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Ecologie

  • La question de la qualité, du convivialisme et de la politique moléculaire, la société des participants.

    Il me semble qu’on peut représenter la société comme une source d’énergie à laquelle nous avons besoin d’être connecté, en interaction, et pas seulement comme consommateur, mais comme acteur, ainsi que le rappelle Alain  TOURAINE dans son livre « Qu’est ce que la démocratie » où il définit les conditions d'existence de l'individu p.33: « Le sujet, dont la démocratie est la condition politique d'existence, est à la fois liberté et tradition. Dans les sociétés dépendantes, il risque d'être écrasé par la tradition: dans les sociétés modernisées, d'être dissout dans une liberté réduite à celle du consommateur sur le marché.»

    Une société accueillante offre une place, une connexion, à chacun en fonction de ses capacités et affinités. Il ne s'agit pas d'une connexion statique, mais plutôt d'un lien vivant, lien qui déterminera en partie l'évolution des capacités et des affinités. Notre société est une société de l’exclusion, autant sur le plan quantitatif des places qu’elle propose que sur le plan qualitatif. Réussir à y trouver une place est déjà difficile et n'est pas donné à tous, ainsi qu'en témoigne le taux de chômage et d'isolement des personnes. Les personnes ayant une place de choix (de leur choix) constituent l’exception, à l’opposé de ce que nous devrions nous donner comme règle. La question des retraites se pose avec acuité, pour la grande majorité, du fait de la qualité des places dites actives. Il existe des professeurs émérites, mais pas d’ouvrier émérite.
    La révolution qualitative concerne aussi bien les organisations que le périmètre de leur action, comment leur action s'inscrit dans l'activité globale de la société. Elle se cherche depuis assez longtemps, comme l’illustre ce paragraphe de Jorion dans son billet du 5 février 2013:
    L’économie sociale et solidaire est née durant la première moitié du XIXe siècle, elle est l’enfant de la Révolution de 1789, ou plutôt, elle est l’enfant de la réflexion furieuse qui naquit à partir d’elle, sur ce qui était perçu par les uns avoir été son échec (pour Charles Fourier par exemple) et par d’autres comme une réussite partielle qu’il convenait maintenant de prolonger et de concrétiser (ainsi, pour Louis Blanc). Réflexion qui ne se limita pas, faut-il le dire, à la France seule : l’expression la plus aboutie du mouvement coopératif ne fut-elle pas celle de Robert Owen en Angleterre dans un premier temps, aux États-Unis ensuite ?
    Les années 1820 à 1840 constituèrent l’Âge d’Or de l’économie sociale et solidaire : naissance et floraison des coopératives de production, de distribution ou de consommation, phalanstères, « colonies », « communes », monnaies alternatives, systèmes d’échange sans monnaie, se répandirent comme une traînée de poudre à la surface du globe ; rien ne semblait pouvoir faire obstacle au mouvement. La révolution de 1848 apparut dès ses premiers jours comme le moment venu de l’institutionnalisation de cette déferlante : la « commission du Luxembourg », créée le 28 février, en était chargée. Elle est présidée par Louis Blanc, auteur en 1839 du livre-manifeste qui faisait désormais autorité : L’organisation du travail.
    Dans les années 60 à 80, le PSU de Michel Rocard a retravaillé ce thème d’une économie qualitative qui lui tenait à coeur à l’époque. Un peu avant l’élection de Mitterand, la mouvance autogestionnaire avait le vent en poupe. Le Journaliste Domergue s’est penché sur ce flop:
    *Manuel Domergue aux 4ème débats interactifs de l’Adels le 4/12/2004: “…il semble que le socialisme autogestionnaire des années 70 soit resté essentiellement à l’état de discours, sans recouvrir une réalité sociologique significative. Cette mode intellectuelle serait donc restée éphémère car elle n’était pas partagée par la base, et n’a pas réussi à innerver la société en profondeur. Même les célèbres « Lip », les fabricants de montres de Besançon qui ont fait tourner leur usine illégalement pendant une grève, derrière leur slogan « On fabrique, on vend, on se paie », ne réclamaient pas vraiment l’autogestion de leur entreprise. Lors de leur premier conflit, en 1973, pour contester un plan de restructuration, ils cherchaient un repreneur, et ont rejeté les propositions de reprise en coopérative. Bref, à l’époque, on a fabriqué de l’utopie, elle s’est bien vendue, mais on s’est payé de mots.”

