commencent à encourager l’innovation sociale. Les régions l’inscrivent dans leurs Schémas Régionaux d’Innovation (SRI) et mobilisent leurs agences régionales d’innovation en Champagne Ardennes, Bretagne, Franche-Comté, etc. Languedoc Roussillon crée un écosystème régional favorable aux innovateurs sociaux avec incubateur, pépinière, école d’entrepreneuriat, système de duplication (Replic)… De son côté, la Commission Européenne a lancé un Programme pour le changement social et l’innovation sociale. La nouvelle programmation du Fonds Social Européen (FSE) pour la période 2014/2020 favorisera cette innovation sociale. Partout, elle émerge comme objet de politique publique à côté de l’innovation technologique.

    Le moment est venu en France d’un Pacte National d’Innovation Sociale qui complète et renforce le pacte de compétitivité, et accompagne le projet de loi sur l’économie sociale et solidaire prévu pour le printemps 2013. Les principes de ce Pacte seraient les suivants :

    - ouvrir à l’innovation sociale les dispositifs de soutien à l’innovation technologique, sans les opposer.

    - privilégier les projets qui transforment des “bénéficiaires” en “parties prenantes”, en acteurs responsables, et mobilisent la société civile, comme le fait Solidarités Nouvelles face au Chômage.

    - encourager les partenariats associations-entreprises, tels que les achats responsables, le mécénat de compétence, le capital investissement d’utilité sociale.

    - faire de l’innovation sociale une priorité des politiques contractuelles État/collectivités territoriales. 

    Ce Pacte serait décliné en un plan pluriannuel avec des objectifs mesurables, par exemple sur les trois rubriques suivantes :

    - financement de l’innovation sociale : ouverture des dispositifs relatifs à l’innovation technologique, mise en place d’un crédit impôt recherche innovation sociale, localisation au sein de la nouvelle BPI d’un Fonds innovation sociale privilégiant les avances remboursables et les systèmes de garanties.

    - création au sein de chaque ministère (logement, santé, environnement, agriculture…) d’une cellule innovation sociale, comme cela existe au Royaume Uni, chargé de favoriser les expérimentations avec la société civile, puis leur diffusion à grande échelle, et mise en réseau interministériel de ces cellules

    - modélisation d’écosystèmes territoriaux de soutien à l’innovation sociale complétant les pôles de compétitivité et réseaux régionaux d’innovation, réunissant les régions qui ont la compétence économique avec les départements qui ont la compétence sociale, et l’état, pour construire des alliances avec les entreprises, associations et syndicats et les universités. 

    Les contraintes des finances publiques ne sauraient conduire nos gouvernants à gérer en simples comptables les coupes budgétaires. Sortir par le haut de cette période anxiogène nécessite de redonner du souffle et de l’imagination aux politiques publiques, de prendre des risques en libérant les forces créatives, de fabriquer de l’estime de soi et de la confiance. Un Pacte d’innovation sociale, reconnu et promu, y contribuerait significativement. 

    Hugues SIBILLE, Ancien Délégué Interministériel à l’Innovation Sociale. Président d’Avise, Vice Président du Conseil supérieur de l’économie sociale et solidaire, Auteur de : La voie de l’innovation Sociale, éd. Rue de l’échiquier, 2011.

  • La lettre perdue de Martin Hirsch et l'Etat Providence Participatif

    Martin Hirsch raconte son parcours d'engagement, parle de sa lutte contre la pauvreté, de son échec à convaincre le précédent gouvernement de mettre les moyens sur le RSA qui aurait quand même atténué de 250 000 personnes l'accroissement de la pauvreté. Il parle de la mise en garde de son père contre les effets de caste des énarques (c'est le sujet de la lettre perdue de son père).

    Mais ce livre intime est en fait l'occasion de proposer une démarche générale de lutte contre la pauvreté, ou plus exactement de lutte contre l'exclusion en accord avec les principes de l'état providence participatif que je propose. Sa proposition vise à banaliser ce qui est déjà entrepris avec l'agence du service civique dont il est président. Il est plutôt sur une modulation du temps social de 100 jours tous les 5 ans, ce qui correspond à peu près aux 10% que je propose, mais avec des choix de modulation plus souples allant d'une demi-journée par semaine à 1 an tous les 10 ans de façon à pouvoir s'adapter aux divers cas de figure.

  • La liberté et la nourriture narcissique.

    Multiplier les niches sociales pour multiplier les places et les moyens d'émancipation

    La liberté, c'est un peu comme une étoile inaccessible. Elle scintille de mille feux et peut nous motiver jusqu'au sacrifice de notre vie. A l'idéal pur qu'elle évoque en nous lui répond la toujours rude réalité. Les bonnes intentions mènent bien souvent à l'enfer, ainsi que l'histoire nous l'enseigne, mais est-ce une raison pour se détourner de cette étoile polaire? Si on a renoncé au meilleur des mondes des utopistes, pourrions nous renoncer à un monde meilleur?

    Plutôt que de parler de l'abstraite liberté, je préfère appuyer ma réflexion sur deux de ses compagnes, l'émancipation, plus dynamique et l'autonomie plus concrète. De ces deux points de vue, je m'interroge sur la direction que propose cet état providence participatif que je tente d'élaborer. Est-ce que l'état providence participatif contribuerait à plus d'émancipation, plus d'autonomie que ce que permet notre état providence actuel, ou bien est-ce l'inverse?

    Prenons l'exemple du rôle du travail pour l'émancipation féminine. Nul doute que le travail, malgré toute l'aliénation aux subordinations que génère l'entreprise, a joué et joue un rôle positif d'émancipation des femmes vis à vis de l'ancienne division sexuelle des tâches. Il a fallu pas moins de 200 ans pour que les idées démocratiques diffusent de la cité vers la famille. Le terme d'autorité parentale, pour remplacer celui d'autorité paternelle, n'est apparu dans les familles que quand la division du travail a cessé d'être essentiellement sexuelle. D'un point de vue pratique, deux inventions concrètes majeures ont facilité cette évolution: la contraception et la machine à laver. Mais pour que cette émancipation des femmes ait pu progresser, il a d'abord fallu sortir du cadre de la société traditionnelle dans laquelle il n'était pratiquement pas possible de sortir du groupe d'appartenance. Le savoir faire relationnel, l'aisance à se mouvoir et jouer des ressorts de cette organisation, constituaient alors les seuls moyens pratiques d'individuation et d'émancipation vis à vis du groupe, un peu à la façon dont un nageur acquiert de la liberté en développant sa compétence de nageur. Ces moyens et ces ressorts n'ont rien perdu de leur intérêt, mais la séparation de nos activités en domaines relativement autonomes constitue une source d'émancipation. Pouvoir travailler dans le domaine productif ou social constitue une possibilité d'émancipation vis à vis de la famille, ainsi que la famille constitue une possibilité d'émancipation vis à vis des conditions de travail.

    La principale proposition de l'état providence participatif consite à renforcer le domaine social en institutions afin que le troisième domaine majeur de nos besoins essentiels puisse mieux exister et répondre à ces besoins. Ni les dispositions du domaine affectif (et reproductif) que constitue le groupe affectif, la famille, ni les dispositions du domaine productif tourné vers le gain de temps associé au profit ne peuvent couvrir les besoins sociaux. Si certains besoins sociaux, comme l'instruction et tout ce qui concourt à l'éducation et le soin des jeunes, peuvent se concevoir dans une logique utilitariste d'investissement consolidé par les liens qui unissent les membres d'une famille (mais même ces besoins sont difficilement couverts dans le cadre actuel très dominé par l'utilitarisme), beaucoup d'autres relatifs aux personnes âgées, aux handicapés, aux réputés inemployables etc ne trouvent aucune solution satisfaisante. Consolider institutionnellement ce domaine social apporterait à l'individu une possibilité supplémentaire d'émancipation vis à vis de la famille et de l'entreprise. Les ressorts de ce domaine sont beaucoup moins immédiats que ceux de la famille (l'affection et la reproduction) et ceux de l'entreprise (le profit, la curiosité inventive et le mythe du mieux être). L'accroissement de la capacité d'émancipation, ainsi que j'ai tenté de le démontrer, associée à une réduction de l'exclusion répondant à notre besoin profond de reconnaissance, peuvent peut-être constituer un moteur valable? 

    Je crois que le besoin de reconnaissance, le besoin que la société ne nous exclue pas, qu'elle nous fasse une place, est un des moteurs les plus puissants de nos agissements. Notre narcissisme est construit par l'accueil, la mise au monde symbolique et concrète que nous permet la société.
    Nous désirons ce que l'autre désire (René Girard), mais surtout nous désirons être reconnu (Hegel). En conclusion, il me semble que l'état providence participatif propose un contrat social plus nourissant du point de vue narcissique et plus satisfaisant du point de vue de la liberté que l'organisation actuelle très excluante.  Retour à Tous les articles

  • La maison verte de Dolto

    Parmi les réalisations qui relèvent de la démarche de l'état providence participatif, la maison verte de Françoise Dolto pourrait figurer en bonne place. Elle en a toutes les caractéristiques.

    • -Structure collective opérant dans le champ social (on n'y produit rien que du capital social).
    • -Participation active mais très peu contraignante des adultes.
    • -Concourt à réduire l'isolement, à la fois des adultes et des enfants.
    • -Règles de fonctionnement régulant intelligemment le vivre ensemble, la combinaison du je et du nous.
    • -Association de moyens publics et de citoyens.
    • -Conforme avec le "subsidiarisme".

