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Etat Providence Participatif=société des participants - Page 5

  • La domination, pour quoi faire?

    L'épineuse question de la domination sociale est souvent un sujet qui fâche, surtout à gauche, alors parlons-en.

    Est-ce que la domination peut avoir des aspects positifs? Est-il inévitable qu'un groupe humain, quel qu'il soit, soit le siège de dominations ou bien une société sans hiérarchie est-elle possible? Y a t'il plusieurs types de dominations, des dominations animales et des dominations raisonnables?

    Je ne vais pas militer ici pour justifier et promouvoir la domination qu'on trouve chez les baboins, quand bien même on pourrait observer, en de très nombreuses circonstances dans les groupes humains, des phénomènes de domination très voisins de ceux qu'on peut observer chez les baboins. Il me semble que l'efficacité d'un groupe humain soit en partie liée à ses capacités de mobilisation. Dans quelle direction aller et comment coordonner l'action? Voilà un impératif que tout groupe doit gérer. Bien entendu, le degré d'urgence à agir aura une forte influence sur la structuration des dominations qui se mettront en place. Par exemple, un groupe militaire ou un groupe de pompiers aura besoin d'une réactivité très élevée et il n'est donc pas étonnant d'y trouver une structuration hiérarchique solide dite militaire. Par contre un groupe de randonneur n'a pas besoin d'une telle hiérarchie pour bien fonctionner et on y trouvera de fait une hiérarchisation faible, tous les membres n'étant toutefois pas égaux quand il s'agit de prendre une décision.

    En principe, la sélection des dominants, des chefs, devrait se faire sur des critères d'efficacité, d'aptitude à prendre les bonnes décisions et à les faire appliquer. D'autre part, le chef ne devrait pas abuser de sa position dominante pour en tirer des avantages dépassant ses attributions fonctionnelles. En bref, il ne devrait pas se comporter comme un baboin charismatique ou brutal une fois son service terminé. C'est pourtant ce qui arrive bien souvent et c'est pour cette raison qu'on devrait par précaution et par dérision appeler Papa, Maman ou Dieu tout dominant afin de lui rappeler qu'il ne doit pas abuser de la position que le groupe a bien voulu lui confier.

    Plutôt que de vivre dans l'illusion d'un monde sans domination, c'est à dire se condamner à l'immobilisme ou accoucher de formes de domination d'autant plus féroces qu'elles seront déniées, la gauche devrait plutôt se demander comment cantonner la domination aux besoins légitimes de choisir de tout groupe. La mouvance autogestionnaire ne prend pas assez au sérieux cette nécesité de décider. 1848 marque un premier échec de cette mouvance, ainsi que le relate Jorion, et les années 1980 un second échec, toujours sans en tirer les conséquences.

    Un peu de biblio pour les courageux: Pierre BOURDIEU "Questions de sociologie" (entretiens assez faciles d'accès, et tout ce qu'il a écrit par ailleurs) . Vincent de GAULEJAC : "La lutte des places" (si vous le trouvez, le thème central est plutôt la pénurie de places et la difficile lutte des sans grade pour trouver simplement une place, ne pas se retrouver exclus). Très beau témoignage d'Alexandre le "Castoriadien" qui se cherche encore un peu. L'autre rive, que je ne vous invite pas à rejoindre, est fonctionnaliste, seulement tournée vers l'efficacité au service des "maîtres", comme ce que nous propose François Dupuy, un spécialiste du management des organisation sans vue politique, mais doté d'une certaine expérience pratique.

    Petit tour avec Pierre Bourdieu:

    Pierre Bourdieu a développé ses théories sociologiques des "champs" associées à une  "économie des biens symboliques" dans les années 60-70. Un champ est un domaine qui développe et conserve des connaissances et des pratiques particulières (champ philosophique, sociologique, économique, mais aussi le champ de la mode, du sport etc..), qui possède un langage spécifique, des comportements spécifiques révélés dans la gestuelle (habitus) et qui surtout est le siège de rapports de domination. Chacun des acteurs d'un champ a tendance à accroître son "capital symbolique" qui lui donne son rang dans ce champ (c'est une tendance, mais il existe de nombreuses autolimitations liées à diverses raisons, conscience de ses limites, ambition limitée...). Ce capital symbolique peut ensuite être monnayé et ce qui peut en premier apparaître et être vécu comme pur désintéressement fini souvent par être converti en capital symbolique et enfin en position et en espèces sonnantes.

    Les analyses des champs de Bourdieu ont toujours suscité beaucoup de réactions de la part des acteurs des champs qu'il entendait décrire. Il n'y a rien d'étonnant à cela parce que sa méthode met crument à nu les mécanismes de la domination. Bourdieu lui-même ne se plaçait pas en dehors de ce jeu, mais il entendait réduire la part d'arbitraire, la part d'arrivisme et d'illégitimité dont cette « lutte des places » est le siège.

    Les champs sont un peu comme les groupes sociaux, mais il s'agit de groupes de spécialités, centrés sur une activité et non pas comme les anciens groupes sociaux non différenciés. Une entreprise est le siège de comportements très semblables à ceux décrits par Bourdieu dans ses champs. Je vois dans ces champs le développement d'une caractéristique humaine universelle, celle d'être un être social plastique. Cette caractéristique s'exprime spontanément dès le plus jeune âge. Il suffit de se souvenir ou d'observer les comportements dans une cour de récréation. Des groupes se forment, des frontières plus ou moins poreuses et mouvantes se forment, les dominations se mettent en place et sont sujettes à des luttes. Tout ce que décrit Bourdieu peut y être observé. Chaque individu conserve sa capacité à adhérer à de nouveaux groupes toute sa vie, et aussi à rompre, à faire le deuil d'anciens groupes, ce qui fait que nos identités sont multiples et complexes (être social plastique). Les autres espèces sociales ont une capacité voisine à adhérer à un groupe appelée empreinte, mais à la différence de l'homme, cette capacité est très peu plastique et ne se manifeste qu'une fois. On parle beaucoup de Camus en ce moment et du fait qu'il ait été considéré comme traitre par les deux camps alors qu'il était en proie à un conflit identitaire insoluble sauf à mourir à une de ses identités.

    Les champs ne sont donc pas figés ni isolés du reste du monde, mais ils sont le siège de mécanismes de stabilisation comme le sont tous les groupes. Le paroxysme de ces mécanismes de stabilisation est observé dans les groupes ethniques ou mieux dans les groupes religieux qui n'ont pas intégré la laïcité. Les champs de spécialités, bien que repérables, sont tout de même assez souples du fait qu'ils ne mettent pas en jeu l'existence entière des acteurs.

    Parmi les personnes qui ont à la fois réussi à obtenir une haute reconnaissance dans leur champ et une grande popularité, je retiens particulièrement Hubert Reeves. Il a choisi pour quelques uns de ses livres une structure très particulière et, à mes yeux, très intéressante. Le texte peut se lire de différentes façons suivant son niveau de maîtrise technique. Chaque paragraphe est coté selon trois niveaux en empruntant le langage du ski, piste noire pour les passages difficiles niveau mécanique quantique, piste rouge pour les passages plus faciles et enfin piste verte pour les passages pouvant être lus par un très large public. On peut tout lire, ou bien sauter les passages pistes noire ou bien sauter les passages piste noire et les passages piste rouge.

    Pierre Bourdieu était un bon observateur des champs et en même temps un acteur du champ sociologique. Il se plaignait de l'intrusion permanente d'acteurs incompétents appartenant au champ des médias dans les champs de spécialités dont la sienne (cf son livre sur la télévision et ses démêlées avec quelques papes des médias -Guillaume Durand et Daniel Schneidermann). Il me semble que la stratégie d'Hubert Reeves prévient assez bien ce problème de perturbation des activités spécialisées par les médias et aujourd'hui par toute la blogosphère et les forums, tout en assurant un lien nécessaire et légitime entre les champs spécialisés et le reste de la société. C'est que tout le monde ne peut pas avoir un accès direct aux subtilités des notions et des concepts qui sont en jeu dans le débat spécialisé d'un champ. On peut même constater que les plus grands spécialistes n'arrivent pas à tomber d'accord, pour des raisons techniques, mais aussi pour des motivations de "distinction". C'est là que les mécanismes de groupe deviennent pertinents. La confiance prend rapidement le relais de la compréhension et de l'analyse, de la raison. Voilà comment nous opérons nos choix collectifs.

