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  • L'équité, équilibre du jenous plutôt que l'onanisme social.

    Selon Georges Dumézil, le monde Indo-Européen dont nous sommes issus est organisé autour de 3 pôles ou plutôt 3 fonctionnalités. Cette grille me semble toujours pertinente, quand bien même elle a perdu de sa limpidité à cause de l'effondrement religieux, du développement des médias et du pouvoir que procure la richesse:

    1. Le pôle de l'ordre, (sacré, religion et souveraineté, finalité, politique) c'est à dire le pôle qui contient le sens de la société. En général, pour ne pas dire toujours, ce pôle prend appui sur une mystique, un système divin extra-humain, ce qui lui confère une grande force. Un ordre suppose que la société qu'il ordonne soit composée d'une majorité de croyants dans cet ordre, l'ordre s'édifie et s'enracine dans la foi. Toutefois, un ordre peut perdurer bien après que la foi ait disparu, car il agit comme le ciment d'un édifice commun. Le remettre en question génère une peur. L'individu a peur d'être exclu du groupe. La peur de l'exclusion du groupe est le ciment de la décadence d'un ordre qui a vécu, jusqu'à ce qu'un nouvel ordre puisse à nouveau abriter et fédérer le sens commun.  Après la religion,  le pôle de l'ordre du monde occidental me semble être "le progrès" abrité derrière l'alibi de la raison (la raison est un alibi parce que cet ordre là est foncièrement de nature religieuse). C'est ce que tout le monde pratique au quotidien. Nous sommes curieux des nouveautés, nous avons (avions) foi dans l'amélioration de notre condition. Une concurrence est en train de naître entre le progrès et l'écologie pour occuper la place centrale de l'ordre. Le progrès et l'écologie ne sont pas opposés par nature, quand bien même le visage du progrès s'est jusqu'ici assez peu soucié d'écologie. Certains progressistes acharnés (C. Allègre, J. Attali par exemple) ne supportent pas la moindre remise en question du progrès comme l'atteste leur position résolue contre tout principe de précaution. Certains adeptes de la décroissance sont contre le progrès et se positionnent parfois en prêtres verts. D'autres (dont je fais partie, cf Bernard PERRET dans "Le capitalisme est-il durable") souhaitent redonner sens au progrès, le restaurer en tentant de l'orienter vers des pratiques équitables et respectueuses de l'environnement. Qui l'emportera? Le caractère fondamentalement religieux de l'homme donne toute sa chance à la prise de pouvoir des prêtres verts qui n'attendent qu'une crise écologique majeure pour lever les forces populaires favorables à une reprise en main autoritaire sur lesquelles ils pourront s'appuyer. Les pôles autoritaires existent en France, bien qu'ils n'aient que très rarement dominé la situation politique. La démocratie peut aussi réussir à se combiner avec l'écologie et même y trouver quelques synergies (JP Fitoussi avec sa "Nouvelle écologie politique", nouvelle pour lui qui a plutôt été jusqu'ici un adepte de la croissance). C'est que l'écologie renvoie très fortement au "nous" et qu'elle a le potentiel de rééquilibrer le "je" qui tourne en rond. Le grand Manitou aurait-il fécondé la société occidentale du progrès dans sa marche vers l'ouest? Le marché et la démocratie ne me semblent pas être aussi fondamentaux que le progrès pour définir l'ordre auquel nous croyons aujourd'hui. Le libre échange s'oppose sans doute même à la démocratie à cause de ses effets inégalitaires puissants; il s'oppose aussi en partie au progrès dans la mesure où les classes défavorisées se demandent alors pour qui elles poussent à la roue du progrès, ce qui signifie que, dans ces conditions d'inégalités ou une part de la population voit sa condition s'améliorer au DETRIMENT de l'autre, leur adhésion au progrès est mise en cause. L'individu, bien que fortement associé au progrès, me semble être une impasse narcissique (onaniste?), je suis donc en désaccord avec l'humanisme narcissique défendu par Luc Ferry dans "L'homme Dieu". Selon moi, si on veut poursuivre l'expérience française imprégnée d'une combinaison de liberté et d'égalité, je crois qu'il faut rechercher un équilibre entre le je et le nous, sans sacrifier aucun des deux, développer les deux en synergie, rechercher l'équilibre du Jenous en accord avec l'homo democraticus, cela peut s'appeler l'équité ("être soi et être avec les autres" selon la formule de Jacques Généreux). Dans cette optique, une mesure alternative au PIB qui prenne en compte les aspects écologiques et l'équité sociale me semble souhaitable.
    2. Le pôle de la force au service du pôle de l'ordre. Traditionnellement, il s'agit de l'armée et de la police, aujourd'hui fortement concurrencées par l'argent. Il n'est pas choquant que les prètres bénissent les canons dans cette vision globale de l'organisation des sociétés. L'activité économique, traditionnellement dans le pôle de la fécondité, joue aussi un rôle expansioniste de l'ordre moderniste que certains disent néocolonialiste (ce qu'il fait qu'ils passent à côté de l'essence et de la capacité de séduction du progrès, en particulier auprès des jeunes). On parle de capitaines d'industrie, de guerre économique etc... La puissance que confère l'argent trouble les fonctionnalités dans la mesure où elle apporte une forte autonomie sans toutefois se déclarer à visage découvert en tant que pôle de l'ordre, mais sans croissance, sans croyance dans le progrès, pas de profit et pas de puissance financière. La richesse, qui a sa place dans la troisième fonctionnalité, tente de gravir les échelons et d'atteindre le pôle suprême de l'ordre. Y a t'il erreur d'aiguillage? Une force "faible" concourt au maintien de l'ordre, il s'agit de l'autocontrôle social, le contrôle que chaque individu opère plus ou moins à son insu sur son entourage, ce qu'il considère comme normal, l'habitus en action.
    3. Le pôle de la fécondité, des nourritures et des biens. C'est toute la base de la production des richesses, qu'elles soient économiques, sociales, éducatives, reproductives. C'est ce domaine qui est essentiellement visé par les réflexions de ce blog, avec une proposition d'organisation en trois sous-structures principales: un domaine affectif, un domaine productif et un domaine social. Ces trois sous-structures existent déjà, mais elles ne me semblent pas assez clairement définies et développées pour prendre en compte l'évolution individualiste où le chemin de la liberté nous a conduit, les formidables gains de productivité qui devraient réduire le temps productif et alimenter le temps social, prendre en compte l'accès massif au domaine productif des femmes et le vieillissement de la population.