    [La maison verte]..."Un lieu de rencontre et de loisirs pour les tout-petits avec leurs parents. Pour une vie sociale dès la naissance, pour les parents, parfois très isolés devant les difficultés quotidiennes qu’ils rencontrent avec leurs enfants. Ni une crèche ni une halte-garderie, ni un centre de soins, mais une maison où mères et pères, grands-parents, nourrices, promeneuses sont accueillis... et leurs petits y rencontrent des amis." Françoise Dolto

    Liste des maisons vertes

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  • Analyse de l'échec du thème de la société de soin mutuel

    Vous vous souvenez, c'était début 2010, Martine Aubry lançait le thème de la société de soin mutuel. Compte de tenu des réactions très mitigées de la société, on peut rappeler celle de Jacques Julliard (Bisounours et gnia gnia gnia) ou celle de Jacques Attali opposant le soin mutel au respect, ce thème est passé par pertes et profits. Et pourtant c'était une tentative très opportune de développement participatif de l'activité sociale rompant avec le mirage de l'état providence tout puissant. Pourquoi ce thème a t-il fait un tel flop?

    Je vois trois raisons majeures:

    1. -Il s'agit de rompre avec la tradition de notre état social centralisé (Etat Providence) fondé par le sacro-saint CNR (Conseil National de la Résistance) en 1944 et qui a alors actualisé notre contrat social. Toute atteinte à ce système est vécu par la gauche (les gestionnaires des caisses paritaires, qui se vivent comme les gardiens du temple, en particulier) comme une atteinte à l'état social lui-même, alors qu'il s'agit de l'actualiser à nouveau et de l'enraciner populairement.
    2. -Le thème du soin mutuel renvoie à une quasi-Forme de charité propre au centre-droit, à la démocratie chrétienne à laquelle la gauche ne peut s'identifier. Un détour sur la question clé de la gratuité me semble indispensable pour associer l'ensemble des forces solidaires qui peuvent se retrouver dans ce projet de société de soin mutuel.
    3. -En France, on a plus de goût pour les grandes idées et pour chercher le sucre dans le lait chaud que pour les projets terre à terre. Cette question du soin mutuel apparaît donc comme un sujet politique mineur.

    Si cette analyse est juste, il devient alors possible d'imaginer des stratégies permettant de surmonter ces obstacles à cette société de soin mutuel que j'appelle de mes voeux. Je l'appelle de mes voeux parce que la structuration de l'activité sociale, sous la forme d'une mutualisation du travail social, me semble être une des pistes importantes de résolution de l'exclusion qui caractérise notre organisation sociale et que la structuration de l'activité sociale peut à la fois réduire l'isolement et le chômage (Chômage + Isolement  ≡ Exclusion).

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  • Les Voisins Solidaires

    Nul doute que l'association des Voisins Solidaires est une tentative spontanée de structuration du domaine social que j'appelle de mes voeux. C'est tout à fait le type de démarche attendu par l'Etat Providence Participatif. Il s'agit de la création d'une institution par le bas. Le vecteur de la fête des voisins dont le succès est grandissant semble indiquer que cette institution "sauvage" en gestation a toutes les chances de réussir, c'est en tout cas ce que je lui souhaite.

    Et moi, qu'est-ce que je fais dans l'affaire, je me croise les bras? Ben non, d'abord, je soutiens l'initiative et je travaille à consolider, depuis environ 1990, le cadre conceptuel sur lequel cette initiative peut s'appuyer, ensuite j'y participe, mais ça c'est mes oignons. Retour à Tous les articles

  • Pour un baptême social adossé à un collectif parrain afin d'éradiquer l'exclusion

    Vous me direz que le baptême civil (baptême républicain) existe déjà. En effet, mais sa valeur est voisine de zéro. Ce que je veux promouvoir ici, c'est la mise en place d'une véritable institution, avec des droits et des devoirs inscrits dans la loi. Voilà sans doute le premier élément significatif de structuration institutionnelle du domaine social que j'appelle de mes voeux. C'est ce qui apparaît dans la représentation ci-dessous qui illustre l'individu distribuant son temps de façon ordinaire entre les trois domaines: le domaine social (collectif de parrainage), le domaine affectif (famille) comme c'est déjà le cas et le domaine productif  (l'entreprise)  comme c'est déjà le cas aussi.

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    Pourquoi?

    Pour contribuer à mettre les individus au monde sans pour autant tout de suite les enfermer dans une confession ou une ethnie. Parce qu'il s'agit d'une proposition en complet accord avec le projet général d'état providence participatif dont le but principal est de signifier à chacun de nous au moyen des institutions, aussi bien sur un plan symbolique que sur un plan pratique, qu'il est le bienvenu, que la société le désire, qu'il y a sa place. Il s'agit de faire en sorte que les choix par défaut que sont la tentation communautaire ou multiculturaliste en cours ne prenne pas le dessus sur les valeurs républicaines si chèrement acquises, mais qui demeurent abstraites faute d'institution appropriée à faire une place à chacun.

     

    Comment?

    En créant un collectif de parrains et marraines dont le nombre serait au minimum environ de 3 à 4 personnes et au maximum de quelques dizaines de personnes. Ce collectif serait par essence laïque, ce qui n'exclut en rien que ses membres adhèrent à une confession. Ce collectif s'engagerait à apporter assistance à leur filleuil, aussi bien sur un plan matériel que sur un plan de conseil ou tout autre plan si celui-ci en fait la demande et que cette demande est raisonnable (contours des droits et devoirs à définir).

     

    Il y aurait de très nombreux problèmes pratiques à régler pour qu'une telle institution soit fonctionnelle. Délimiter plus précisément les contours des droits et devoirs. Comment prendre les décisions (Pour une telle structure, je suis favorable à un mode de prise de décisions par consentement en accord avec un principe de responsabilité collective). Comment gérer la pérennité du groupe (départs pour désaccord, décès...).

    Mais l'enjeu est très important si on souhaite recoudre la société et la communauté des citoyens au-delà des divergences confessionnelles ou éthniques, si on souhaite que l'exclusion sous toutes ses formes disparaisse radicalement. L'exclusion signifie l'exact contraire du baptême. Se retrouver exclus, soit à cause de son isolement, soit à cause du chômage, signifie l'inverse de la mise au monde, c'est comme une dé-naissance, comme si on était dé-né (dénié), alors que le baptême signifie l'accueil au monde, la mise au monde symbolique.

     

    Parallèle matériaux - corps social

    Dans son livre "Les objets fragiles" P.G. De Gennes décrit l'utilisation de l'hévéa par les indiens d'Amérique du Sud. Ils s'enduisent les pieds de la sève de l'hévéa, le latex, puis attendent un petit moment. Ils se retrouvent alors possesseurs d'une paire de bottes parfaitement ajustée. Malheureusement, le soir, cette botte se désagrège. Goodyear, sans doute un peu par hasard, mélange du soufre à la sève et obtient un caoutchouc très proche du caoutchouc actuel. La botte pourra tenir très longtemps. Quelle différence y a-t-il entre la première botte naturelle et celle de Goodyear? Dans le premier cas les molécules en forme de spaghettis de la sève de l'hévéa sont pontés par l'oxygène, puis, la réaction se poursuivant sont ensuite rompues, d'où la destruction. Dans le deuxième cas, la liaison avec le soufre est plus faible et ne peut ensuite couper les chaînes macromoléculaires, mais elle est assez forte pour maintenir une bonne cohésion de l'ensemble sans le rigidifier En fait, un atome de carbone sur 200 de la chaîne macromoléculaire a réagi avec le soufre. P.G. De Gennes conclut que "c'est la preuve qu'on peut transformer une matière par des actions extérieures faibles". C'est sa définition centrale de ce qu'il appelle la" matière molle". Le collectif de parrainage, c'est un peu un objet mou au sens de P.G de Gennes. C'est un peu une structure sociale de l’âge du plastique, une structure à liaison faible assurant à la fois la cohésion au corps social et sa souplesse.

    Des parrainages de sans papiers ont déjà été constitués. Mais il s'agit d'initiatives ponctuelles sans véritable soutien institutionnel. Ce projet de baptême social rejoint ces initiatives de parrainages de sans papiers, mais il vise à le banaliser et à le consolider légalement, au même titre que le mariage ou l'entreprise. Retour à Tous les articles

     

  • Fin de cycle.

    Chers lecteurs, chers amis, (vous êtes 700 et plus à me rendre visite chaque mois)

    Voilà déjà longtemps, c'était en 1989-1990, que j'ai commencé un travail de recherche politique initié par une période de chômage de 9 mois. J'ai voulu comprendre et dans un esprit pratique, j'ai voulu rechercher des solutions à l'exclusion sans pour autant sacrifier la liberté et sans nourir de bouc-émissaire. Jamais je n'aurais cru y parvenir. Mais aujourd'hui, j'ai le sentiment d'avoir épuisé, du moins d'une façon théorique (mais aussi pratique que possible en m'appuyant sur l'existant) qui me semble assez satisfaisante, les questions politiques (les choix collectifs) que j'ai voulu résoudre. Je crois n'avoir négligé dans ce projet ni l'aspect social ni l'aspect économique, les deux étant réputés capables de vengeance en cas d'oubli. Le petit graphique à droite présente l'individu ordinaire répartissant son temps entre 3 pôles ayant chacun leur logique propre, un pôle affectif, un pôle productif et un pôle social. C'est surtout ce pôle social qui me semble devoir trouver sa place, puisqu'il ne l'a plus au sein de la famille et que le pôle productif s'appuie sur une logique de gain de temps inadaptée.