  • 2010, cap Ecologie?

    2010 sera-t'elle marquée par un changement de cap? C'est le souhait que je formule, mais pour changer de cap, il faut avoir une idée d'où on veut aller. Les contraintes ne suffisent pas à définir un projet, mais elles le délimitent. Les contraintes écologiques (changements climatique, pollutions, eau, vent), la raréfaction des ressources minières (tous les métaux) et la poursuite de l'expansion démographique  vont peser de plus en plus lourd dans les choix. Il n'en demeure pas moins que nous avons besoin de rêver. Nous avons besoin de rêver que les rapports de domination seront abolis ou du moins qu'ils pourront être confinés à la stricte nécessité fonctionnelle. Nous avons besoin de rêver à un avenir meilleur, ou au moins à un avenir. Nous avons besoin de rêver que nous sommes plus qu'une simple mécanique sophistiquée.

    L'écologie peut à la fois se décliner et faire sens sur tous les plans. Elle peut se décliner sur le plan pratique au moyen de pratiques durables. Elle peut se décliner sur le plan idéologique, nous éloignant ainsi des notions simplistes du profit. Elle peut se décilner sur le plan spirituel, nous rapprochant de notre berceau naturel. Elle incarne par essence des notions de partage et de solidarité.

    Il est pourtant possible que l'écologie soit le support de rapports de dominations féroces. On peut imaginer un développement de l'autorité, faute de temps, afin de faire face aux défis qui nous attendent. On peut imaginer un mariage des valeurs capitalistes usuelles et de la production écologique. On peut imaginer des dictatures vertes, avec une empreinte écologique moyenne par habitant compatible avec la biocapacité, comportant une classe dominante tyranique et le reste de la population réduite à la misère. L'écologie n'est pas un gage de démocratie et de liberté, Luc Ferry avait même prédit que l'écologie politique était contraire à la démocratie (Le nouvel ordre écologique). Bien que je ne partage pas sa thèse parce que l'écologie politique peut être mise en débat démocratique, comme tout choix politique (c'est à dire comme tout choix collectif), il n'endemeure pas moins que les options autoritaires sont possibles et d'autant plus probables que nous laissons les contraintes s'amplifier.

    Si nous voulons garder un peu de place au choix et à la démocratie, mon voeu pour 2010 et les suivantes est que l'écologie s'épanouisse dans la douceur et l'intelligence avant qu'elle ne le fasse dans la douleur et la brutalité.

  • On n'arrête pas le progrès, il se cassera la figure tout seul! Il n'y en aura pas pour tout le monde.

    On n'arrête pas le progrès, mais on peut peut-être le ralentir et le faire virer quand il se dirige tout droit dans un mur, tenter de passer du jetable au durable? Enfin, ce n'est pas certain qu'on y parvienne si on se place du simple point de vue des ressources minières, (stats US). En effet la plupart des métaux que nous utilisons vont venir à manquer dans quelques années à quelques dizaines d'années. Le calcul très simple qui permet de l'affirmer consiste à diviser les ressources minières connues par l'exploitation et la consommation actuelle (D'après terre sacrée).

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    Si on ignore tout des matériaux, on imagine que les scientifiques vont bien nous trouver une solution de remplacement et qu'on nous fait le coup depuis déjà bien longtemps avec le pétrole et que la date de fin du pétrole est sans cesse repoussée. Et puis avec l'énergie, il y a toujours les ressources alternatives qui se mettent place. Oui, sauf que les minerais dont il est question ne sont pas remplaçables. quand on aura épuisé les mines de cuivre (et aussi celles du Zinc, du Nickel, de l'Or, de l'Argent, du Lithium, de l'Uranium....), il n'y aura plus que le recyclage et là on est très loin du compte. Les données sur les ressources disponibles sont plus ou moins contestables et le calcul simpliste ci-dessus l'est aussi mais il est toutefois assez juste pour saisir ce qui nous attend, et dans pas longtemps. Il faut des dizaines d'années pour mettre en place les nouveaux objets qui seront pensés avec la rareté des métaux qui se dessine, pour mettre en place les filières de recyclage (on a quand même commencé il y a quelques années). Si on compte extraire les minerais pauvres il va falloir dépenser une énergie considérable alors que nous aurions besoin de la réduire. On le voit, l'étau se resserre et au passage on entrevoit aussi les secteurs qui vont se développer et là où il faut investir (et malheureusement là où les tractations spéculatives bullogènes se sont inévitablement reportées).

    Pour le moment, nous sommes dans une période où il faudrait mettre le paquet pour éviter le mur qui arrive à toute allure et nous sommes encore à nous poser des questions. C'est que la crise industrielle qui se profile fera apparaître la crise financière actuelle comme une broutille. Elle entraînera dans son sillage une crise économique sans précédent, une crise sociale et enfin une crise sociétale dont on ne sait mesurer les conséquences.

    Il me semble que le sommet de Copenhague s'oriente vers un échec dont on peut entrevoir les raisons profondes. Les pays émergents ne veulent pas voir leur développement se briser sur de vertueuses raisons écologiques, d'autant plus qu'il se joue en arrière plan des questions de domination et de vieilles rancoeurs néocolonialistes mal digérées. Les pays développés veulent pouvoir continuer à avoir un accès bon marché aux ressources, et en particulier aux ressources minérales. Tout du moins veulent-ils en garder le contrôle, montrant par cette attitude que le changement de mode de vie et de modèle économique pourtant inéluctable ne se fera pas sans douleur. La planche de salut du green business portée haut par Arnold ne peut que se révéler un leurre parce que la mise en place des green technologies selon ce plan est extrêmement dévoreuse en matières premières. Il n'y en aura pas pour tout le monde et la loi du plus fort se fera entendre, voilà qui pourrait brosser une des teintes de la toile de fond d'un échec annoncé.

     

  • Le service civique

    Le service civique que Martin Hirsch doit amplifier est compatible avec l'état providence participatif (EPP). Sur un plan quantitatif et sur le plan de sa solvabilité (les deux sont liés) je n'ai pas les moyens d'évaluer ce projet, mais sur le plan du principe, il correspond complètement à la démarche de l'état providence participatif. Pour l'instant, un très faible pourcentage des demandes peut être satisfait (il y aurait environ 260 000 jeunes par an prêts à faire ce service civil).

    La différence avec le projet défendu ici, c'est qu'il impose une classe d'âge (18-25 ans) et qu'il est moins radical sur le type d'activité (L'EPP que je défends tire une partie de sa force à différencier le travail productif du travail social). Le service civique s'opère en une fois (élément à confirmer), alors que l'activité sociale dans le cadre de l'EPP peut aller de 1h00 par jour à 1 annnée sur 10 et serait plutôt ouvert à la classe d'âge 9 à 99 ans (transposition du 7-77 ans en tenant compte de l'évolution de notre espérance de vie et notre maturité un peu plus tardive). C'est à dire dès qu'on peut apporter quelque chose au groupe et tant qu'on le peut.

    D'autre part, aucune autre source de financement ex-nihilo (type monnaie fondante) n'a été envisagée pour ce service civique et pour cause, un financement ex-nihilo comme je l'imagine ici nécessite la création d'un marché social assez étendu pour devenir viable, sinon, la monnaie fondante serait de la monnaie de singe (dans le sens ou on ne pourrait pas trouver beaucoup de possibilités d'échange avec cette monnaie).

    En conclusion, si ce service civique va dans le sens de l'état providence participatif, il risque néanmoins de souffrir d'un manque de fonds et par suite de ne pas pouvoir s'étendre, se banaliser. Mais c'est sans compter sur la possible prise de conscience que pour faire société, la main invisible du marché n'était sans doute pas suffisante pour répondre et nourrir nos besoins collectifs, notre nécessité de faire société, bien en dehors des strictes limites de l'homo-oeconomicus.