    Françoise Dolto analyse l’échec des communautés post-68, aussi tournées vers la qualité, c’est pp164-168 de son livre “solitude” et je cite ce passage p74 de l'historique de l'Etat Providence Participatif. Après la phase d'installation qui semblait prometteuse, Dolto rapporte que "les perturbations sont apparues après parce que ces communautés se dissociaient pour des raisons œdipiennes rémanentes des adultes, des intrigues, des jalousies, des envies de rivalité fraternelle ou sororale. Celui qui, lorsque c'était son tour, dirigeait le mieux la maison devenait comme le père. Celle qui faisait la tambouille la meilleure et la plus économique devenait la mère de la communauté. Puis, finalement, tout se rejouait par rapport à ces rôles, même temporaires -racontars, potins- comme dans les familles pathogènes."
    Les écolieux qui se sont développés dans les années 2000 connaissent la même désillusion. Jean de la Houle, parti prenante de ce mouvement, tente d’analyser les raisons de cet échec:
    L’échec des communautés et des écolieux tient dans les points suivants:
    Principalement à cause de “l’esprit d’indépendance” des Français, de l’importance de leur ego, de leur refus d’accepter que pour que des personnes se rencontrent et bâtissent ensemble, il est nécessaire que chacun “incurve sa trajectoire individuelle” pour arriver à une trajectoire commune sans laquelle aucun cheminement commun n’est possible, sans laquelle aucun écolieu n’est vivable et pérenne. Mais c’est impossible puisque chacun estime que sa trajectoire est la seule bonne, et que c’est çà l’autre de changer :
    La position “propriétaire” (donc décisionnaire) de celui qui est à l’origine du financement principal, crée de fait une autocratie non-dite qui empoisonne vite les relations et détruit ou rend impossible tout esprit de participation/construction.
    Pour les écolieux, les propositions mises en commun et partagées sont insuffisantes en comparaison avec les complications juridico-administratives et les inconvénients afférents, et la “mayonnaise ne tient pas”
    Pour les communautés, la croyance que le choix “politique” est en soi suffisant et dynamisant pour unir les participants. Ce n’est pas parce qu’on choisit “politiquement” la liberté affective et sexuelle qu’on résout de fait les problèmes de jalousie et de possessivité.
    La croyance que partager un beau paysage, l’idéal écologique et une tondeuse à gazon, sont des raisons suffisantes pour que les gens se sentent unis et motivés. C’est trop peu, la “mayonnaise” ne prendra pas."

    De mon côté, j’ai tenté d’analyser les raisons de cet échec et je propose de prêter plus d’attention à la façon dont nous combinons nos libertés dans un groupe et à la façon dont nous sélectionnons nos leaders. Deux questions me servent de jauge : “qui décide quoi et comment?” et "Quel est le statut de l'information, comment sont traitées les objections et les objecteurs?".
    Il me semble que les possibilités de réforme se situent au niveau de la façon dont nous organisons les groupes. C’est en quelque sorte une proposition de “politique moléculaire”. Les règles d’organisation de la sociocratie, qui sont en parfaite adéquation avec le nouveau mouvement convivialiste, me semblent apporter un élément opérationnel aux bonnes dispositions de ce convivialisme. Je regarde avec insistance du côté du modèle de politique révolutionnaire moléculaire de Jean Zin avec sa proposition de coopérative municipale+revenu garanti (et non revenu d’existence qui laisse en plan le volet institutionnel)+monnaie locale. Je regarde aussi avec insistance la réalisation de la Maison des sources de Besançon qui réussit l’exploit de fournir un cadre de co-création de places de qualité aux personnes les plus exclues de l’économie standard. Les membres de la Maison des sources sont nommés "participants" et c'est bien ce qui se passe.  Peut-on coupler les théories de Jean Zin avec cette magnifique réalisation? Si c’est possible, la question des retraites ne se poserait pas du tout de la même façon, elle deviendrait un élément comme un autre de notre connexion à la société tout au long de notre vie, notre qualité de participant pouvant finement s'accorder et s'actualiser, dans la mesure du possible. Les Babayagas me semblent sur la bonne voie pour assurer leur connexion à la société pendant la retraite. Est-ce que la fécondation de la Maison des sources par la coopérative municipale peut passer le scratch test du massacre nécessaire des utopies?