    Le principal message politique que je tente de mettre ici en musique, c'est celui d'Alexandre Jollien dans son "Éloge de la faiblesse" et celui de Charles Gardou dans son "Fragments sur le handicap et la vulnérabilité". Mettre la faiblesse et non la perfection au centre de gravité des préoccupations politiques, c'est vouloir aménager une place à chacun et tenter de se libérer de la peur de soi, de la peur de l'imperfection qui habite chacun de nous dans cette société de l'individu. C'est tenter de déplacer le centre de gravité politique d'économique à humain, richesse première. Aménager une écologie sociale faisant une place à chacun, lui permettant de contribuer à la collectivité, aussi faible soit-il, c'est le sens politique profond de l'Etat Providence Participatif. Tout l'opposé de la pitié ou des bons sentiments que beaucoup ont cru déceler dans la société du soin mutuel. J'invite les penseurs et acteurs de la politique à opter pour cette démarche, à comprendre les mécanismes de formation d'exclus que leur philosophie politique ne manque pas de produire et à y remédier à la source, en plaçant le faible au coeur de leur réflexion et non pas à le prendre en considération après coup et constater notre impuissance devant cette implacable "lutte des places"* (Titre d'un livre de Vincent de Gaulejac et Isabel Taboada Léonetti).

    Si on juge une société à sa capacité à faire une place à chacun de ses membres et en particulier aux plus faibles, alors notre organisation actuelle peut être jugée très sévèrement, particulièrement eu égard à notre niveau élevé de richesse économique. La droite pour assumer d'organiser la société autour des plus forts et la gauche pour ne guère dépasser le niveau des bonnes intentions, malgré une tentative récente, mais timide et si froidement accueillie, de vouloir promouvoir la société du soin mutuel. Il y a du chemin à faire puisque nous réussissons l'exploit d'exclure plus de 10% de personnes non handicapées, n'ayant qu'une vulnérabilité ordinaire et nous prolétarisons la majorité. Ni la société de marché ni la société de la connaissance, pas plus que la société du temps choisi ne sont en mesure de nous aider à réaliser les conditions d'une contribution reconnue de chacun de nous, à nous aménager une place.

    Aucune idéologie n'est d'ailleurs en mesure d'apporter ce qu'elle est censée apporter si elle n'est associée à une boucle de retour d'expérience et d'ajustement sur les décisions prises, sur les institutions mises en place. C'est cette qualité de mesure qui est un des éléments clés de la sociocratie d'Endenburg qui fait toute la valeur opérationnelle, pour les organisations, de l'attention qu'il porte à aménager une place à chacun, à chaque objecteur et à chaque objection. Cette mesure, cette évaluation, est une condition nécessaire pour rapprocher ce qu'on fait de ce qu'on dit et avoir une chance d'échapper au délire idéologique universel confondant ce qu'on veut et la réalité. Esther Duflo n'a pas renoncé à l'idéologie d'une lutte contre la pauvreté, mais c'est en mettant l'évaluation au premier plan de ses actions, c'est assez rare pour être souligné.

    Si la démarche politique que j'ai suivie est originale, je n'ai aucune leçon de morale à donner, je revendique d'être un citoyen ordinaire, ni plus ni moins. C'est pour cette raison que je n'ai pas compté sur un homme nouveau dans l'élaboration de ce projet politique. Je ne compte pas non plus sur un homme providentiel parce que je crois que le volontarisme se heurte à des forces historiques et sociales qui le dépassent de très loin. Cette idée de placer la faiblesse au centre de la réflexion politique plutôt que de la prendre en compte après coup peut-elle déboucher sur une mise en forme politique viable et efficace? Elle est en tout cas cohérente avec l'idée de ménager une place, une vraie place, à chacun d'entre nous.

    Comme je n'ai pas vocation à devenir un intellectuel professionnel et n'ayant pas non plus vocation à commenter l'actualité, sauf exception, je vais arrêter de publier régulièrement de nouveaux billets sur ce blog et poursuivre ce bricolage par d'autres moyens. Le blog va toutefois rester ouvert ainsi que la possibilité d'y déposer des commentaires et dialoguer entre vous ou avec moi.

    Trois façons de consulter le blog sont possibles, soit faire défiler les articles sur un mode chronologique, soit utiliser la rubrique archives (en bas à droite), soit utiliser la rubrique pages (en haut à droite) qui propose des regroupements thématiques des articles.

    Avec tous mes remerciements pour votre attention.

    Amicalement.

     

    *La Lutte des places, Desclée de Brouwer, Paris,1994, réédition 1997, 2001.
    Vincent de Gaulejac en collaboration avec I. Taboada Leonetti.

    "On n'existe plus ! Cette plainte est caractéristique de toutes les personnes qui ont le sentiment d'avoir perdu leur place dans la société. Ce phénomène de désinsertion sociale est nouveau et touche un nombre de personnes de plus en plus important. La lutte des places n'est pas une lutte entre des personnes ou entre des classes sociales. C'est une lutte d'individus solitaires contre la société pour trouver ou retrouver une " place " c'est-à-dire un statut, une identité, une reconnaissance, une existence sociale. Cet ouvrage décrit, à partir de récits de vie, différents aspects de l'exclusion et diverses formes de désagrégation du lien social. Il montre comment des individus entrent dans l'engrenage de la désinsertion et présente les stratégies pour tenter de s'en sortir. Il analyse également pourquoi les réponses politiques et institutionnnelles se sont avérées, jusqu'à présent, impuissantes pour enrayer ce phénomène."

     

    Suite à un certain nombre d'objections tirant leur source du malentendu, je voudrais préciser que la démarche retenue ici pour édifier un Etat Providence Participatif (ou Contributif) est normative dans le sens ou je ne demande pas à l'état de faire le jeux mais de l'arbitrer, je ne demande pas à l'administration de prendre en charge cette politique de la contribution sociale sous toutes ses formes que je propose, mais de consolider et réguler cette activité au moyen d'institutions relevant d'un état de droit.

    Par exemple, dans la mesure du possible, plutôt que de payer des fonctionnaires à prendre en charge des handicapés, je choisirais de favoriser au maximum leur insertion dans toutes les sphères d'activités. Les coopératives municipales de Jean Zin me semblent apporter un cadre institutionnel propice à la mise en place de cette contribution volontaire. Ce qui est le coeur politique de cette proposition c'est de signifier concrètement à chacun que lui aménager une place, lui permettre de contribuer, tout au long de sa vie s'il le souhaite, est l'acte politique le plus important.

     

    PS: je tiens de loin en loin un autre blog sur l'école sous le pseudo de Solotourne, l'école désadolescentée.

  • Pouvoir se serrer les coudes permet d'envisager d'avoir à se serrer la ceinture.

     La solidarité a besoin de lisibilité pour être comprise et effective. Le CNR (Conseil National de la Résistance à l'origine de notre Etat Providence, de notre sécu) avait su mettre en place au sortir de la guerre cette solidarité qui a été payante, à la fois sur le plan économique et sur le plan social. Le monde a évolué, quatre facteurs principaux ont changé depuis : les frontières se sont ouvertes ou plutôt les échanges se sont intensifiés, les femmes sont sur le marché du travail, la population a vieilli et nous devons construire une économie durable. Voilà pourquoi il nous faut reconstruire notre solidarité en prenant en compte ces facteurs. Saurons-nous reconstruire notre pacte social, nous serrer les coudes dans ce nouveau contexte, afin d'être capables de nous serrer la ceinture si besoin, et de vérifier, une fois de plus, que l'union fait la force?

    La crise de la dette comme on la nomme (je préfère bulle/dette pour désigner ses deux faces) prend le chemin d'un serrage de ceinture pour une bonne partie du monde (sauf pour les prêteurs/parieurs, au moins dans un premier temps). Il faudra sans doute un certain délai pour que des solutions efficaces de régulation financière soient mises en place (Décourager les paris sur les prix, soit par une taxation dissuasive, soit par une interdiction, mise en place d'une monnaie de compensation internationale type Bancor ou autre). Les thèses décroissantistes nous indiquent aussi le même chemin, mais pas pour les mêmes raisons. La crise financière vient d'un dérèglement périodique de ce système capitaliste à deux temps: concentration/implosion, alors que la crise du modèle de société progrès/liberté qui est à la source de l'oukaze productiviste à tout prix préside aux thèses décroissantistes. Les pays dits développés ont une empreinte écologique comprise entre 5 et 10ha par personne, alors que nous nous acheminons vers une biocapacité moyenne de 1,5ha par personne pour 8 à 9 Milliards d'habitants. Il nous est peut-être possible de réussir le mariage progrès/écologie qui ne saura se faire sans une modification de notre liberté anarchique en une liberté plus respectueuse de la collectivité. Est-ce que la piste sociocratique peut tenir cette promesse de transformation sans nous priver du progrès, sans frustrer notre curiosité et notre céativité?

    Les deux crises se renforcent et on peut donc être à peu près certains qu'il va bientôt falloir se serrer la ceinture. Je ne suis pas contre, mais à une condition, c'est de ne pas être le dindon de la farce, comme la plupart d'entre vous. Les effets du désir mimétique d'appropriation de René Girard (en gros, la jalousie) risquent fort de jouer à plein dans cette période qui s'annonce. Profitons-en pour réformer notre organisation sociale avant que les thèses volontaristes autoritaires ne prennent le dessus. Les injonctions implicites des "marchés" sont transmutés en austérité populaire et en destruction de la protection sociale. Outre qu'il s'agit d'une ineptie économique ayant un amer goût de déjà vu, d'un projet de paupérisation, nous n'accepterons pourtant de nous serrer la ceinture que si nous avons au préalable les moyens de nous serrer les coudes, c'est à dire si nous rendons notre solidarité effective. Comment faire?