  • Le prix de la côtelette

    Le prix de la côtelete est-il égal à son coût (y compris frais de gestion, rétribution du capital et taxes)?

    Tout dépend de la côtelette.

    Si elle est subventionnée de diverses manières (les élevages où les animaux sont serrés et qui peuvent être des incubateurs de nos futures maladies résistantes aux antibiotiques), si on compte le coût écologique (surtout la question de l'eau) et bientôt en seconde vague à venir, si on compte le coût sanitaire (les maladies résistantes et les maladies qui peuvent être induites par les produits dits phytosanitaires), si on compte tous ces coûts alors rien n'est moins sûr.

    J'oubliais le coût moral, pour ne pas parler du coût poétique, la plus ou moins bonne vie que nous réservons à nos animaux qui nous cèdent la leur.

    On peut ainsi aboutir à ce tour de force d'obtenir un prix qui peut être inférieur au coût.

    Est-ce que ce n'est pas ce qu'on appelle du dumping? A moins que ce ne soit un sombre privilège?

    Dans ces conditions de concurrence faussée, pas facile de développer des filières attentives à minimiser dégâts environnementaux et sanitaires colatéraux, à ne pas accumuler une dette écologique et sanitaire qui s'apparente à celle des Subprime dans la mesure où elle ne sera pas solvable.

  • L'énergie des vagues

    Les variations des prix, qu'ils augmentent ou bien qu'ils baissent, permettent aux parieurs d'empocher des plus-values. Quand le parieur devient assez puissant, alors, il acquiert la capacité de créer des variations des prix par des achats ou des ventes massives de valeurs cotées en bourse. Cette variation initiale est ensuite renforcée par les innombrables parieurs suiveurs qui n'ont pas les moyens individuels des grands parieurs. Telle information diffusée dans un journal, à la télé ou tout autre média efficace pourra considérablement amplifier le mouvement boursier, voire le créer. La bourse est alors le siège de vagues qui n'ont strictement rien à voir avec l'offre et la demande de biens. La variation du prix du blé plusieurs fois par jour n'est en aucun cas en relation avec la quantité de blé produite ou celle demandée.

    Ces vagues donnent lieu à une ponction importante d'argent par les parieurs. C'est une des façons que les riches ont trouvée pour plumer les pauvres.

    Quand un parti politique démocratique proposera de s'attaquer clairement à ce parasitage du marché, alors il aura pris une sérieuse option pour acquérir mon vote.

  • Socio-démocrate en errance

    En plus des préoccupations écologiques que toute démarche politique non suicidaire doit aujourd'hui intégrer (voir le PIBED par exemple ou le ministère de la bonne bouffe), ce que je demande au PS (c'est à dire aux socio-démocrates), c'est de construire un programme clairement socio-démocrate en accord avec le monde actuel (individus, frontières poreuses, forts moyens d'échanges). Les trois principaux points que je souhaite qu'il développe sont les suivants:

    • Empêcher les riches de plumer les pauvres et non pas prendre aux riches pour donner aux pauvres. Il s'agit en fait d'interdire les paris sur la variation des prix (spéculation), afin que l'économie se débarasse de l'énorme parasite qu'elle trimballe sur son dos. Je dois à Paul Jorion cette requête et aussi d'avoir très clairement établi la différence entre le libre échange et le parasitisme économique de la spéculation court-terme qui s'abrite derrière l'alibi du libre échange. Permettons au libre-échange d'exister, là ou la concurrence peut être effective, en interdisant les paris sur la variation des prix afin d'évaluer des éventuelles corrections à lui appliquer.
    • Promouvoir un régime de retraite par répartition unique basé sur des comptes individuels. C'est le système défendu par Bozio et Piketti dans un petit fascicule du CEPREMAP.
    • Opérer un déplacement fiscal massif de l'entreprise vers l'individu afin de se mettre en accord avec la réalité de la société individuelle dont notre révolution était porteuse et qui est devenue une réalité. Il s'agit d'arrêter d'être anti-entreprise (donc pourquoi les pénaliser dans un contexte de mondialisation des échanges) sous prétexte de défendre l'employé et il s'agit de donner toute sa chance à l'initiative. L'impôt se déclinerait en indirect avec une TVA (y compris sociale) , et direct avec l'impôt sur les revenus (tous les revenus, y compris ceux provenant du capital) très progressif, des taxes foncières et des impôts locaux. Le système actuel comporte tellement d'exceptions (les niches) qu'il est temps d'en changer.

    En ce qui concerne l'état providence, je milite ici pour qu'il devienne participatif, mais je ne crois pas que les esprits soient encore tout à fait mûrs pour que ce projet puisse être accueilli favorablement et nous pousserons certainement l'expérience désastreuse en cours de marchandisation  de l'aide à la personne avant de se pencher sur ce projet (ou pour être plus précis que "marchandisation" et être fidèle à la catégorisation développée dans ce blog, de son développement "productiviste"). Je note toutefois une progression, très modeste, de l'utilisation de l'expression "Etat Providence Participatif" sur le net (ICEA; santé pour tous; auteur inconnu; dossier canadien 2003 qui antériorise l'expression; AIMF 2006; dossier UNESCO de PF)

    Faut-il acquérir une connaissance de l'acteur-réseau comme le suggère Y. Rumpala? On peut parier que bon nombre de ceux qui dominent aujourd'hui pratiquent déjà.

  • L'individu et la nécessité

    Le développement de l'individu et son émancipation des contraintes du groupe, de la tribu, du clan, de la communauté a pu se faire parce que les moyens techniques étaient suffisants. Sans doute y a t'il une aspiration, une force, un désir de liberté qui pousse l'individu à s'extraire ainsi des règles communes. C'est la lecture qu'en a faite Alain TOURAINE dans "qu'est-ce que la démocratie", il se base sur l'acteur en tant que force motrice de la démocratie et de la modernité.

    Des contraintes collectives nouvelles apparaissent avec l'explosion démographique et la voracité du monde moderne en énergie et en matériaux. Le défi sociétal que nous avons à relever tient au fait que notre développement et notre identité contiennent implicitement l'infinité de l'énergie et des matériaux. La mutation de notre identité doit donc accepter que toutes les dimensions potentielles de notre vie matérielle soient finies. Est-ce que celà signifie la fin de la liberté? Ce serait en effet la fin de notre civilisation. Il nous reste à inventer, ou plutôt à découvrir collectivement que la liberté peut se développer dans d'autres champs que le champ de la matérialité, d'autres champs comme les champs spirituels, culturels ou relationnels ou elle retrouvera des espaces infinis. Il s'agit d'un changement de paradigme si profond qu'il n'est pas certain que notre société y survive (à suivre...)

  • Principe d'économie équitable et durable

    Les ressources en matière et en énergie sont limitées, c'est un fait indiscutable. L'économie actuelle se heurte à cette réalité puisqu'il lui faut continuer à gaspiller les ressources pour redonner de la croissance et redistribuer de l'emploi. Le principe usuel de cette économie est que plus un produit ou un service est produit en grande quantité et plus son prix sera faible. Ce principe est incompatible avec une gestion équitable et durable de ressources limitées.

    Enoncé du principe (malthusien par essence) d'une économie équitable et durable: Le prix des biens et des services intégrant des ressources limitées en énergie et en matière doit augmenter avec la quantité produite ou consommée.

    Ce principe est déjà appliqué pour un certain nombre de situations. Par exemple, certaines communes doivent gérer une ressource en eau limitée. Dans ce cas, au-delà d'une certaine quantité consommée par usager, le prix grimpe rapidement.

    Bien entendu, le marché comporte un effet régulateur lié à la rareté relative (tension actualisée entre offre et demande) qui fait que si on gaspille une ressource, son prix limitera son usage. Mais ce principe est incapable de résoudre efficacement un cas comme celui de la destruction de la forêt boréale du Canada, par exemple, où la régulation (mondiale) n'a qu'un effet limité et tardif sur cette destruction (locale).