    La politique qui cherche son autonomie en défendant la séparation de Dieu et de César est aussi aliénée que le reste de la population au mythe du progrès. On peut voir cette tentative d'autonomisation comme une barrière mise entre l'ordre religieux ancien et l'ordre moderniste nouveau. La justice qui se situe entre le pôle de l'ordre et les forces de l'ordre joue le rôle de l'assurance qualité plus que comme un élément de structure propre (biblio sur la position et les analyses de Dumézil à consolider sur ce point), alors qu'il est un des éléments centraux pour différencier l'état de droit de l'empire, ainsi que le travail de Blandine Kriegel nous le révèle brillamment.

     

     

    La partie qui suit est en chantier. Merci de vos réactions.

    Le pôle du sens qui transcende la société et que j'ai identifié au progrès ne se confond plus avec un besoin spirituel ou mystique qui habite chacun de nous avec plus ou moins d'intensité. Si la religion a occupé un rôle de pôle de l'ordre complet, total, incarnant à la fois la finalité sociale et nourissant les préoccupations spirituelles, le progrès ne lui arrive pas à la cheville car il ne remplit que le rôle de plus petit dénominateur commun social orientant nos activité. Les croyants en progrès sont rarement aussi illuminés que des croyants religieux peuvent l'être (à de rares exceptions près). C'est que le progrès s'appuie sur la raison qui tempère sa puissance idéologique et il ne peut prétendre dépasser une certaine intensité de foi, il ne peut répondre au mystère de la mort et de la vie. La principale puissance du progrès réside dans un fort pouvoir de séduction et dans une idéologie de la liberté. Il ne remplit pourtant pas le besoin mystique fondamental qui nous anime, le besoin de se sentir autre chose qu'une simple mécanique, qu'un simple objet. Le sentiment océanique, auquel Freud n'entendait rien, qui nous relie (relier=religion), est relié à chacune de nos âme (je suis agnostique mais je ressens parfaitement ce sentiment océanique qui unit l'humanité et le monde dans lequel nous baignons, ce sentiment océanique nous prédispose à accueillir la nouvelle idéologie dominante qui sera fortement teintée d'écologie). La chronique de Catherine Clément intitulée "Qui sont nos propriétaires" et que je vous livre en entier ci-dessous parle de Dieu (des dieux) et illustre  de façon originale l'universalité de la préoccupation mystique qui nous anime.