    L'emploi et le système de protection sociale sont mes priorités.

    Pour l'emploi, il me semble indispensable de rendre la création d'entreprise et son développement beaucoup plus faciles. Il me semble indispensable de découpler financement de la solidarité et création de richesses. Ce qui ne veut pas dire que je sois pour une réduction du financement de la solidarité. Tout ce qui pèse sur l'entreprise peut être transféré sur le citoyen. Un rapport récent (rapport de l'Assemblée nationale sur l'application des lois fiscales, présenté mercredi 6 juillet par Gilles Carrez (UMP)) a montré que les grosses entreprises payaient nettement moins d'impôts que les PME, certaines n'en payant même pas du tout. Est-ce que l'option de compliquer encore plus le système fiscal pour faire payer ces grosses entreprises coûte que coûte a un sens? Non, puisqu'on voit qu'elles savent très bien tirer parti de cette complexité, alors que les petites entreprises n'en ont pas les moyens. La solution n'est pas morale, elle est logique: dans un souci d'égalité entre les entreprises et de solidarité en facilitant la création d'emploi, il faut défiscaliser les entreprises et transférer le financement de la protection sociale sur le citoyen.

    Deux outils complémentaires puissants sont à la disposition de l'état pour financer son fonctionnement, pour mener sa politique économique et pour assurer la protection sociale. Il s'agit de l'impôt sur les revenus (IR) et des impôts indirects (TVA). Ces deux impôts ont les meilleurs rendements, et permettraient de se passer des niches pour mener une politique économique. L'impôt sur les revenus (tous les revenus, salaires, rentes, dividendes, avantages en nature) permet de gérer les inégalités (plus ou moins à droite ou à gauche) et les impôts indirects permettent de gérer une poltique économique avec des taux différenciés suivant les secteurs économiques qu'on souhaite pousser en avant ou freiner (par exemple favoriser le développement d'une économie durable). Il est possible de conférer un caractère progressif à la TVA (c'est à dire rendre la TVA aussi juste qu'on le souhaite) en lui adjoignant un crédit d'impôt à la consommation unique (qui peut d'ailleurs efficacement être restreint au tiers ou au quart de la population ayant les plus bas revenus sans perdre son sens). Le mécanisme de l'exception culturelle est vanté par la gauche et je me demande bien pourquoi elle est si réticente à promouvoir la TVA dite sociale qui procède de façon similaire. Faudrait-il réunir Thomas Piketty, très sensible aux inégalités et co-auteur d'un projet radical de réforme fiscale, et Jean Arthuis, très sensible à l'emploi et favorable à une TVA sociale de substitution, dans une même pièce avec pour mission de vraiment réformer notre fiscalité pour à la fois stimuler l'emploi et la production, garantir les ressources de notre état social et redistribuer les richesses? (Discussion à ce sujet sur le blog de JM Harribey)

    Si on se place dans un cadre d'harmonisation fiscale européenne, en l'absence d'une monnaie de compensation comme serait le Bancor et qui redonnerait sens à la souveraineté monétaire, on peut combiner prélèvements sur l'entreprise et prélèvements sur le citoyen. “Comment harmoniser la fiscalité en Europe” n’est pas l’objet de beaucoup de propositions et encore moins de propositions qui seraient basées sur un critère pratique de compétitivité ni sur le principe de subsidiarité pourtant inscrit dans les textes fondateurs. En voici une qui tient compte de ces deux critères, avec en prime l’attribution d’une fonction de pilotage de l’harmonie économique entre les états membres de l’UE au parlement Européen: ne pourrait-on pas gérer, par décision du parlement Européen, la répartition des prélèvements entre entreprise (Tous les prélèvements) et citoyen (IR+TVA+…) de façon à tendre vers un équilibre des échanges pour chaque pays? Si l’Allemagne exporte plus que les autres, alors on lui impose de charger un peu plus les entreprises et un peu moins les citoyens. Si la France importe plus, on lui impose de charger un peu moins l’entreprise et un peu plus le citoyen. Ce principe préserve à chaque pays sa souveraineté d’organisation de sa protection sociale.

    La protection sociale est assurée par un grand nombre de mécanismes où se mèlent financement et participation directe (bénévolat, famille...). Mes analyses m'ont conduit à proposer une plus grande mutualisation de la participation directe à ce qu'on nomme de façon restrictive l'Etat Providence. En gros, je propose que chacun puisse participer directement à la protection sociale ou cotiser plus. L'idée est qu'il soit plus avantageux de participer directement. Il est même possible de combiner emploi et (auto-)protection sociale en synergie au moyen d'un contrat mixte productif/social.

    Il reste la retraite. Les retraites sont financées par l'activité actuelle, quel que soit le mode de financement choisi. Il me semble donc utile que, dans une optique de solidarité entre générations, un lien soit établi entre le montant des retraites et les performances économiques. Je propose un mécanisme général de retraite flottante par points qui permette d'établir ce lien entre retraités et actifs.

     

    Point de repère: au cours d'une vie, nous passons environ 10% en moyenne de notre temps actif au travail. On peut obtenir ce résultat en calculant le taux (Population activeXnombre d'heure travaillées moyen par personne et par an)/ (Population totaleX16X365) (c'est à dire 16heure d'éveil par jour et 365 jours par an). Estimation 2008: (25M X1568)/(63.75X16X365)=10.5%.

    On peut ergoter sur cette évaluation à la hache, mais le résultat global ne sera pas beaucoup modifié, ce qui signifie que la politique, si centrée sur l'économie, perd de vue que sa référence ne concerne qu'une part infime de notre vie. Ce simple calcul montre que nous avons beaucoup plus de marges de manoeuvre d'organisation qu'on le croit habituellement.

     

    Article d'origine anglaise amenant du grain à moudre au moulin de l'égalité (se serrer les coudes), d'autant plus remarquable que cette culture place en général la justice au-dessus de tout (et qui justifie, par exemple, que si tu remplis le stade de Wembley, c'est juste que tu gagnes 1000 fois ou 10000 fois le SMIC).

  • L'offre et la demande et le rapport de forces, ou l'argent va à l'argent.

    Prix ≡ Rapports de force = fonction (offre/demande, nombre d'acteurs, subventions, lois...)

    A la question "une économie sans marché est-elle possible?" ma réponse est non jusqu'à preuve du contraire, parce que je ne vois pas comment les innombrables microadaptations qui se font entre les échangeurs peuvent être efficacement remplacées par autre chose qu'un marché.

    A la question "l'offre et la demande conduisent-ils à une allocation des ressources et des prix équitables?" ma réponse est aussi non, elles conduisent à la concentration de l'offre et à la domination du marché par les plus gros, leur permettant ainsi d'imposer leur prix et plus (par exemple des projets de lois ou amendements au moyen des grosses agences de com qui se sont spécialisées dans le mélange des genres politiques+marchands). C'est connu depuis longtemps, d'où les lois anti-trust ou anti-monopole. Paul Jorion dans "Le prix", inspiré par Aristote et repris par Philippe Herlin met à jour le principe de la proportion diagonale, révolutionnant ainsi cette problématique de l'offre et la demande.

    Je propose une formulation d'un principe économique primordial (qui est l'inverse du poncif libéral qui postule l'efficience des marchés, c'est à dire que le marché s'équilibre au moyen de l'offre et de la demande et permet la meilleure allocation possible des ressources):

    L'équilibre des forces des acteurs sur un marché, c'est à dire qu'aucun ne le domine, est une condition NÉCESSAIRE (est-elle suffisante?) pour que la loi de l'offre et de la demande puisse être efficiente pour déterminer équitablement un prix  et une bonne allocation des ressources.

    Ce que j'attends donc du pouvoir politique en matière économique est en premier lieu de développer et mettre en oeuvre tous les moyens à sa disposition pour garantir au mieux l'équilibre entre les acteurs sur un marché. J'étends d'ailleurs cette requête au marché de l'emploi.

    Il serait nécessaire de tempérer cette activité régulatrice en la réservant aux produits et services pour lesquels on juge nécessaire de rééquilibrer les rapports de force, en transposant la fameuse préconisation de Montesquieu pour les lois: les régulations inutiles affaiblissent les régulations nécessaires. Ne serait-ce que par l'énergie de pouvoir public consommée dans cette action et par l'effet de dévalorisation de la régulation.

    Certains prix pourraient être encadrés par une fourchette. Le prix bas correspondrait au prix de subsistance du producteur majoré d'une plus-value raisonnable. Le prix haut correspondrait au prix de subsistance de l'acheteur minoré d'une plus value raisonnable pour l'acheteur. Ces prix haut et bas seraient régulièrement débattus pour être actualisés afin de prendre en compte les évolutions diverses dont la productivité. Un tel encadrement aurait l'avantage de donner une information sur les rapports de forces selon qu'on serait plus proches du prix haut ou du prix bas.