    Les gains de productivité associés à la production à plus grande échelle de biens ou services intégrant des ressources limitées seraient ainsi pondérés par un facteur fiscal. Ce facteur fiscal serait relié à la rareté planétaire en matériau ou en énergie. Il s'agit d'une correction à la lenteur du marché global à réagir à une destruction locale. Cette démarche est voisine de la tentative de pondération du PIB par un facteur d'empreinte écologique et par un facteur d'équité sociale (PIBED). C'est évident pour le facteur d'empreinte. Pour le facteur d'équité, le fait de réduire l'avantage à la concentration de l'activité aurait un effet redistributif sur l'activité et donnerait plus de chance aux moyens et petits producteurs, ce qui est en soi un facteur d'équité, non pas par la redistribution d'argent mais par la redistribution de l'activité.

    Note: un principe social (économique dans ce cas) est issu de choix dont la cohérence n'est jamais complète, ce qui justifie l'existence d'exceptions à l'application de ce type de principe. Il demande donc à être manié avec souplesse.

  • Distribuer l'activité

    La crise que nous vivons est différente de celle de 29 par le contexte, parce que nous sommes contraints de remettre en question notre modèle socio-économique et par delà l'incarnation du progrès, voire le progrès lui-même. Or le progrès est la clé de voûte de notre organisation, l'élément fédérateur qui donne sens à notre action. En 29, le progrès marchait plein pôt, ce n'est plus le cas. Nous ne sommes plus convaincus que, malgré tous nos efforts, la vie de nos enfants sera meilleure que la nôtre.

    Avant la crise, la machine à distribuer l'activité ne fonctionnait déjà plus bien et peinait à procurer une place à chacun. La croissance ne suffisait plus. Comme une forme tardive du rêve américain, quelques idéologies accusatoires ont bien commencé à se développer, recherchant des coupables, des responsabilités individuelles au malaise, invoquant la paresse comme cause du désastre social en cours.

    Il nous reste à constater que la machine à distribuer les rôles est en panne et que cette crise est l'occasion d'en créer une nouvelle. Avons-nous le choix? Avons-nous le temps? Aurons-nous encore le luxe de tatonner?

    L'état providence participatif (EPP) est un élément de machine à distribuer l'activité. La surchauffe productive pourrait bien se calmer un peu au profit d'activités peu consommatrices en matière et en énergie. C'est bien le cas du transfert-distribution d'activité que contient le projet d'EPP pour satisfaire à des besoins sociaux que personne ne contestera.

    On notera que la mobilité qui est un mot clé de la distribution d'activité est en grande partie contradictoire avec un développement durable dans la mesure où la mobilité consomme de l'énergie.

    Sur le plan des activités productives, la conception des objets que nous utilisons peut évoluer dans plusieurs directions: économie d'énergie à les fabriquer, développement des pièces d'usure qui auraient le grand avantage de remettre à l'honneur le métier de réparateur et de consommer moins de matière et d'énergie, développement des énergies durables et en particulier les énergies de la mer qui sont très abondantes, développement de carburants à base d'algues qui ne mangeront pas et ne pollueront pas les terres agricoles tout en promettant des rendements 30 fois meilleurs etc... Les pistes fourmillent qui ne demandent qu'à être développées, il s'agit de penser à la distribution de l'activité, ce qui n'est pas au coeur des préoccupations. Frottons nous un peu les yeux, rien ne sera plus comme avant, le défi idéologique qui se dresse devant nous est considérable (je n'ai pas dit dogmatique, il nous faudra le pragmatisme le plus solide pour développer une idéologie donnant des fruits efficaces, des institutions et des comportements adaptés). Il nous faut en effet ne plus s'en remettre seulement à la croissance pour régler nos problèmes, alors que jusqu'ici cette croissance était chevillée au progrès. Sans de nouveaux indicateurs des résultats de nos efforts prenant en compte l'écologie, nous détournons notre regard de notre terre qui brûle, sans équité nous détournons notre regard de la démocratie chancelante. L'équité, c'est aussi la mise en place de mécanismes de distribution de l'activité, c'est le point faible de tous les plans en cours. Or les gains de productivité considérables que nous avons déjà accomplis devraient nous permettre de dégager les marges de manoeuvre suffisantes pour nous orienter dans cette direction de redistribution de l'activité. La formation, bien sûr, en est un des éléments. Le soutien aux entreprises naissantes en est un autre, avec un déplacement fiscal massif des entreprises vers les deux piliers de la taxation individuelle, à savoir la taxe sur la consommation et l'impôt sur les revenus (ne sommes nous pas une société d'individus?). Aimons l'entreprise, permettons au plus grand nombre d'en créer (j'attends de la gauche et des syndicats qu'ils se mettent enfin à aimer l'entreprise, qu'ils se l'approprient enfin).

    En ce qui concerne les capitaux, est-ce que le capitalisme actuel est mort? Ce capitalisme qui a encouragé la collusion des capitalistes et des entrepreneurs au moyen des stock-options est en train de s'effondrer. La question du contrôle des capitaux est essentielle par le rôle qu'il a dans la distribution d'activité, dans la nature des activités et dans les relations capital-travail, dans les rapports de force capitalistes-entrepreneurs-salariés. Le contrôle des capitaux par l'état s'est révélé être une catastrophe, aussi bien économique qu'écologique. Il nous faut donc inventer un nouveau mode monétaire, mais lequel?

    En ce qui concerne la répartition de l'activité (c'est  un des objet de ce blog), je militerais pour 32h de travail productif et 8 heures de travail social, mais pas tout à fait de cette façon. C'est à dire qu'une durée de travail de 40h à répartir entre travail social et travail productif selon des principes de régulation me semble plus souhaitable, mais c'est un détail de mise en oeuvre.

  • L'équité, équilibre du jenous plutôt que l'onanisme social.

    Selon Georges Dumézil, le monde Indo-Européen dont nous sommes issus est organisé autour de 3 pôles ou plutôt 3 fonctionnalités. Cette grille me semble toujours pertinente, quand bien même elle a perdu de sa limpidité à cause de l'effondrement religieux, du développement des médias et du pouvoir que procure la richesse:

    1. Le pôle de l'ordre, (sacré, religion et souveraineté, finalité, politique) c'est à dire le pôle qui contient le sens de la société. En général, pour ne pas dire toujours, ce pôle prend appui sur une mystique, un système divin extra-humain, ce qui lui confère une grande force. Un ordre suppose que la société qu'il ordonne soit composée d'une majorité de croyants dans cet ordre, l'ordre s'édifie et s'enracine dans la foi. Toutefois, un ordre peut perdurer bien après que la foi ait disparu, car il agit comme le ciment d'un édifice commun. Le remettre en question génère une peur. L'individu a peur d'être exclu du groupe. La peur de l'exclusion du groupe est le ciment de la décadence d'un ordre qui a vécu, jusqu'à ce qu'un nouvel ordre puisse à nouveau abriter et fédérer le sens commun.  Après la religion,  le pôle de l'ordre du monde occidental me semble être "le progrès" abrité derrière l'alibi de la raison (la raison est un alibi parce que cet ordre là est foncièrement de nature religieuse). C'est ce que tout le monde pratique au quotidien. Nous sommes curieux des nouveautés, nous avons (avions) foi dans l'amélioration de notre condition. Une concurrence est en train de naître entre le progrès et l'écologie pour occuper la place centrale de l'ordre. Le progrès et l'écologie ne sont pas opposés par nature, quand bien même le visage du progrès s'est jusqu'ici assez peu soucié d'écologie. Certains progressistes acharnés (C. Allègre, J. Attali par exemple) ne supportent pas la moindre remise en question du progrès comme l'atteste leur position résolue contre tout principe de précaution. Certains adeptes de la décroissance sont contre le progrès et se positionnent parfois en prêtres verts. D'autres (dont je fais partie, cf Bernard PERRET dans "Le capitalisme est-il durable") souhaitent redonner sens au progrès, le restaurer en tentant de l'orienter vers des pratiques équitables et respectueuses de l'environnement. Qui l'emportera? Le caractère fondamentalement religieux de l'homme donne toute sa chance à la prise de pouvoir des prêtres verts qui n'attendent qu'une crise écologique majeure pour lever les forces populaires favorables à une reprise en main autoritaire sur lesquelles ils pourront s'appuyer. Les pôles autoritaires existent en France, bien qu'ils n'aient que très rarement dominé la situation politique. La démocratie peut aussi réussir à se combiner avec l'écologie et même y trouver quelques synergies (JP Fitoussi avec sa "Nouvelle écologie politique", nouvelle pour lui qui a plutôt été jusqu'ici un adepte de la croissance). C'est que l'écologie renvoie très fortement au "nous" et qu'elle a le potentiel de rééquilibrer le "je" qui tourne en rond. Le grand Manitou aurait-il fécondé la société occidentale du progrès dans sa marche vers l'ouest? Le marché et la démocratie ne me semblent pas être aussi fondamentaux que le progrès pour définir l'ordre auquel nous croyons aujourd'hui. Le libre échange s'oppose sans doute même à la démocratie à cause de ses effets inégalitaires puissants; il s'oppose aussi en partie au progrès dans la mesure où les classes défavorisées se demandent alors pour qui elles poussent à la roue du progrès, ce qui signifie que, dans ces conditions d'inégalités ou une part de la population voit sa condition s'améliorer au DETRIMENT de l'autre, leur adhésion au progrès est mise en cause. L'individu, bien que fortement associé au progrès, me semble être une impasse narcissique (onaniste?), je suis donc en désaccord avec l'humanisme narcissique défendu par Luc Ferry dans "L'homme Dieu". Selon moi, si on veut poursuivre l'expérience française imprégnée d'une combinaison de liberté et d'égalité, je crois qu'il faut rechercher un équilibre entre le je et le nous, sans sacrifier aucun des deux, développer les deux en synergie, rechercher l'équilibre du Jenous en accord avec l'homo democraticus, cela peut s'appeler l'équité ("être soi et être avec les autres" selon la formule de Jacques Généreux). Dans cette optique, une mesure alternative au PIB qui prenne en compte les aspects écologiques et l'équité sociale me semble souhaitable.
    2. Le pôle de la force au service du pôle de l'ordre. Traditionnellement, il s'agit de l'armée et de la police, aujourd'hui fortement concurrencées par l'argent. Il n'est pas choquant que les prètres bénissent les canons dans cette vision globale de l'organisation des sociétés. L'activité économique, traditionnellement dans le pôle de la fécondité, joue aussi un rôle expansioniste de l'ordre moderniste que certains disent néocolonialiste (ce qu'il fait qu'ils passent à côté de l'essence et de la capacité de séduction du progrès, en particulier auprès des jeunes). On parle de capitaines d'industrie, de guerre économique etc... La puissance que confère l'argent trouble les fonctionnalités dans la mesure où elle apporte une forte autonomie sans toutefois se déclarer à visage découvert en tant que pôle de l'ordre, mais sans croissance, sans croyance dans le progrès, pas de profit et pas de puissance financière. La richesse, qui a sa place dans la troisième fonctionnalité, tente de gravir les échelons et d'atteindre le pôle suprême de l'ordre. Y a t'il erreur d'aiguillage? Une force "faible" concourt au maintien de l'ordre, il s'agit de l'autocontrôle social, le contrôle que chaque individu opère plus ou moins à son insu sur son entourage, ce qu'il considère comme normal, l'habitus en action.
    3. Le pôle de la fécondité, des nourritures et des biens. C'est toute la base de la production des richesses, qu'elles soient économiques, sociales, éducatives, reproductives. C'est ce domaine qui est essentiellement visé par les réflexions de ce blog, avec une proposition d'organisation en trois sous-structures principales: un domaine affectif, un domaine productif et un domaine social. Ces trois sous-structures existent déjà, mais elles ne me semblent pas assez clairement définies et développées pour prendre en compte l'évolution individualiste où le chemin de la liberté nous a conduit, les formidables gains de productivité qui devraient réduire le temps productif et alimenter le temps social, prendre en compte l'accès massif au domaine productif des femmes et le vieillissement de la population.

    La politique qui cherche son autonomie en défendant la séparation de Dieu et de César est aussi aliénée que le reste de la population au mythe du progrès. On peut voir cette tentative d'autonomisation comme une barrière mise entre l'ordre religieux ancien et l'ordre moderniste nouveau. La justice qui se situe entre le pôle de l'ordre et les forces de l'ordre joue le rôle de l'assurance qualité plus que comme un élément de structure propre (biblio sur la position et les analyses de Dumézil à consolider sur ce point), alors qu'il est un des éléments centraux pour différencier l'état de droit de l'empire, ainsi que le travail de Blandine Kriegel nous le révèle brillamment.

     

     

    La partie qui suit est en chantier. Merci de vos réactions.

    Le pôle du sens qui transcende la société et que j'ai identifié au progrès ne se confond plus avec un besoin spirituel ou mystique qui habite chacun de nous avec plus ou moins d'intensité. Si la religion a occupé un rôle de pôle de l'ordre complet, total, incarnant à la fois la finalité sociale et nourissant les préoccupations spirituelles, le progrès ne lui arrive pas à la cheville car il ne remplit que le rôle de plus petit dénominateur commun social orientant nos activité. Les croyants en progrès sont rarement aussi illuminés que des croyants religieux peuvent l'être (à de rares exceptions près). C'est que le progrès s'appuie sur la raison qui tempère sa puissance idéologique et il ne peut prétendre dépasser une certaine intensité de foi, il ne peut répondre au mystère de la mort et de la vie. La principale puissance du progrès réside dans un fort pouvoir de séduction et dans une idéologie de la liberté. Il ne remplit pourtant pas le besoin mystique fondamental qui nous anime, le besoin de se sentir autre chose qu'une simple mécanique, qu'un simple objet. Le sentiment océanique, auquel Freud n'entendait rien, qui nous relie (relier=religion), est relié à chacune de nos âme (je suis agnostique mais je ressens parfaitement ce sentiment océanique qui unit l'humanité et le monde dans lequel nous baignons, ce sentiment océanique nous prédispose à accueillir la nouvelle idéologie dominante qui sera fortement teintée d'écologie). La chronique de Catherine Clément intitulée "Qui sont nos propriétaires" et que je vous livre en entier ci-dessous parle de Dieu (des dieux) et illustre  de façon originale l'universalité de la préoccupation mystique qui nous anime.

     

    Qui sont nos propriétaires ? par Catherine Clément 29/10/2008 sur les matins de FC

    L'autre jour, j'écoutais Tobie Nathan parler en public des mondes nouveaux construits par les Africains en exil. Ethno-psychologue, Tobie Nathan a fondé à l'Université de Saint-Denis une consultation pour soigner en région parisienne les migrants qui n'ont plus de repères. En assistant à cette consultation, j'ai compris que le trouble a toujours la même cause: un rite négligé, quelquefois oublié, quelquefois méprisé, un rite appris dès l'enfance dans le pays d'où l'on était venu. Mon ami Tobie a une façon très particulière de parler des souffrances engendrées par le rite oublié : il dit que les propriétaires rappellent leur existence et viennent toucher le loyer.

    Propriétaires de quoi ? De vous, de moi et d'eux, les migrants. Qui sont-ils ? Les propriétaires sont les dieux des humains - prudemment, Tobie ne parle pas des dieux, il dit "les Etres". Les Etres ! Entendez-les avec une majuscule; c'est ainsi qu'on comprend que ce sont bel et bien des dieux. Pour une athée comme moi, c'est étrange, mais il est vrai qu'on est rarement athée à la naissance : l'athéisme est plutôt une position construite dans l'âge adulte. Prenons un exemple. Une jeune marocaine, très diplômée, indifférente à la religion, très bien insérée, pourvue d'un travail, vêtue d'un tailleur et bien sûr, cheveux libres, est la proie de malaises inexpliqués. Examens négatifs, même les plus sophistiqués. Elle retourne au Maroc. Puis un soir, elle tombe et s'affaisse, en transe. C'est là que tout se joue. Si l'on dit "en crise " et qu'on pense hystérie, on se trompe de monde. L'hystérie est un vieux symptôme européen, plutôt "vintage", d'ailleurs; un très très vieux symptôme. Mais si on dit "en transe", on a une solution. La transe signale qu'un djinn s'est emparé du corps. La mère de la jeune femme a fait le nécessaire et elle a consulté une thérapeute traditionnelle pour accomplir le rite négligé. Rapidement résumé : des versets du Coran écrits sur du papier, plongés dans l'eau : les écritures sacrées une fois bien dissoutes, la patiente avale l'eau. Elle ingère le sacré. Elle se réintègre, elle guérit. Le djinn est satisfait : car le propriétaire, c'est lui. Il n'en demande pas plus. La jeune femme ne change pas de mode de vie. Simplement, elle s'est reliée au territoire dans lequel elle a été élevée.