     

    Qui sont nos propriétaires ? par Catherine Clément 29/10/2008 sur les matins de FC

    L'autre jour, j'écoutais Tobie Nathan parler en public des mondes nouveaux construits par les Africains en exil. Ethno-psychologue, Tobie Nathan a fondé à l'Université de Saint-Denis une consultation pour soigner en région parisienne les migrants qui n'ont plus de repères. En assistant à cette consultation, j'ai compris que le trouble a toujours la même cause: un rite négligé, quelquefois oublié, quelquefois méprisé, un rite appris dès l'enfance dans le pays d'où l'on était venu. Mon ami Tobie a une façon très particulière de parler des souffrances engendrées par le rite oublié : il dit que les propriétaires rappellent leur existence et viennent toucher le loyer.

    Propriétaires de quoi ? De vous, de moi et d'eux, les migrants. Qui sont-ils ? Les propriétaires sont les dieux des humains - prudemment, Tobie ne parle pas des dieux, il dit "les Etres". Les Etres ! Entendez-les avec une majuscule; c'est ainsi qu'on comprend que ce sont bel et bien des dieux. Pour une athée comme moi, c'est étrange, mais il est vrai qu'on est rarement athée à la naissance : l'athéisme est plutôt une position construite dans l'âge adulte. Prenons un exemple. Une jeune marocaine, très diplômée, indifférente à la religion, très bien insérée, pourvue d'un travail, vêtue d'un tailleur et bien sûr, cheveux libres, est la proie de malaises inexpliqués. Examens négatifs, même les plus sophistiqués. Elle retourne au Maroc. Puis un soir, elle tombe et s'affaisse, en transe. C'est là que tout se joue. Si l'on dit "en crise " et qu'on pense hystérie, on se trompe de monde. L'hystérie est un vieux symptôme européen, plutôt "vintage", d'ailleurs; un très très vieux symptôme. Mais si on dit "en transe", on a une solution. La transe signale qu'un djinn s'est emparé du corps. La mère de la jeune femme a fait le nécessaire et elle a consulté une thérapeute traditionnelle pour accomplir le rite négligé. Rapidement résumé : des versets du Coran écrits sur du papier, plongés dans l'eau : les écritures sacrées une fois bien dissoutes, la patiente avale l'eau. Elle ingère le sacré. Elle se réintègre, elle guérit. Le djinn est satisfait : car le propriétaire, c'est lui. Il n'en demande pas plus. La jeune femme ne change pas de mode de vie. Simplement, elle s'est reliée au territoire dans lequel elle a été élevée.

    Jusque là, tout va bien. Chacun peut retrouver son rite. Mais Tobie Nathan a pris un autre exemple, terrible. C'est un jeune congolais de 17 ans, ancien enfant-soldat. A 7 ans, il a été razzié par des milices armées pour ce genre de guerre civile qui dévaste l'Afrique d'aujourd'hui. Pour lui faire perdre la mémoire de sa petite enfance, tout est bon, y compris l'obliger à tuer ses parents. Table rase et terreur. On lui donne une petite mitraillette, l'enfant devient soldat, il tue énormément. Un jour, cela s'arrête et le voilà en France. Que faire avec lui ? Il n'a pas de mémoire, pas d'éducation, il sait tuer, il est en proie à des crises violentes et les services sociaux ne savent pas comment faire. Une thérapie par la parole ? Ca ne marche pas. Aucune thérapie ne marche; cela se comprend. Un jour, il trouve une solution. Où ? Dans une église évangélique. Les crises dont il est la proie deviennent des transes avec illuminations; il s'apaise. Il a trouvé un nouveau propriétaire, qui n'est plus tout à fait le Jésus du catholicisme, ni du protestantisme, mais un Christ nouveau, un nouvel Etre. Désormais, l'ancien enfant soldat lui paiera son loyer en suivant le culte de l'église évangélique, dont on sait qu'elle progresse à une vitesse éclair un peu partout dans le monde, en Amérique latine et maintenant, en France, dans les banlieues.