    Puisque les consommateurs se retrouvent souvent en infériorité, il me semble très important de développer et soutenir les procédures d'action de groupe" (Class action). On verra bien s'il faut revenir en arrière quand le rapport de force se sera inversé, s'il s'inverse. Puisque les médias jouent un grand rôle dans l'information, il me semble indispensable d'assurer l'indépendance des médias vis à vis des offreurs. Il me semble important de faire évoluer la définition de la propriété des entreprises, de façon à ce que l'argent pèse un peu moins et l'avis des employés ou collaborateurs un peu plus...c'est que le problème bien connu d'accumulation et de concentration du capital est le facteur de déséquilibre des acteurs le plus important. Et puis, il y a des activités pour lesquelles la concurrence n'est que difficilement envisageable comme le domaine nucléaire par exemple, les banques ou les routes. En outre personne ne doit pouvoir s'approprier le contrôle de la monnaie.

    Sur le marché de l'emploi, j'attends des mesures permettant de redistribuer énergiquement l'activité et ne plus tout attendre du principe Schumpeterien de destruction créatrice. C'est un des objets principaux de l'Etat Providence Participatif. C'est aussi l'objet d'une refonte fiscale opérant un transfert des prélèvements du travail vers les revenus et la consommation de façon à consolider le volet création d'emploi sans pour autant affaiblir les ressources de l'état social.

    Biblio sur la concentration des richesses privées, le livre monumental de Piketty sur le capital au XXIème siècle. Paru en 2013.

  • RSA contre 5h hebdo, du faux Etat Providence Participatif.

    Un projet de loi émanant de "la droite sociale" de Laurent Wauquiez vise à demander une contrepartie de 5h hebdo en travail social contre le RSA, arguant que l'assistanat est le cancer de la société française. Est-ce compatible avec l'Etat Providence Participatif (EPP)?

    Oui et non.

    • Oui, parce que c'est une façon d'apporter de la main d'oeuvre au domaine social qui en manque cruellement et ainsi de le développer.

     

    • Oui, parce que l'Etat-Providence ne peut pas tout et que rien n'est gratuit.

     

    • Non, parce que cette proposition stigmatise ceux qui sont déjà le plus en difficulté, alors que le projet de l'EPP vise au contraire à ce que chacun puisse avoir le choix, soit de contribuer en temps au travail social contre un abaissement de ses contributions en argent à l'Etat Providence, soit de contribuer en argent comme c'est le cas aujourd'hui. Cette façon de stigmatiser les plus en difficultés (noter le choix du terme d'assistanat plutôt que celui d'assistés) est bien dans la manière de la droite actuelle qui ne propose que des solutions simplistes ayant tendance à amplifier les divisions de la société alors que c'est de l'inverse dont on a le plus besoin. Interview de Nicolas Duvoux, auteur de "l'autonomie des assistés" PUF 2009 démontrant que le cancer serait plutôt le chômage de longue durée.

     

    • Non, parce que cette proposition ne crée aucune aspiration des inactifs vers le marché du travail, contrairement à la proposition de contrat mixte qui est un des piliers de l'EPP.

     

    • Non, parce que l'esprit et la méthode de l'état providence participatif est de permettre un développement de l'auto-organisation dans le domaine social. Le mode de fonctionnement le plus fréquent du domaine social est de prendre des décisions pour ceux qui sont en difficultés, augmentant encore leur dépendance et leur difficulté à participer aux choix qui les concernent. Bref, leur vie leur échappe et on ne trouve rien de mieux que de décider encore plus pour eux et à leur place, alors quil est possible de leur donner les moyens de reprendre le contrôle, de promouvoir l'auto-organisation. L'organisation sociocratique ou socio-organisation me semble particulièrement adaptée au domaine social, pour que nous ne considérions plus les personnes en difficulté comme des choses économiques pesantes, mais comme des personnes à part entière dont le dynamisme, le "je", compte. Je fais même le pari que cette approche est économiquement favorable.

     

    • Martin Hirsch pointe que cette proposition va conduire à ce que les obligés du RSA vont "piquer" des emplois à ceux qui sont payés pour faire ce travail social. C'est en effet ce qui risque de se produire. Pourquoi n'en serait-il pas de même avec l'EPP? Parce que dans le même temps, l'EPP créée des emplois dans le domaine productif par l'effet de redistribution d'activité (cf lien ci-dessus). Dans le schéma de l'EPP, tout le monde fait "du social" (ou cotise) et tout le monde fait "du productif".

    Voilà que Laurent Wauquiez remets ça en Octobre 2011 avec les logements sociaux qu'il propose d'attribuer en premier à ceux qui travaillent. J'imagine qu'il sert de poisson pilote à je ne sais quel requin?

    Novembre 2011: finalement, les 5h ou 7h sociales hebdo demandées aux titulaires du RSA seront payées, ce qui améliore sensiblement la proposition initiale qui voulait imposer ces heures contre le RSA. Il n'y a plus qu'à étendre cette possibilité à tous (chômeurs, titulaires d'un emploi...) pour que cette proposition se rapproche de l'Etat Providence Participatif et ne stigmatise pas une population déjà en grande difficulté.

    Décembre 2011. Le discours de Laurent Wauqiez qui s'appuie sur son essai sur "La lutte des classes moyennes" me semble se rapprocher beaucoup des thèses que je défends ici (Autonomie, participation, contribution, offrir une place plutôt que se contenter d'une allocation...) et de ce fait s'éloigne des thèses de la droite-prison (j'ai lu ce terme de droite-prison sous la plume de Nicolas Bedos et je trouve qu'il répond assez bien à celui de gauche bobo). La droite-prison, c'est la droite parano qui stigmatise les uns (les plus faibles), parle d'assistanat plutôt que d'assistance, veut surveiller et punir... Toutefois, Laurent Wauquiez n'en est pas encore à faire le pas de mettre le faible au centre de sa réflexion politique, il s'agit de droite sociale qui porte en elle la contradiction idéologique suivante: elle créé les conditions de l'assistanat en mettant la force et le fort au centre de ses préoccupations tout en croyant pouvoir faire une place à chacun. Encore un petit effort Monsieur Wauquiez, mais je vais suivre votre parcours de près pour les années à venir par curiosité, pour voir l'effet de cette contradiction sur, soit vos contorsions pour vivre avec, soit votre changement de paradigme afin de résoudre cette contradiction.

    ATD quart-Monde tord le cou aux idées reçues sur l'assistanat, les fraudes aux prestations, la pauvreté... de quoi largement décrédibiliser les thèses de la droite sociale.

  • La démocratie est sensible

    La chronique "les idées claires" de Julie CLARINI intitulée "la démocratie est sensible"est centrée sur le "care" et "l'empowerment" (L'Etat-Providence Participatif serait quand même plus joli! Décidément il devient urgent de trouver notre vocabulaire propre pour parler de ces questions) . Cette chronique fait écho au livre "Pour changer de civilisation" que Martine AUBRY publie chez Odile Jacob. Il s'agit en fait d'un livre à plusieurs mains puisque 50 chercheurs et citoyens y ont participé. Ce livre fait une place importante au principal objet de ce blog, à savoir, redistribuer l'activité en organisant le pôle social par le bas+le haut plutôt que seulement par le haut (l'état providence ne peut pas tout en somme). Je ne vais pas bouder ce livre qui montre que Martine AUBRY a de la suite dans les idées et qu'elle ne s'est pas laissée impressionner par le flop de son lancement de "la société du soin mutuel" du début 2010. Elle a d'ailleurs pris soin de juxtaposer soin et respect, sans doute en réponse à l'opposition artificielle qu'Attali fait entre ces deux termes dans un des articles sur son blog: le soin ou le respect?

    Le quatrième de couverture ne dit pas grand chose si ce n'est des idées générales, je ferais un billet plus détaillé quand j'aurais lu ce livre. Pour le moment, je m'en tiens à la chronique de Julie CLARINI.

    Les auteurs de ce livre:

    Martine Aubry avec Philippe AIGRAIN, Philippe ASKENAZY, Maya BACACHE-BEAUVALLET, Olivier BEAUD, Ulrich BECK, Alain BERGOUNIOUX, Loïc BLONDIAUX, Serge BOSSINI, Dominique BOURG, Laurent BOUVET, Juan BRANCO-LOPEZ, Fabienne BRUGÈRE, Alain CAILLÉ, Daniel COHEN, Stefan COLLIGNON, Marie DURU-BELLAT, Guillaume DUVAL, Catherine FIESCHI, Frédéric GILLI, Serge GUÉRIN, Stéphane HALLEGATTE, Françoise HÉRITIER, Ernst HILLEBRAND, Romain HURET, Daniel KAPLAN, Djamel KLOUCHE, Guillaume LE BLANC, Jacques LÉVY, Guillaume LIEGEY, Yves LION, Paul MAGNETTE, Vincent MICHELOT, Laurent MUCHIELLI, Arthur MULLER , Christian PAUL, Dominique PERRAULT, Camille PEUGNY, Thomas PIKETTY, Vincent PONS, Pierre ROSANVALLON, Saskia SASSEN, Patrick SAVIDAN, Jean-Michel SEVERINO, Henri STERDYNIAK, François TADDEI, Vincent TIBERJ, François VATIN, Emmanuel WALLON, Henri WEBER, Patrick WEIL, Michel WIEVIORKA et Faïza ZEROUALA.

     

    Je relève le texte de Serge Guérin "Les révolutions de l'âge, un levier pour rajeunir l'action publique" qui révèle une position politique très proche de celle que je développe ici. Je me demande comment j'ai pu passer à côté de cet auteur.

  • La gratuité ou le paradoxe de la sainteté.

    "Désintéressé et fier de l'être", cette expression contient et exprime tout le paradoxe de la gratuité.