    La révolution numérique en marche risque de tellement bouleverser notre lien à la société via l'emploi que notre qualité de participant va de plus en plus avoir besoin d'une "multiprise" évolutive pour que nous puissions rester connectés. Bernard Stiegler propose une vision de cette évolution et entrevoit la possibilité d'une économie de la contribution, mais sans préciser l'étayage institutionnel. Une politique moléculaire, c'est à dire une action volontaire de structuration locale de groupes adossés à une institution , me semble à la fois la plus réalisable et la plus souhaitable (le cadre municipal me semble le meilleur), pour parvenir à nous adapter, en tant qu'individus doués d'autonomie et de savoirs, de façon sociabilisée et hospitalière, aux conséquences de la révolution numérique.

    Michel Abhervé prône un renforcement dialectique entre IAE et ESS. c'est à dire entre la sphère économique et la sphère sociale.

    Hugues Sibille retrace un historique de l'ESS et déplore son manque de stratégie vis à vis des pays du sud.

  • Combiner les libertés pour écologiser le progrès

     

    Depuis la révolution ou à peu près, nous avons mis notre société en marche, nous avons créé la modernité en nous appuyant sur deux mythes fondateurs intimement soudés, le mythe de la liberté individuelle indispensable au mythe du progrès. Ces deux mythes ne se sont certainement pas imposés par hasard à cette époque et mon but n'est pas d'en faire une mise en perspective historique au moyen d'une analyse matérialiste au dessus de mes moyens. Mon but est de tenter de faire entrevoir que ces deux mythes fondateurs ont parfaitement joué leur rôle de modernisation mais qu'ils sont aujourd'hui en bout de course et qu'il conviendrait de les faire évoluer.

    Depuis qu'il a adhéré à ces deux mythes, depuis la fin du 18ème siècle, le monde dit occidental a connu un développement extraordinaire. Tellement extraordinaire que la démographie combinée avec son mode de vie porte atteinte aux équilibres écologiques et risque bien de se heurter sous peu à une pénurie de matières premières, surtout depuis qu'il a converti le reste du monde au progrès et à la liberté "privée" et non la liberté individuelle, la nuance n'est pas mince. Le concept de liberté individuelle a été transposé à toute entité relevant de la sphère privée*. Le libéralisme n'est pas autre chose que la mise en application de cette liberté privée. Toute action qui viserait à réguler les libertés privées, se verra disqualifiée pour cause d'atteinte au progrès. On peut par exemple l'illustrer par les réactions très négatives de Claude Allègre quand nous avons inséré le principe de précaution dans notre constitution.

    Un certain malaise se fait jour à propos de nos contrats sociaux. L'anarchie libérale réelle (terme aussi employé par Maurice Allais), lui-même pourtant très libéral) est très visible en ce moment avec la crise financière et économique, l'absence de système monétaire international, l'optimisation et la fraude fiscale à outrance, la puissance des lobbys (banquiers, semenciers, pharmaceutiques...), les affaires traduisant la collusion entre pouvoir politique et pouvoir de l'argent. Cette anarchie libérale détruit les contrats sociaux dont les fonctions régulatrices, celles qui évitent l'accumulation de pouvoir privé (en particulier avec le pouvoir que confère l'argent), celles qui contrecarrent le pouvoir du plus fort par un pouvoir public plus puissant, une légalité et une légitimité plus puissante traduite en institutions régulatrices et non arbitraires. On ne peut réguler un système si les perturbations deviennent plus puissantes que les capacités régulatrices, c'est ce que nous ressentons en ce moment. Huntington a cru déceler un choc de civilisation où je vois le développement d’une anarchie (l’anarchie libérale) suscitant des réactions qui deviennent de plus en plus aiguës, par des demandes souverainistes dont certaines sont progressistes et d'autres plutôt sur la défensive, régressives et autoritaires. Pas besoin de vous faire un dessin. Mais pour toutes, l'anarchie ambiante, c'est à dire la carence d'institutions régulatrices effectives, les légitime.