    Jusque là, tout va bien. Chacun peut retrouver son rite. Mais Tobie Nathan a pris un autre exemple, terrible. C'est un jeune congolais de 17 ans, ancien enfant-soldat. A 7 ans, il a été razzié par des milices armées pour ce genre de guerre civile qui dévaste l'Afrique d'aujourd'hui. Pour lui faire perdre la mémoire de sa petite enfance, tout est bon, y compris l'obliger à tuer ses parents. Table rase et terreur. On lui donne une petite mitraillette, l'enfant devient soldat, il tue énormément. Un jour, cela s'arrête et le voilà en France. Que faire avec lui ? Il n'a pas de mémoire, pas d'éducation, il sait tuer, il est en proie à des crises violentes et les services sociaux ne savent pas comment faire. Une thérapie par la parole ? Ca ne marche pas. Aucune thérapie ne marche; cela se comprend. Un jour, il trouve une solution. Où ? Dans une église évangélique. Les crises dont il est la proie deviennent des transes avec illuminations; il s'apaise. Il a trouvé un nouveau propriétaire, qui n'est plus tout à fait le Jésus du catholicisme, ni du protestantisme, mais un Christ nouveau, un nouvel Etre. Désormais, l'ancien enfant soldat lui paiera son loyer en suivant le culte de l'église évangélique, dont on sait qu'elle progresse à une vitesse éclair un peu partout dans le monde, en Amérique latine et maintenant, en France, dans les banlieues.

    Il y aurait donc maintenant de nouveaux Etres apparaissant à la faveur des guerres qui, elles aussi, prennent de nouvelles formes, car les enfants-soldats sont d'invention récente. Est-ce ainsi qu'il faut comprendre la progression fulgurante des églises évangéliques ? Je crois que oui. En leur donnant un propriétaire, ces églises sont apparemment capables d'intégrer des humains complètement égarés, des enfants meurtriers qu'on a volontairement privés de parents, d'enfance, de passé et d'appartenance. Choquant ? Moins que de laisser ces humains dans l'état criminel où on les a plongés.

     

     

  • Le contrat de travail mixte productif/social comme fondement d'un état providence participatif ou de mutualisation du travail social.

    Publié aussi chez Jorion, sous le même titre, suivi de nombreux commentaires.

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  • PIB et PIBED

    durable.pngL'économie durable est la conjonction de trois aspects de l'activité, un aspect économique, un aspect écologique et un aspect social. 

    Le PIB est souvent critiqué parcequ'il agrège des activités qui ne nous enrichissent pas, comme les déraillements de trains. Il serait sans doute plus efficace de mesurer la richesse d'un pays et son évolution sur la base de données comparables au capital propre et au résultat d'exploitation employées pour les entreprises. Toutefois, il est possible de contourner les inconvénients du PIB en le pondérant par des critères écologiques et sociétaux.  Sur ce site, et dans ce document de Jean Gadrey 2006, des présentations très pédagogiques de la question du PIB, des nouveaux indicateurs et des enjeux de la mesure des richesses. Ci-dessous, une tentative de mesure généraliste de la richesse que j'ai appelée le PIBED (PIB équitable et durable) qui serait le PIB divisé par un coefficient d'empreinte sans dimension Ce (Empreinte par habitant divisée par la biocapacité pour 8.5 milliards d'habitants, soit environ 1.33ha/personne) et divisé par un coefficient d'inégalité Ci aussi sans dimension (GINI de revenus disponibles/GINI optimum soit environ 0.22). Il est probable que l'indice GINI d'équité sociale optimum soit réalisé par les pays nordiques, il se situe vers 0.22 (l'indice GINI est compris entre 0 et 1. La valeur 1 correspond au cas ou toutes les richesses d'un pays sont concentrées dans les mains d'une personne; 0 correspond au cas d'une égalité parfaite).  

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       On obtiendrait un PIBED=PIB dans le cas d'un indice d'empreinte écologique de 1, c'est à dire sans dépassement de la biocapacité de la terre, couplé à des revenus disponibles pas plus dispersés que ceux des pays nordiques. Un PIBED supérieur au PIB indique qu'il reste des marges de biocapacité (ou théoriquement que l'indice d'inégalité GINI des revenus disponibles est inférieur à 0.22, ce qui n'existe nulle part). Un PIBED inférieur au PIB indique qu'on surexploite les ressources (et/ou dans une moindre mesure que l'indice d'inégalité est élevé), donc en général qu'on contracte une dette écologique (c'est le cas, et très largement, de tous les pays dits développés ou en développement).

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     La mesure n'est pas tout, mais un indicateur de mesure comme le PIBED pourrait valoriser les efforts écologiques et sociétaux et redonner sens à la notion de progrès. Jean GADREY expose avec sa compétence dans le domaine les intérêts que peuvent avoir le PIBED. Il ne faut toutefois pas perdre de vue que la tendance actuelle du monde développé est sous-traiter sa pollution aux pays émergents et qu'un indice comme le PIBED pourrait même favoriser cette tendance. La façon de comptabiliser les échanges dans le PIBED est donc très importante.

    Le gros avantage que je vois à utiliser un PIBED plutôt qu'un indice, c'est qu'il est facilement et directement compréhensible par les acteurs économiques. D'autre part, il ne dicte pas comment faire, à chaque population d'imaginer la façon de s'y prendre pour être à la fois compatible avec les ressources disponibles et que les richesses créées soient réparties assez équitablement pour que les personnes adhèrent à ce projet social. Globalement, le développement n'a pas, jusqu'ici, été contraint sur le plan énergétique et sur le plan matériaux, ce qui fait qu'on a actuellement une très forte corrélation PIB et empreinte écologique. Toute la question est de savoir si nous sommes capables d'une révolution culturelle et d'une révolution technologique qui nous permettraient de faire converger PIB et PIBED. Les évolutions du marché vont nous y aider. En effet, le prix de l'énergie, en particulier du pétrole (et très bientôt du nucléaire étant donné les faibles réserves en Uranium, donc inutile de rêver voir le nucléaire remplacer le pétrole; les énergies renouvelables de la mer nous donnent une seconde chance, saurons-nous la saisir?), ainsi que le prix des matières vont nous orienter vers plus de frugalité, ce qui ne signifie pas que nous allons retourner à l'âge de pierre. Le mode de vie des américains et le nôtre sont négociables.

    Des membres du FMI ont même publié (juin 2015) un rapport pointant l'effet négatif des inégalités sur le développement économique.

  • Coup de blues, glissade communautariste ou carcérale?

    En 15 ans, je n'ai pas réussi à convaincre grand monde de l'intérêt de construire un état providence participatif et j'ai aujourd'hui un gros coup de fatigue. Deux commentateurs ont critiqué ce projet, essentiellement  sur le plan de la mise en oeuvre (casse tête de l'agenda et coût exorbitant des contrôles qui lui sembleraient nécessaires-là-dessus on n'est pas du tout d'accord) et sur la difficulté à convaincre (Incognitototo qui fait par ailleurs des propositions institutionnelles visant à plus de démocratie et des propositions économiques ayant tiré les leçons des échecs du Keynésianisme qu'il juge plus urgentes, alors que je crois qu'il faut attaquer l'isolement et la société de consommation à la source); et Infreequentable qui essaie de m'aider à trouver un cadre juridique à ce projet-sans succès jusqu'ici malgré son immense talent). Vous êtes quelques centaines de visiteurs assidus, si vous souhaitez que ce travail continue, manifestez-vous, critiquez, proposez...jusqu'ici je ne peux pas me plaindre que beaucoup de parasites nous brouillent l'écoute.