    Lors de l'élaboration de l'Etat Providence Participatif, il m'avait semblé qu'une source d'énergie qui faisait fonctionner les humains et sur laquelle on pouvait compter était la reconnaissance. Je ne parle pas ici de la reconnaissance de ce que l'on est, de la reconnaissance identitaire, mais de la reconnaissance de ce que l'on fait, la gratification qu'on peut recevoir en échange de l'énergie qu'on dépense pour la collectivité. Sans le savoir, j'avais pris une option qui s'inscrivait dans le courant solidariste laïc de Léon Bourgeois et de ce fait, je me suis trouvé en opposition avec les tenants de la gratuité. Pendant le débat qui a précédé celui où je participais et qui s'intitulait "Le care et la critique des inégalités" avec Alice Le Goff et Marie Garrau, un des auditeurs a clairement relevé cette opposition entre gratuité et reconnaissance qui parcourait les deux approches du travail social.

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  • Division sexuelle du travail et Etat Providence Participatif

    Lors de Citéphilo, il a été pointé que les tâches relevant du care étaient majoritairement effectuées par des femmes. Est-ce que l'Etat Providence Participatif (EPP) peut aider à établir plus de parité?

    Voici 5 solutions différentes d'évolution possible des activités sociales:

    1. Faire revenir les femmes au foyer. Cette solution permet de résoudre à la fois le problème du chômage et le problème des crèches et une partie du maintien à domicile des personnes âgées. Outre qu'il reste quand même pas mal de domaines du care qui ne sont pas couverts, je suis bien certain que les femmes ne sont pas trop d'accord, parce que le travail est le plus fort outil de leur émancipation et qu'elles auraient bien tort de vouloir revenir en arrière. Et puis, avec seulement deux enfants, c'est un peu difficile à justifier. Cette voie ne crée aucune dynamique nouvelle de développement du domaine social. Imagine t'on le secteur productif seulement occupé par des TPE de deux personnes? Si certains rêvent nostalgiquement à cette solution qui ne s'inscrit pas dans l'histoire ce n'est pas mon cas.                                                                                                                                                                                                                                                                          
    2.  Renforcer l'Etat Providence. Mon intuition, c'est qu'une fois un certain niveau d'Etat Providence mis en place, on ne gagne plus rien à l'intensifier qu'une bureaucratisation. L'Etat Providence ne peut pas tout, c'est une question de distance entre les centres de décision et les besoins, c'est une question de rigidité et c'est une question d'initiative et d'appropriation. Je ne dispose toutefois pas d'étude pour appuyer correctement ce point que je mettrais à jour en fonction de ce que je vais trouver sur ce sujet (appel à contribution).                                                                                                                                                                                                                                        
    3.  Réduire l'Etat Providence et ne rien mettre à la place. C'est l'option actuelle qu'on pourrait appeler le choix de la société d'agression mutuelle. Il faut en même temps prévoir d'agrandir les prisons et accroître le nombre de juristes. On peut aussi s'attendre à ce que des communautés se redéveloppent. Mais en France, on a perdu la main, Lechapellier est passé par là, et le réapprentissage communautaire risque d'être très difficile. C'est un choix régressif que je ne respecte pas, mais c'est un choix possible. Dans cette option, les femmes sont fortement mises à contribution en ce qui concerne les tâches sociales, soit dans le cadre de la famille, soit dans un cadre communautaire.            .                                                                                                                                                                                                                                                                  
    4. Laisser la logique productive (marchande disent certains) occuper le terrain de ce soi-disant nouvel eldorado de l'emploi. C’est le CESU (chèque emploi service universel). Je recommande vivement la lecture du livre de Denis Clerc sur « La France des travailleurs pauvres » sorti en 2008. Le constat est accablant, les vulnérables, et en grande majorité des femmes s’occupent d’encore plus vulnérables qu’eux. Il s'agit d'une solution inadaptée parce que ses critères productifs ne s'y appliquent pas bien et parce qu'ils renforcent la division sexuelle du travail au détriment des femmes.                                                                                                                                                                                                                                                 
    5. Développer un domaine social en partie autonome. L'EPP est un projet de cette espèce. Inutile que je vous dise que c'est celui que je soutiens tant je lui vois d'avantages vis à vis des autres solutions. Mais plus particulièrement vis à vis de la division sexuelle du travail. En effet, l'EPP a pris acte d'emblée du fait que les femmes sont au travail. Le contrat de travail mixte (bien nommé dans ce cas) ne fait aucune différence entre les sexes, il propose que chacun d'entre nous, homme ou femme, puisse passer 10 à 20% de son temps actif reconnu dans une entité du domaine social. Cette entité sociale pourra être publique ou privée, de même que c'est le cas du domaine productif. Si ma préférence va pour des modèles d'entités auto-organisées pour la plupart de ces activités(Associations, SCIC...), on pourra y trouver des activités coordonnées nationalement comme c'est le cas des sapeurs pompiers volontaires.

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  • Les sapeurs pompiers volontaires au secours du care

    Les sapeurs pompiers sont des acteurs du care d’un type un peu particulier, majoritairement masculins, mais ils répondent à tous les critères qui définissent le care. Selon la loi n° 2004-811 du 13 août 2004 leur mission de sécurité civile consiste à assurer « la prévention des risques de toute nature, l’information et l’alerte des populations ainsi que la protection des personnes, des biens et de l’environnement contre les accidents, les sinistres et les catastrophes par la préparation et la mise en œuvre de mesures et de moyens appropriés relevant de l’État, des collectivités territoriales et des autres personnes publiques ou privées ». La distance de cette définition à celle que donne Joan Tronto du care est faible: Le care est « une activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer notre « monde », de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde comprend nos corps, nous-mêmes et notre environnement, tous éléments que nous cherchons à relier en un réseau complexe, en soutien à la vie » (p. 143 de son livre, Moral Boundaries : a Political Argument for an Ethic of care, publié en 1993, traduit en français sous le titre, Un monde vulnérable, pour une politique du care).

    Un projet de loi visant à définir et protéger le statut de SPV a été déposé le 18 novembre 2010 sous le numéro 2977 par le député «rural» Pierre MOREL-A-L’HUISSIER, soutenu par une cinquantaine de députés UMP. Le dossier législatif. La loi votée en 2011.

     Le texte exposant la motivation du projet de loi est un peu long, mais il mérite d’être cité in extenso, car il montre à quel point les principes de solidarité qui définissent notre pacte social traversent notre clivage politique gauche-droite et à quel point ce domaine de la solidarité a besoin d’évoluer et d’exister légalement:

    EXPOSÉ DES MOTIFS

    MESDAMES, MESSIEURS,

     La loi n° 2004-811 du 13 août 2004 a défini la sécurité civile comme ayant pour « objet la prévention des risques de toute nature, l’information et l’alerte des populations ainsi que la protection des personnes, des biens et de l’environnement contre les accidents, les sinistres et les catastrophes par la préparation et la mise en œuvre de mesures et de moyens appropriés relevant de l’État, des collectivités territoriales et des autres personnes publiques ou privées ». Elle a en outre clairement rappelé que les missions qui en relèvent « sont assurées principalement par les sapeurs-pompiers professionnels et volontaires des services d’incendie et de secours ».

     Ces principes concrétisent ainsi une véritable originalité dans les compétences conférées aux pouvoirs publics, en confirmant la sécurité civile comme une compétence partagée entre l’État et les collectivités territoriales, qu’il s’agisse des missions accomplies au quotidien (secours de proximité, secours à personnes, etc.), de la gestion des grandes catastrophes (tempêtes, inondations, grands incendies…), des moyens matériels et des moyens humains.

     Plus particulièrement, les secours et la lutte contre les incendies dans notre pays sont majoritairement assurés par les services départementaux d’incendie et de secours (3,65 millions d’interventions en 2009 sur un total de 4,25 millions, 11 644 interventions par jour soit 1 toutes les 7,4 secondes), auxquels il convient d’ajouter les corps communaux et intercommunaux de sapeurs-pompiers, qui disposent de sapeurs-pompiers professionnels (40 100) et de sapeurs-pompiers volontaires (196 800 en 2009, 207 000 en 2004), lesquels accomplissent leurs missions en pleine complémentarité. Ce sont ainsi 3 077 500 victimes qui ont été prises en charge en 2009.

    Ce rapide exposé permet tout à la fois de constater toute l’importance pour notre Nation de disposer d’une organisation adaptée et efficace en matière de sécurité civile et plus précisément de secours, mais également toute la place occupée au quotidien dans la sauvegarde et la protection des populations par les sapeurs-pompiers volontaires (79 % des sapeurspompiers, 96 % des personnels du service de santé et de secours médical, 68 % du temps passé en intervention, 80 % dans les zones rurales), lesquels, sans oublier tous les autres acteurs impliqués, constituent bien la première force mobilisable en tout point de notre territoire pour répondre aux obligations d’assistance et de solidarité qu’imposent le contrat social et les valeurs républicaines que nous partageons.

    Par ailleurs, chacun reconnaît également que l’évolution et les contraintes de nos sociétés modernes, qu’elles soient sociale, économique, démographique ou territoriale notamment (désertification rurale, mouvements vers les zones périurbaines, éloignement entre le domicile et le lieu de travail, concurrence internationale et rentabilité économique, place et développement de l’individu et de la famille, etc. ), rendent de plus en plus difficile l’expression de ces valeurs, la participation citoyenne au service de la communauté.