    La liberté individuelle ne coïncide pas, mais pas du tout, avec la liberté privée qui bafoue bien souvent la liberté individuelle. Chacune de nos actions interagit avec les actions des autres. Que nous soyons un individu ou un groupe. Le concept de liberté individuelle transposé indûment aux questions collectives est au fondement de la lutte des places et de l'exclusion, de notre société de l'exclusion. Et nous n'avons rien à attendre de la croissance sur le plan de la solidarité. Pour preuve, nous sommes plusieurs fois plus riches qu'il y a 50 ans et pourtant notre société comporte beaucoup plus d'exclus, d'inemployables, de relégués. Passer d'un concept de liberté individuelle détourné de son objet à un concept de combinaison de nos libertés pour ce qui relève de toute décision collective peut nous faire passer d'une société de l'exclusion à une société hospitalière. Manipulée de travers, radicalisée, cette proposition de combinaison de nos libertés peut devenir liberticide, totalitaire si elle s'attaque à la liberté individuelle sous couvert de bien commun. Mon but n'est pas de nier le niveau de décision individuel, mais de le remettre à sa place dans une architecture subsidiaire afin de nous redonner les moyens de reconstruire un contrat social efficace, c'est à dire capable d'empêcher les plus forts d'imposer leur loi contre les institutions régulatrices. Je ne crois pas que sans cette mutation nous pourrons envisager d'écologiser le progrès parce que nous ne saurons pas contrecarrer la puissance privée pour laquelle c'est la loi du plus fort qui s'impose et cette loi du plus fort nous conduit à aller jusqu'au bout de la "consommation" des ressources et des équilibres de la planète. L'alternative autoritaire qui sera à coup sûr liberticide aura le champ libre, ainsi que la tendance lourde des votes l'indique. Il y a assez peu de chances que les décroissantistes cool prennent le dessus.

    Comment mettre en place cette combinaison des libertés qui ne soit pas liberticide, comment trouver cet équilibre qu'une subsidiarité bien comprise pourrait nous apporter? Auguste Comte avait pressenti le caractère anarchique de la démocratie basée sur la liberté individuelle. Dès le milieu du 19ème il formule une proposition de sociocratie, c'est à dire un ordre basé sur l'art de combiner les libertés. Il défend une vision politique de la sociocratie dans son catéchisme positiviste : "Nous venons donc ouvertement délivrer l'Occident d'une démocratie anarchique et d'une aristocratie rétrograde, pour constituer, autant que possible, une vraie socio­cratie, qui fasse sagement concourir à la commune régénération toutes les forces hu­mai­nes, toujours appliquées chacune suivant sa nature. En effet, nous, sociocrates, ne sommes pas davantage démocrates qu'aristocrates. A nos yeux, la respectable masse de ces deux partis opposés représente empiriquement, d'une part la solidarité, de l'autre la continuité, entre lesquelles le positivisme établit profondément une subor­di­nation nécessaire, rem­plaçant enfin leur déplorable antagonisme". C'est plein d'emphase, tout à fait d'époque. Auguste Comte était plus fort pour la théorie que pour la pratique et il n'a jamais réussi à faire atterrir sa sociocratie. Il a fallu attendre les années 1970-1980 pour que le cybernéticien patron d'entreprise Gerard Endenburg mette en place une boîte à outil sociocratique efficace. La sociocratie d'Endenburg est souvent perçue comme une simple méthode de management, alors qu'il s'agit d'une proposition de renversement de paradigme fondamental, une proposition pour passer du concept de liberté individuelle dévoyé à un concept de combinaison des libertés lorsqu'il s'agit des décisions collectives. Cette proposition peut être testée au niveau de groupes très petits jusqu'à de très grandes structures, si bien que sa diffusion par le bas est envisageable sur une base d'efficacité et d'adhésion après l'avoir testée et non à priori (comme ce fût le cas des grandes idéologies précédentes, que ce soit l'idéologie libérale ou l'idéologie communiste).