    Depuis 1993 j'ai engagé une réflexion sur le "malaise dans notre société". Cette réflexion a été amorcée sur un constat frappant: le processus d'isolement des personnes.

    L'état providence actuel ponctionne 45% du PIB et malgré celà il est en train d'échouer à faire société, contesté par ceux qui donnent trouvant qu'ils donnent trop aussi bien que par ceux qui recoivent, trouvant qu'ils recoivent trop peu. Une défiance générale s'est installée chez nous.

    Basé sur une distinction entre activité productive et activité sociale pouvant inspirer un cadre légal, le projet de l'état providence participatif vise à impliquer, à engager chacun dans une action sociale d'une façon qui soit assez gratifiante pour nous convaincre de nous y engager et pérénniser cette participation. Quand on passe de l'autre côté du guichet nous passons de client à acteur et notre opinion sur la boutique s'en trouve transformée. Notre indifférence actuelle pour l'état providence pourrait ainsi se muer en militantisme. D'un point de vue économique, une partie des prélèvements pourrait ainsi être remplacée par une participation directe à l'état providence. D'un point de vue exode des mentalités, nous pourrions déplacer un peu le curseur pour plus d'humanité et un peu moins de préoccupations de rentabilité.

    Sans une démarche volontariste, l'évolution naturelle de notre société sera communautariste (pudiquement dite multiculturaliste), parce que c'est la façon la plus économique et aussi celle qui se forme spontanément de s'occuper des plus démunis, des moins autonomes si l'état n'y parvient pas ou ne parvient pas à organiser une dynamique sociale, ou bien elle sera carcérale comme aux USA (ou les deux). Ce sera donc la fin d'un cycle qui a commencé vers notre révolution, donnant naissance à notre programme de combinaison de liberté et d'égalité et qui fait de la France un lieu politique et social si particulier, celui de la naissance des droits de l'homme quel qu'il soit et pas seulement de certains hommes comme ce fut le cas de la démocratie Athénienne. Cette parenthèse libertaire, égalitaire et universaliste aura vu le rêve de liberté militant pour l'avènement de l'individu se transformer en isolement et puis enfin en égoisme qui est un isolement militant, c'est à dire de la perte en route de l'exigence égalitaire. Les marchands n'ont pas seulement stimulé notre économie, ils ont aussi, après bien d'autres, conquis le domaine public, le dénaturant du même coup. N'aurons nous comme réponse à tous les récalcitrants au modèle idividualiste hégémonique que leur répession et leur enfermement dans des prisons et des hopitaux psychiatriques ? (noter que plus de 1/100 de la population américaine est sous les verrous contre 1/1000 en évolution croissante en France). Ou bien nous laisserons-nous glisser vers un nouveau communautarisme comme le multiculturalisme naissant nous y invite? Probablement les deux!

  • Le poids de l'institution et de la culture.

    On me demande parfois pourquoi je ne mets pas en application la pluriactivité que je préconise ici sous la forme d'un état providence participatif. La réponse est assez simple: que je le fasse ou non ne changera rien au monde qui nous entoure (Sur le peu de temps libre que j'ai, je le fais ou l'ai fait pour du soutien scolaire, du voiturage de sportifs en herbe, de la garderie d'handicapé...). Imaginons que je réussisse à monter un projet comme Jean-Baptiste Godin avait su le faire en son temps avec son familistère. Ce sera une belle aventure et elle finira comme le familistère de Godin, aux oubliettes ou bien en musée, ce qui revient à peu près au même. Sans un soutien institutionnel, sans une norme culturelle, tout projet social est voué à l'oubli, aussi bien construit soit-il.

    J'aime à citer l'expérience d'Azouz Begag rapportée dans son excellent livre "Le gone du Chaâba". Le Chaâba est une sorte de petite communauté du Nord Afrique avec un chef respecté. En France elle est hors de son milieu "naturel", c'est à dire quelle n'est pas soutenue institutionnellement ni culturellement. Ce que raconte Azouz dans ce livre, c'est la vie dans la banlieue lyonnaise et l'inexorable disparition d'un petit Chaâba dont son père était le chef. Il a suffit qu'une femme mette en question l'autorité du chef pour que le Chaâba se dissolve rapidement dans l'environnement individualiste. Pourtant, la structure du Chaâba est une structure éprouvée, très ancienne, et les participants au Chaâba d'Azouz Bégag n'étaient pas des amateurs, ils portaient la culture du Chaâba. cqfd.

    Voilà pourquoi ma démarche est politique, c'est à dire qu'elle vise à s'inscrire dans la loi et dans les institutions afin de ne pas être la xième tentative marginale vouée à l'oubli de recréer des solidarités dans notre société qui se découd . Je pense en particulier aux SEL (Système d'échange local). Leur place institutionnelle entre l'entraide et le travail au noir est si mince que leur succès serait assurément leur perte. Je pense au projet SOL qui a si peu défini son champ d'action qu'il risque d'avoir le même sort.

    Avoir un appui institutionnel n'est pas suffisant, encore faut-il que chacun y trouve son compte. Par exemple, les Scop ont bien un cadre légal. Pourquoi ne se développent-elles pas plus? Il s'agit d'entreprises productives qui ont tenté d'intégrer des normes sociales et solidaires et pratiquant l'égalité entre les membres. Dans les Scop, celui qui se défonce finit par trouver qu'il n'est pas assez reconnu par rapport à celui qui bosse moins et qu'il finit par ressentir comme un parasite et qui pourtant gagne autant que lui. A la fin, personne ne fait plus rien par crainte d'en faire plus que le collègue, le moins-faisant emporte le morceau. Une structure doit pouvoir apporter une reconnaissance équitable pour perdurer, ou/et avoir un système de direction assez fort et légitime capable de faire appliquer les règlements et règler les conflits de façon acceptable. Il doit pour celà être appuyé par les institutions et correspondre à une norme sociale ou culturelle .

    Le projet que je propose ne présuppose pas de structure particulière , il pose un principe de pluriactivité et un principe de marché social encadré et soutenu par la loi et sur lequel les structures les mieux adaptées pourront se développer. Pas de doute que la maîtrise de l'agenda devrait y jouer fortement!

  • La maîtrise de l'agenda, prix de la liberté.

    Dans une société intégrée, communautaire, les agendas sont rares et peu individualisés, chacun sait ce qu'il a à faire et ce n'est pas bien différent chaque jour.

    Notre société issue de la liberté et du progrès a développé l'art de l'agenda à un niveau inégalé. Chacun doit avoir son agenda sans lequel il n'est pas possible d'être intégré. Il y a aussi des agendas organisant les groupes, les plannings. Parmi les plannings les plus élaborés figurent ceux des écoles. C'est tellement compliqué que l'ordinateur n'y suffit pas et qu'il faut l'aider un peu à la main.

    L'agenda est la contrepartie de la liberté et de la division du travail. Au passage, on a un peu oublié de plannifier les tâches sociales qui sont pourtant assez répétitives. C'est que ce n'est en général pas très rentable selon les critères productivistes actuels  (sauf pour certaines activités comme les crèches, n'est-ce pas i2?).

    En conclusion, si on veut s'occuper des tâches sociales comme je le propose ici, selon des critères différents de l'activité dominante en cours, ce sera en contrepartie d'un effort d'agenda supplémentaire. Il est possible que cet effort soit trop lourd et que le prix à payer soit trop élevé mais le jeu en vaut la chandelle, car il s'agit de tenter de recoudre du lien social sans renoncer à notre liberté. Sans cet effort, il se peut que la tentation communautaire rampante (le multiculturalisme) prenne assez de force pour une transformation sociale qui sera une régression.

  • Groupe de discussion Etat Providence Participatif

    L'Etat Providence Participatif ouvre une boucle de discussion. Venez nous aider à le construire.