    Et ces valeurs républicaines, cette participation citoyenne, justement, sont l’essence, le fondement même du volontariat dans les corps de sapeurs-pompiers : don de soi, engagement désintéressé au profit de la communauté, volonté de rendre service, primauté de l’intérêt collectif sur l’intérêt personnel, solidarité et esprit de corps.

    Néanmoins, malgré de nombreuses mesures ou initiatives, nationales ou locales, prises en faveur du volontariat, ce dernier reste confronté à d’importantes difficultés, rendant de plus en plus compliqué son exercice, de plus en plus problématique son développement.

    Afin de mieux appréhender la complexité de cet environnement et d’actualiser la connaissance du volontariat en France, et ainsi mieux rechercher et dégager les solutions les plus adaptées, le ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités locales a décidé et annoncé le 4 octobre 2008 à l’occasion du congrès annuel de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, la mise en place d’une commission « ambition volontariat » chargée de travailler de manière prospective sur tous les aspects du volontariat chez les sapeurs-pompiers.

    Installée le 2 avril 2009, cette commission, présidée par M. Luc Ferry, ancien ministre, et composée de représentants des services de l’État, des élus, des sapeurs-pompiers, des organisations du monde du travail et d’universitaires a examiné successivement les problématiques du volontariat selon six grands thèmes : les valeurs républicaines, les liens avec le territoire, la jeunesse, la famille, les relations avec les entreprises et la formation.

    Complétée par une étude externe sur la sociologie du volontariat chez les sapeurs-pompiers, menée par l’équipe « Mana Larès », les travaux de cette commission ont abouti à un rapport remis le 17 septembre 2009 au ministre de l’intérieur.

     

    Ce rapport, après avoir rappelé le contexte dans lequel servent les sapeurs-pompiers volontaires et les importantes évolutions qui l’ont marqué depuis une vingtaine d’années, présente une série de recommandations et de propositions regroupées en trois grands domaines :

    le management des sapeurs-pompiers volontaires, management qui englobe aussi bien leur recrutement, le suivi de leurs activités et de leur disponibilité ainsi que les relations avec les employeurs ;

    – la formation, sujet sensible en termes d’exigences et de programmation des activités

    – la reconnaissance de l’engagement des volontaires, facteur essentiel de leur fidélisation.

    Il propose enfin des mesures plus générales, de portée législative, visant à clarifier et à conforter la place du volontariat dans notre dispositif de sécurité civile, lesquelles sont la source de la présente proposition.

    Prolongeant ces premiers travaux d’analyse importants, un groupe de travail a été constitué dès décembre 2009 afin cette fois de préciser les mesures concrètes à mettre en œuvre. Plus précisément, il était chargé de mobiliser l’ensemble des partenaires, de traduire le rapport de la commission « ambition volontariat » en termes d’objectifs, de mener les réformes nécessaires et de mettre en place les indicateurs d’action et de résultat.

    De tous ces échanges et débats, tout au long de ces dix derniers mois, se confirme l’existence de nombreuses et diverses difficultés auxquelles est confronté le volontariat (directive européenne relative au temps de travail, problème de disponibilité notamment des personnels des services publics locaux, sollicitation de plus en plus forte, problème d’effectif en journée, problèmes en milieu rural et rurbain, contraintes professionnelles ou familiales, importante rotation des effectifs, amélioration lente de la fidélisation) et il importe à présent d’apporter des éléments de réponses, des solutions.

    Si toutes les mesures ou actions qu’il convient à présent de prendre en compte ne relèvent pas du domaine législatif, en revanche, force est de constater la nécessité d’y avoir recours sur certains points essentiels, pour la pérennité du volontariat lui-même, mais aussi pour la sécurité civile.

    En effet, la législation européenne actuelle sur le temps de travail et sa jurisprudence font peser sur l’activité de sapeur-pompier volontaire un risque sérieux de requalification, en reconnaissant au sapeur-pompier volontaire la qualité de travailleur, conduisant alors à une application de règles relevant de la législation du travail, et notamment l’obligation d’un repos quotidien, aux conséquences dramatiques pour son existence comme pour celle de notre modèle de sécurité civile. Il appartient certes aux institutions européennes d’apporter des solutions, mais le législateur national doit lui aussi intervenir et reste compétent pour clarifier cette question.

    Jamais jusqu’à aujourd’hui, le Parlement n’a eu l’opportunité de consacrer l’activité de sapeur-pompier volontaire, le sapeur-pompier volontaire lui-même, comme il est depuis toujours, comme il est tous les jours, c’est-à-dire de reconnaître sa vraie et juste nature, d’inscrire dans la loi que l’activité de sapeur-pompier volontaire est bien une participation citoyenne active aux missions de sécurité civile, et non une activité professionnelle, quelle qu’elle soit. Toujours assimilé, soit à un agent public, soit un collaborateur occasionnel, situations juridiques inadaptées à sa réalité, il ne fait pourtant aucun doute que ses particularités et son originalité l’en éloignent.

    Cette reconnaissance et cette affirmation de l’engagement citoyen en qualité de sapeur-pompier volontaire qu’il est demandé au législateur d’inscrire dans la loi sont bien là le cœur même de cette proposition de loi, et marqueront de leur empreinte solennelle la véritable ambition pour le volontariat d’aujourd’hui et de demain en apportant un cadre juridique protecteur à cet engagement. Par la même, il s’agit bien aussi de renforcer et de consolider la complémentarité entre sapeurs-pompiers professionnels et volontaires qui, avec les principes de subsidiarité et de compétence de sécurité civile partagée entre l’État et les collectivités territoriales, fonde toute l’originalité et l’efficacité du modèle français d’organisation et de gestion des secours.

    En outre, en inscrivant formellement ces nouveaux principes, le législateur viendra utilement combler une lacune dans l’architecture légale de ce modèle d’organisation, puisque dans ce dispositif seuls les sapeurs pompiers volontaires ne disposent pas d’un cadre légal complet et adapté précisant clairement les règles destinées à leur être appliquées, malgré la loi n° 96-370 du 3 mai 1996.

    Il faut également souligner que le volontariat dans les corps de sapeurs-pompiers ne peut pas uniquement se résumer à des aspects opérationnels. Son histoire est en effet intimement liée à celle de la construction de la sécurité civile et de l’organisation des services d’incendie et de secours. Il peut notamment être rappelé le rôle majeur assuré par le réseau associatif des sapeurs-pompiers, né il y a plus de cent trente ans, souvent à l’origine des plus importantes réformes mises en place et même des œuvres sociales pour les veuves et les orphelins de la corporation. Ainsi, et depuis toujours, un centre d’incendie et de secours n’existe pas sans son amicale de sapeurs-pompiers, lieu privilégié de fraternité, de solidarité, de convivialité et de réconfort dans les moments difficiles, fréquents malheureusement dans le monde des sapeurs-pompiers. Autre aspect de la complémentarité entre sapeurs-pompiers, ce réseau construit avec le temps est depuis longtemps présent dans tous les départements, y compris en outre-mer, ainsi qu’au niveau national, avec ses 98 unions départementales et la fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. Participant à la défense des droits des sapeurs-pompiers, comme de leurs valeurs et à l’expression de leur voix auprès des pouvoirs publics, ce réseau associatif des sapeurs-pompiers, partie intégrante de l’identité des sapeurs-pompiers et indissociablement lié avec le service, doit donc lui aussi, comme le volontariat, être reconnu et consolidé.

    Enfin, pour exprimer toute la reconnaissance de la Nation à l’engagement des sapeurs-pompiers volontaires qui se dévouent pour la communauté, et ce bien au-delà même de la seule période de leur activité, une mesure de justice sociale est proposée afin de procéder, dans un délai de cinq ans, à l’alignement de l’ancienne allocation de vétérance sur l’allocation de fidélité instituée par la loi du 13 août 2004, permettant ainsi de rétablir une équité dans les prestations servies lors de la cessation d’activité.

    Dans le prolongement même de la reconnaissance de l’engagement citoyen, les autres mesures qui vous sont proposées et qui traduisent les conclusions adoptées par les représentants de la commission « ambition volontariat » tendent à apporter des ajustements et des assouplissements adaptés et nécessaires à l’activité des sapeurs-pompiers volontaires, en particulier en confortant la protection pénale des acteurs de la sécurité civile, à poursuivre l’amélioration de leur protection sociale, faciliter et développer le volontariat notamment dans le milieu rural, en donnant les moyens de renforcer la place et soutenir le rôle essentiel des communes et des établissements publics de coopération intercommunale pour le volontariat, et par la même à contribuer à conforter les moyens et les capacités de sécurité civile pour assurer, en tout point du territoire national, la protection des populations. »

     

    Tous les éléments de ce que j’ai appelé l’Etat Providence Participatif y sont, appliqués au cas particulier de la sécurité civile. En effet, on ne peut imaginer la mise en place d’une concurrence pour cette activité qui réclame une couverture du territoire justifiant une coordination nationale. D’autre part, la structuration hiérarchique se comprend par la nécessité de répondre rapidement aux urgences auxquelles les pompiers doivent faire face.

    J’ai entendu la parole de la fondatrice du planning familial, Evelyne Sullerot, lors de l’émission « Les matins » sur France culture, le 11 Novembre 2010, lorsqu’elle a dit avoir connu 3 catastrophes humaines : l’affreuse condition des femmes au début du siècle, avant la révolution de la contraception, les hommes malmenés lors de la dernière guerre et enfin dit-elle, la condition actuelle des enfants. Lorsque cette grande dame juxtapose la condition actuelle des enfants sur le même plan que les deux autres grandes souffrances humaines dont elle témoigne, j’ai tendance à tendre l’oreille. D’autant plus que son diagnostique est partagé par François NICOLAS qui a repoussé les dealers de son quartier avec un collectif anti-crack en 1 an, là où les pouvoirs publics échouaient depuis longtemps.