    Parmi les avantages que présente la sociocratie sur d'autres modes de combinaison des libertés, elle possède plusieurs dispositifs cohérents de prise en compte des informations, notamment en protégeant les objecteurs et leurs objections mises au service de la fiabilité de l'information. Une organisation sociocratique ne pourra pas faire l'impasse sur les externalités négatives (ou dit autrement "les gains pour moi et les problèmes pour la collectivité") que notre organisation basée sur la liberté privée génère (on ne peut nier les externalités positives tant mises en avant par les libéraux depuis Smith, mais il me semble juste de ne pas négliger les externalités négatives comme la pollution, les dégâts sanitaires, la neutralisation de l'efficacité des antibiotiques, des pesticides et des désherbant du fait de leur emploi massif, l'érosion des sols...). De ce point de vue, elle sera plus apte à prendre en compte les réalités écologiques. Autre point, la sociocratie est apte à ne pas se laisser dominer par les arrivistes, en particulier par deux moyens: l'élection de ses chefs sans candidat et la place importante d'un membre chargé d'évaluer si ce qu'on dit et ce qu'on fait est cohérent (rôle qui consolide aussi la fiabilité des informations qui servent à guider et réguler les actions). La sociocratie est très hospitalière, elle ménage une place à chacun, pour deux raisons bien comprises: ne se priver d'aucune source d'information et de proposition, obtenir l'adhésion de tous les membres (en particulier du fait du mode de prise de décision par consentement). Cette organisation ne génère que le minimum de bureaucratie, c'est à dire de dissipation d'énergie contreproductive, en particulier quand elle adopte des principes de subsidiarité efficients.

    Et si l'idéologie fonctionnait comme l'évolution, avec des avancées proposées dans toutes les directions qui seront aussi sélectionnées par les faits? Les idéologies et les mythes peuvent à la fois être effets et causes, il se trouve qu'il n'existe pas de société qui en soient dépourvues. Des propositions de paradigmes nouveaux différents coexistent au même moment, certains régressifs et d'autres plus cohérents avec une évolution. Je crois que nous sommes à une époque où une mutation de paradigme est en cours, sous la pression des faits parce que les anciens construits dans un monde imaginaire de ressources illimitées sur lesquels nous vivons nous conduisent à une catastrophe, parce que les ressources sont limitées et que les régulations font défaut. Ce n'est pas se prendre pour Dieu que de tenter d'en formuler de nouveaux mieux aptes à prendre en compte la réalité des ressources limitées, mieux aptes à réguler la concentration des pouvoirs, c'est comme tester un nouveau gène qui irait dans le sens de l'évolution qui a mis au monde des êtres de plus en plus capables de prendre en compte les informations disponibles. Il se développera ou pas suivant les avantages qu'il apporte, mais il faut le tester.

    Je suis convaincu que rien ne changera, que nous userons jusqu'au bout notre société de l'exclusion et de la consommation si nous n'opérons pas une mutation de paradigme, si nous ne détrônons pas le mythe de la liberté individuelle (dévoyé) au service du mythe du progrès pour le remplacer par l'art de combiner les libertés, dès lors qu'il s'agit de prendre des décisions collectives, qui pourra être mis au service d'une écologisation du progrès et d'une société plus hospitalière, plus riche en places choisies.

     

    *La liberté privée porte en son sein un paradoxe important qui ne semble pas effleurer l'assurance idéologique des tenants du (néo)libéralisme qui concourent à maintenir cette confusion entre liberté individuelle et liberté privée. En effet, la plupart des entreprises sont organisées selon des règles hiérarchiques ne laissant pas beaucoup de place au travail choisi ou au moins consenti des employés, à la liberté donc. Par contre, les entrepreneurs (ou la direction cornaquée ou mise dans sa poche avec les stock options par les financiers) réclament en général pour la conduite de leur entreprise des conditions de liberté maximales, aussi bien pour la conduite interne, que pour leur action sur le marché ou leur contribution sociale ou fiscale.