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    Etat Providence Participatif
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    L'état providence redistributif éprouve des difficultés économiques, pratiques et symboliques à assurer la réalisation de notre pacte social égalitariste. C'est que le transfert de richesses assuré au moyen de l'impôt se révèle insuffisant ou inadapté. La richesse réside en premier dans les connaissances et dans les relations. Le projet de l'état providence participatif est de mobiliser le stock de temps considérable dont notre société dispose afin de prendre soin des plus dépendants (service à la personne), de développer le soutien et l'encadrement à la lutte contre l'addiction, de soutenir la formation, en particulier des plus jeunes et, d'une façon générale, procurer une vraie reconnaissance au travail associatif bénévole. Il fonde le projet d'établir la pratique de deux métiers comme norme, un métier productif (privé ou public) soutenu par une économie de marché capitaliste et un métier social (privé ou public) soutenu par une économie de marché fluide ou distributif disposant d'une monnaie fondante. Il s'agit d'un projet d'essence socio-démocrate donnant toute sa place à l'acteur, aussi bien sur le plan économique que sur le plan social.

    Le but de ce groupe de discussion est de confronter et d'enrichir ce projet, en particulier sur le plan économique, sur le plan juridique et par une confrontation avec des situations très concrètes. 

     

    "La société industrielle liait un mode de production et un mode de protection. Elle scellait ainsi l'unité de la question économique et de la question sociale. La société post-industrielle, elle, consacre leur séparation et marque l'aube d'une ère nouvelle." Daniel COHEN, économiste.

  • Des indices de développement en croissance mais pas le culte PIBien de l'obésité.

    Le PIB (et ses petits) rythme l'activité et la confiance. Que cet indice chute et la confiance baisse et le moral se met en berne. Qu'il augmente et tout va mieux. Le problème bien connu de cet indice c'est qu'il intègre tout, y compris les déraillements de trains. Tout le monde sait que cet indice est en train de nous rendre complètement schyzophrènes, solidaires et écologistes 5 mn et PIBistes le reste du temps.

     

    Les adeptes de la décroissance oublient un élément majeur, c'est que la décroissance est désespérante et qu'elle n'est psychologiquement pas supportable pour les occidentaux. Que faire? Ce que Sarkozy vient de proposer à deux prix Nobel d'économie, Amartya SEN et Joseph STIGLITZ, c'est à dire de créer un nouvel indice (ou imposer un ou plusieurs de ceux déjà créés  IDH, IPH, IPF, ISS, cf collectif FAIR, voir la commission des deux Nobel ). Voir article de Jean Gadrey et Forence Jany-Catrice par exemple . En fait, le terme de décroissance est malheureux, parce que les adeptes de la décroissance visent bien, pour la plupart, à poursuivre le développement. C'est à dire qu'ils ne sont pas en rupture avec l'idée de progrès, mais plutôt avec la conception quantitative de croissance que le PIB lui confère aujourd'hui. Il conviendrait donc de bien différencier les thèses de décroissance qui proposent une rupture avec le mythe du progrès  de celles qui proposent un développement vraiment durable et qui ne sont pas en rupture avec le progrès. Encore que ce développement durable n'est bien souvent qu'un cache sexe pour faire survivre la croissance (lire Serge Latouche qui n'est pas en rupure avec l'idée  progrès mais qui est un fin analyste des divers travestissements du développement quantitatif).

     

    Pour fonctionner, ce nouvel indice (sans doute faudrait-il plutôt s'appuyer sur un ensemble d'indices, parce que la société est complexe et qu'on n'imagine pas estimer son état de santé par exemple sur le seul critère de la température) devra respecter les principes d'une économie durable et en même temps pouvoir croître pour fonder la confiance sans laquelle il n'est pas d'économie...durable. D'autre part, l'actualité nous démontre qu'il existe une tendance des gouvernements à manipuler les indices (chômage, coût de la vie). J'ajouterais que la société civile ne peut se mobiliser que pour des indicateurs assez transparents et assez significatifs (calculez votre empreinte écologique). Le fait que le PIB ne colle plus avec le progrès explique en partie la désaffection populaire pour cet indice. L'indice d'évolution du coût de la vie est en train d'être déconsidéré parce qu'il ne colle plus avec la vie quotidienne (en grande partie à cause des loyers et maintenant des produits alimentaires, de l'énergie...) alors que celui du chômage l'est depuis longtemps, d'autant plus que l'ANPE s'oriente vers une politique de radiation de plus en plus marquée.

     

    Si ces deux Nobel arrivent à créer cet indice (ces indices) et qu'il s'impose, ce sera une des révolutions économiques les plus importantes depuis l'avènement de l'économie. En effet, notre société repose sur le mythe du progrès et la flèche principale qui mesure ce progrès est le PIB. La croissance (du progrès) est l'augmentation du PIB. Nous confondons croissance et obésité. Il ne s'agit pas de remettre en cause le mythe du progrès (comme le croit Claude Allègre, suivi par Jacques Attali, quand ils fustigent le principe de précaution), mais de lui redonner un contenu sensé en accord avec des objectifs sociaux et environnementaux solidaires et responsables. On pourrait promouvoir un indice du type PIB/(empreinte écologiquexindice d'inégalité). Est-ce impossible? Le développement "réel" (par similitude avec l'expression de communisme ou socialisme "réel") ne peut-il avoir d'autre forme que la forme destructrice que nous lui connaissons?

    Un échange sur le même thème sur le blog de Paul JORION

     Jorion18 03 2008.pdf

  • La société de défiance

    Le groupe CEPREMAP (centre pour la recherche économique et ses applications) a publié courant 2007 un ouvrage intitulé "La société de la Défiance; comment le modèle français s'autodétruit" sous la direction de Daniel COHEN. Cet ouvrage de moins de 100 pages très documenté peut apporter beaucoup d'éléments de réponses à tous ceux qui penchent fortement vers le "tous pourris", sans bien comprendre d'où cela vient. Un lien entre les traits fortements corporatistes de notre état providence, le fort étatisme (l'état fourre son nez partout) et la défiance généralisée des français y est clairement établi. A lire par tous les révoltés, même si ça fait un peu mal!

     

     

  • Le trou démocratique et le débat sur les départements

    Supprimer les départements est une réponse au lieu commun qui dit que la France comporte trop de niveaux administratifs. Entre l'état et la commune, il y a la région, les départements et les cantons, ce qui fait 5 étages. Si on fait une analyse complète de la société, il faudrait ajouter l'individu ou plutôt le citoyen (ou la famille ou groupe de vie qui est le lieu ou les échanges quotidiens ont lieu et qui peut à ce titre être considéré comme l'échelon politique de base). D'un point de vue quantitatif, on a 26 régions pour un état, 4 départements par région, 44 cantons par département et 8 communes par canton. Soit quelques unités à quelques dizaines d'unités d'un niveau à l'autre.

     

    Mais il y a environ 1700 individus en moyenne pour une commune (soit environ 500 familles si on se réfère à ce critère). Cette fois la proportion n'est plus de quelques dizaines mais de quelques centaines. Il y a donc ici une rupture, un trou démocratique, entre d'une part les élites et les professionnels de la politiques qui sont capables de décoder les enjeux des choix politiques à faire et d'autre part les individus dans leur ensemble manipulables parce qu'isolés. Il y a un trou entre ceux qui ont prise sur l'actu, qui en font partie et ceux qui la subissent. L'explosion des NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication) permet à des groupes de réflexion, des forums en tous genres de combler en partie ce vide. La démocratie participative se forme cahin caha en dehors des cadres institutionnels, sans accéder à une maturité suffisante pour devenir délibérative. Cette question du trou démocratique me semble mériter une attention beaucoup plus grande que l'actuel débat sur les départements lancé par le "plan" Attali. En effet, comment expliquer le hiatus qui s'est formé entre les classes dominantes, politiques, économiques et médiatiques appelant très majoritairement à voter pour le oui au projet de constitution européenne en 2005 et le succès sans réserve du non?

    Entité Nombre d’entités Nombre moyen de personnes par entité
    Etat 1 63000000
    Région 26 2423077
    Département 100 630000
    Canton (4500) 14000
    Commune 36000 1750
    Citoyen 63000000 1