    On peut imaginer que la prise en charge de l’enfance puisse être considérée autant que le sauvetage des SPV. On peut imaginer des crèches animées par un corps mixte de professionnels et de volontaires, de la même façon qu’on sait le faire pour les pompiers. Toutefois, à la différence des pompiers, cette activité est routinière et ne réclame pas une couverture nationale organisée par l’état ni une hiérarchie si rigoureuse. On peut très bien imaginer laisser la société civile s’auto-organiser sur ce secteur qui pourrait ainsi comporter une certaine concurrence stimulante, pour peu qu’on lui en donne les moyens. Le statut de SCIC (Société Coopérative d'Intérêt Collectif) peut être particulièrement bien adapté à ces activités sociales. Il en va de même pour les ados laissés à eux-mêmes, le soin social aux personnes âgées, aux handicapés, la prévention de l’addiction, de la délinquance. Tout le domaine social a besoin d’être reconnu pour ce qu’il est, ni une activité familiale, ni une activité entrepreneuriale, ni une activité relevant exclusivement de l’état, mais une participation citoyenne au travail social. C’est exactement le projet politique que porte l’Etat Providence Participatif.

  • La société du soin mutuel pour occuper le terrain, faire de la prévention et contre la société de l'agression mutuelle et de la punition, une révolution conceptuelle qui n'a rien à voir avec les bons sentiments.

    Après les 30 glorieuses de Jean Fourastié, pendant que l'économie poursuit son chemin tourmenté, peut-être dans l'attente de la révolution conceptuelle dont un point d'orgue serait « l'interdiction des paris sur les variations des prix » prônée par Paul Jorion, le Parti Socialiste présente son projet de « société du soin mutuel » sans faire beaucoup de bruit jusqu'ici. Et pourtant, ce n'est pas tous les jours que nous assistons à une révolution conceptuelle majeure en politique (Cf par exemple l'interview de Sandra Laugier et Pascale Molinier dans Raison-Publique). Quand Lionel Jospin, alors premier ministre, avait dit à juste titre « l'Etat ne peut pas tout » au sujet de son impuissance à empêcher la fermeture d'une usine, il avait subit les foudres de ses supporters habituels. « L'Etat Providence ne peut pas tout » pourrait servir d'introduction à la nécessité de la société du soin mutuel. Pour l'essentiel, il s'agit de faire en sorte que chacun y trouve son compte à prendre part au travail social dont toute société à besoin et ne plus seulement s'en remettre aux femmes ou à l'Etat Providence.

    Quand l'Etat Providence a été mis en place au sortir de la guerre, les familles étaient nombreuses et les femmes étaient en majorité au foyer. On a pu croire pendant un temps qu'il suffisait de ponctionner une part des richesses créées par le domaine productif et de la redistribuer au domaine social pour que la solidarité soit efficace et que nous fassions ainsi société. Petit à petit, les familles sont devenues moins nombreuses et les femmes ont quitté le foyer pour le marché du travail. Avec le vieillissement de la population, cette mutation a rendu de plus en plus inefficace et coûteux le principe de l'Etat Providence. Les 35h, qui sont une tentative de mise en forme du projet utopique et creux de « Société du temps choisi » ou « Société du temps libre »*, n'ont rien changé à cette situation de jachère sociale, qui plus est en fragilisant le socle économique de l'Etat Providence, parce que les heures dégagées par les 35h n'ont pas été réinvesties dans le domaine social et que les femmes continuent de porter l'essentiel de ce travail social en plus de leur travail rémunéré.

    Martine Aubry est bien placée pour savoir que les 35h n'ont pas eu beaucoup d'efficacité sociale. Est-ce que sous sa direction le parti socialiste va enfin pouvoir sortir de l'impasse de l'Etat Providence pour emprunter celui de la société du soin mutuel sans renoncer à l'essentiel de l'Etat Providence? Il est certain que cette révolution conceptuelle peut lui redonner une bonne longueur d'avance sur la droite qui s'enferre dans sa vision mortifère de « société de l'agression mutuelle ».

    On peut rendre hommage au musicien François NICOLAS qui, avec  une philosophie très proche de celle de la société de soin mutuel, a repris la rue aux dealers de son quartier en un an en créant un collectif anti-crack. Sans prétendre se substituer aux pouvoirs publics, sans se comporter comme une milice, il a occupé le terrain, avec un groupe de pères soucieux du devenir de leur progéniture, et a ainsi réussi à se réapproprier la rue. Le fait qu'il se soit ainsi heurté à la drogue n'est pas anodin. La prise de pouvoir des dealers sur la rue n'est qu'une concrétisation aigüe du vide social que l'Etat Providence n'a pas pu combler. Sans une participation massive, populaire à la vie sociale, le nihilisme, dont la drogue constitue une des manifestations, occupe le terrain vacant.

    Depuis les années 90, je tente de développer un modèle social de la même famille que celui de la société du soin mutuel, d'abord sous le nom de solidarité libérale, puis sous celui d'Etat Providence Participatif et je ne vais donc pas bouder mon plaisir, d'autant que cette dénomination de société de soin mutuel me semble plus réussie. Ce concept de société du soin mutuel rompt à la fois avec l'utopie de l'Etat tout puissant et avec celle de la société du temps choisi. L'Etat ne peut pas tout, l'Etat Providence non plus, mais la société du soin mutuel peut nous venir en aide, ainsi que l'a démontré François NICOLAS pour la drogue.

    François NICOLAS nous donne une définition de la société de soin mutuel avec sa vision de la prévention: « La prévention n'est pas affaire véritable des pouvoirs publics mais affaire de tout le monde, de tout un chacun, d'un père ou d'une mère, d'un frère ou d'une sœur, d'un ami ou d'un copain, d'un éducateur ou d'une fiancée, de tel groupe sportif ou de tel collectif musical, etc. La prévention est affaire de la société, nullement de l'état, lequel chaque fois qu'il se mêle de prévention en matière de drogues - et il le fait beaucoup trop aujourd'hui - le fait très mal : en « instruisant » des différences entre cannabis et héroïne, en en appelant à la peur du gendarme et aux risques encourus (là où le jeune est précisément en quête bien compréhensible de nouveaux risques à affronter) alors que toute prévention véritable de la drogue doit surtout montrer qu'il y a pour un jeune aujourd'hui en France beaucoup plus intéressant à faire qu'à se droguer, qu'il n'est pas condamné à ne rien vouloir ».

    Le projet de société du soin mutuel n'a pas grand chose à voir avec les bons sentiments ainsi que le qualifient certains opposants à ce projet qui tentent ainsi de le dénaturer et de le dévaloriser. Ce qui est en jeu concerne la prise en charge sociale autrement que par délégation. La crise financière que nous traversons occulte en grande partie la crise de modèle socio-économique qui s'approfondit. Cette crise socio-économique est pointée par de nombreux analystes. Elle provient du fait que nous devons en même temps réduire le chômage, c'est à dire redistribuer l'activité, dans une optique de développement durable et non plus dans une optique de croissance infinie. La mise en place d'un projet de société du soin mutuel est capable de résoudre cette équation en opérant un transfert d'activité vers les besoins sociaux sans pour autant grever encore plus le budget de l'Etat. Nous attendons à tort que l'état s'occupe du soin social et de la prévention alors que c'est l'affaire de tous. C'est un peu comme si on attendait que l'arbitre fasse aussi le jeu dans une rencontre sportive. C'est là qu'est l'enjeu de la société de soin mutuel et non dans une question de bons sentiments. Un des autres gros enjeux de la société de soin mutuel, c'est qu'elle offre une occasion de réduire fortement la "domination masculine" ou les inégalités liées au sexe grâce à la redistribution d'activité.

     

    *"La société du temps choisi", dont André Gorz était une fervent défenseur, était une tentative de résolution de l'équation de redistribution de l'activité dans une perspective durable, redistribution inéluctable compte tenu des énormes gains de productivité que tous les secteurs ont connu et qui induisent des mutations considérables de la main d'oeuvre (par exemple le dernier exode rural en France, entre 1945 et 1975, le pourcentage d'agriculteurs est passé de plus de 1/3 à moins de 4% des actifs). C'était sans compter sur le fait que presque personne ne ramassera un papier gras ou un mégot spontanément s'il n'est pas soutenu par un quelconque cadre juridique, par une quelconque reconnaissance. C'est celui qui jette ses papiers gras ou ses mégots n'importe où qui donne le la, qui impose sa norme, sans une organisation efficiente de la reconnaissance (illustration ci-dessous avec un coin fumeur "sauvage" ordinaire). Le soin mutuel, la prévention sociale, le lien social, il faut s'en occuper et organiser la reconnaissance de qui s'en préoccupe, sinon, ce sont, par exemple, les petits dealers qui occupent le terrain. Rien à voir là non plus avec les bons sentiments.

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    Coin fumeur collectif ordinaire: illustration, façon Haïku visuel, à peine caricaturale, de la société du temps choisi (bisounours) pour les activités relevant du soin mutuel ou de toute autre activité sociale à caractère collectif.

       

     

     

    L'économie sociale et solidaire (ESS) est bien perçue comme projet de société selon le sondage récent effectué par Nord-Social.info

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