    La propriété et la propriété privée.

     

    Reporterre, le quotidien de l'écologie en ligne.

    Quelques mots sur Maurice Allais: Fervent libéral, économiquement comme politiquement, il s’est férocement élevé contre le néo-conservatisme des années 1980, arguant que le libéralisme ne se confondait pas avec une sortie de “toujours moins d’État, toujours plus d’inégalités” – qui est même finalement la définition de l’anarchisme. On se souviendra de sa dénonciation du “libre-échangiste mondialiste, idéologie aussi funeste qu’erronée” et de la “chienlit mondialiste laissez-fairiste”. Il aimait à se définir comme un “libéral socialiste”

  • Ministère de la bonne bouffe, plus d'actualité que jamais

    Rediffusion d'un billet écrit le 25 Mai 2007, tant il me semble d'actualité et important pour bâtir une politique agro-économique riche en emplois de qualité.

    Mes découvertes des connaissances et pratiques en agriculture durable se sont considérablement étoffées depuis. Voir la liste de liens sur l'agriculture colonne de droite vers le bas. Je voudrais remercier ici un jeune pédologue, Gilles Domenech, d'avoir très fortement participé à l'élargissement de mes connaissances sur ce sujet. Il a écrit un billet remarquable sur le site de Paul Jorion, intitulé "Les défis de l'agriculture du XXIème siècle".

     

    Le 25 Mai 2007 Ministère de la bonne bouffe

    Les changements de périmètres ministériels m'en inspirent un: un ministère de la bonne bouffe qui regrouperait le tourisme, la gastronomie, l'agriculture et l'écologie*. Nous avons tout, la culture, le climat, la position géographique, l'espace, la richesse patrimoniale (Chirac et Bové;-)... La synergie entre ces pôles est tellement évidente pour la France qu'il nous faut le poids de la FNSEA, des lobbies agro-alimentaires, des vendeurs de pesticides et autres produits phytosanitaires, des grainetiers et OGMistes aidés par un certain radicalisme écologique inefficace pour ne pas le voir. A la clé, beaucoup d'emplois (sans doute plusieurs millions), une meilleure santé pour tous (autre richesse inestimable), une fierté légitime d'être français etc. De quoi satisfaire de l'extrême droite à l'extrême gauche, un consensus donc.
    Pour une révolution agricole réaliste, je recommande le modèle André Pochon (agriculture durable et rentable):
    On peut aussi citer Pierre Rabhi pour sa maîtrise du compost, son développement de l'agroécologie et ses actions nord-sud. Claude et Lydia Bourguignon pour leurs connaissances uniques en microbiologie des sols...( remarque du 4/9/2012- à étoffer avec les liens du paragraphe d'introduction. Pochon apparaît maintenant comme en partie dépassé, mais c'était un excellent précurseur, aussi bien dans sa pratique que dans son approche très pragmatique)
    L'écologie pourrait s'accrocher à une dynamique de développement populaire et sortir de ses combats idéologiques stériles. Elle pourrait aussi se réconcilier avec l'agriculture.

    L'agriculture pourrait se rendre très populaire, moins nuisible (pesticides, fongicides, nitrates), moins dépendante des subventions, rentable.

    Le tourisme représente déjà une part très importante de notre économie, plus de 100 milliards d'Euros de rentrées par an dans la balance commerciale (autant que l'aéronautique et l'automobile). Le niveau de pollution général ne pourra plus très longtemps être caché. Par exemple, il est de plus en plus souvent fait mention des poissons du Rhône qui ne sont plus comestibles, et pour longtemps du fait de la pollution stockée dans la vase, en particulier des PCB. Nous sommes donc en train de faire pourrir une des branches sur lesquelles nous sommes assis. Pourquoi le tourisme est-il un parent pauvre de notre économie? Pourquoi ne réussit-il pas une jonction synergique avec la gastronomie, l'agriculture et l'écologie?

     

    *J'ai bien dit Ecologie et non produits bio. Cette nuance est très importante parce que bio signifie que le produit a été cultivé selon les normes bio et qu'il est donc supposé sain pour celui qui le consomme, mais en aucun cas cela ne signifie qu'il soit écologique. Par exemple, il faut environ 1litre de fioul par mètre carré pour assainir un sol avec de la vapeur d'eau (10TEP/ha!!!!!). C'est bio mais pas du tout écologique. Bien heureusement, ce mode de d'assainissement, qui s'apparente à une éradication aveugle, n'est pas la pratique la plus courante, ne serait-ce que pour des raisons économiques. Autre exemple, on peut pratiquer le labour qui participe fortement à l'érosion des sols et faire du bio qui ne respecte donc pas un principe écologique et économique primordial de conservation des sols. Sans compter que le labour détruit une partie de la vie du sol, le déstructure, empêche l'eau et les racines de pénétrer profondément, se prive de l'énergie du soleil une partie de l'année pour faire de la biomasse et de l'autoamendement....Les principes de l'agriculture durable (ne pas confondre avec agriculture raisonnée qui n'a pas de cahier des charges et qui ne vous garantit donc rien) prennent nettement mieux en compte les contraintes écologiques en donnant des produits quasi-bio, mais sans la rigidité idéologique associée au bio, et avec une stratégie qui prend bien mieux en compte l'ensemble des contraintes.

     

    Un article de démontage des arguments pro-OGM sur Démocratie et Entreprise.

    Une discussion avec Alain Godard.

    Le rapport complet de Navdanya.

    Solution locale contre désordre global.

  • 2010, cap Ecologie?

    2010 sera-t'elle marquée par un changement de cap? C'est le souhait que je formule, mais pour changer de cap, il faut avoir une idée d'où on veut aller. Les contraintes ne suffisent pas à définir un projet, mais elles le délimitent. Les contraintes écologiques (changements climatique, pollutions, eau, vent), la raréfaction des ressources minières (tous les métaux) et la poursuite de l'expansion démographique  vont peser de plus en plus lourd dans les choix. Il n'en demeure pas moins que nous avons besoin de rêver. Nous avons besoin de rêver que les rapports de domination seront abolis ou du moins qu'ils pourront être confinés à la stricte nécessité fonctionnelle. Nous avons besoin de rêver à un avenir meilleur, ou au moins à un avenir. Nous avons besoin de rêver que nous sommes plus qu'une simple mécanique sophistiquée.

    L'écologie peut à la fois se décliner et faire sens sur tous les plans. Elle peut se décliner sur le plan pratique au moyen de pratiques durables. Elle peut se décliner sur le plan idéologique, nous éloignant ainsi des notions simplistes du profit. Elle peut se décilner sur le plan spirituel, nous rapprochant de notre berceau naturel. Elle incarne par essence des notions de partage et de solidarité.

    Il est pourtant possible que l'écologie soit le support de rapports de dominations féroces. On peut imaginer un développement de l'autorité, faute de temps, afin de faire face aux défis qui nous attendent. On peut imaginer un mariage des valeurs capitalistes usuelles et de la production écologique. On peut imaginer des dictatures vertes, avec une empreinte écologique moyenne par habitant compatible avec la biocapacité, comportant une classe dominante tyranique et le reste de la population réduite à la misère. L'écologie n'est pas un gage de démocratie et de liberté, Luc Ferry avait même prédit que l'écologie politique était contraire à la démocratie (Le nouvel ordre écologique). Bien que je ne partage pas sa thèse parce que l'écologie politique peut être mise en débat démocratique, comme tout choix politique (c'est à dire comme tout choix collectif), il n'endemeure pas moins que les options autoritaires sont possibles et d'autant plus probables que nous laissons les contraintes s'amplifier.

    Si nous voulons garder un peu de place au choix et à la démocratie, mon voeu pour 2010 et les suivantes est que l'écologie s'épanouisse dans la douceur et l'intelligence avant qu'elle ne le fasse dans la douleur et la brutalité.