    Il y aurait donc maintenant de nouveaux Etres apparaissant à la faveur des guerres qui, elles aussi, prennent de nouvelles formes, car les enfants-soldats sont d'invention récente. Est-ce ainsi qu'il faut comprendre la progression fulgurante des églises évangéliques ? Je crois que oui. En leur donnant un propriétaire, ces églises sont apparemment capables d'intégrer des humains complètement égarés, des enfants meurtriers qu'on a volontairement privés de parents, d'enfance, de passé et d'appartenance. Choquant ? Moins que de laisser ces humains dans l'état criminel où on les a plongés.

     

     

  • Le contrat de travail mixte productif/social comme fondement d'un état providence participatif ou de mutualisation du travail social.

    Voilà concrètement ce que je souhaite :
    Je souhaite pouvoir travailler ½ à 1 journée par semaine (durée à ajuster à l’issue d’un débat) dans le domaine de la dépendance (personnes âgées, handicapés, enfants) ou dans le domaine socio-culturel (associations diverses, accompagnement des toxicomanes, parrainnage de délinquants, aide à la réinsertion de prisonniers...) alors que mon contrat de travail de référence est passé avec une entreprise productive (y compris administration, ou que je sois au chômage). Je souhaite que ce temps soit pris sur mon temps de travail productif et qu’il soit reconnu par une rémunération (monnaie complémentaire (fondante) dédiée?  Chèque Universel Emploi Service*?) ou une indemnité. Je souhaite enfin pouvoir bénéficier de temps de formation pris en charge par la collectivité (l'état providence investisseur dans le domaine social. Le paiement de ce travail en monnaie complémentaire peut se concevoir) pour assurer correctement ce second travail. C'est le souhait que chacun puisse pratiquer un travail productif (privé ou public) et un travail social (privé ou public) comme norme. Symétriquement, tout ce qui est en notre pouvoir doit être fait pour aménager une place à chacun, pour que chacun puisse contribuer à la marche de la société. Par exemple, développer l'incitation à embaucher des handicapés, des anciens prisonniers, des étrangers et tous ceux qui sont exclus du domaine productif parce que décrêtés inemployables.

    Dans l'état providence participatif, l'individu ordinaire distribue son temps entre 3 domaines principaux, un domaine affectif, un domaine productif et un domaine social J'ai tenté de définir les dominantes de ces trois domaines en termes d'entités et de caractéristiques. Aujourd'hui, les domaines affectifs (stabilisé par les fonctions de reproduction et d'élevage des enfants) et productifs (stabilisé par son efficacité à produire biens et services standardisables, sans doute à réorienter urgemment afin de vraiment devenir durable, de se désintoxiquer du mythe de la croissance quantitative -cf par exemple le livre de Jean Gadrey 2010 "Adieu à la croissance" et enfin d'adopter une organisation un peu plus démocratique, par exemple qu'il adopte les principes d'organisation sociocrates) sont bien développés, mais le domaine social n'a pas encore trouvé sa place (Ainsi que le fait remarquer Roger Sue par exemple) ni tous les outils adéquats (il y a tout de même le statut associatif loi 1901 et les SCIC, société coopérative d'intérêt collectif) dans une société de l'individu (c'est le coeur de l'état providence Participatif). Dans chaque domaine, les principes de division de l'activité peuvent s'appliquer (appelée division du travail pour le domaine productif), mais le domaine social n'est plus compris ni comme relevant exclusivement de l'état (Etat providence actuel), ni comme un sous-domaine de l'activité productive (c'est la tendance en cours), ni comme un sous-domaine de l'activité affective** (c'était la réalité d'hier).

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    Il est aussi possibe de décliner l'organisation de ce travail social autrement qu'hebdomadairement. Une gestion quotidienne peut être mieux adaptée. On peut aussi imaginer grouper ces 10 à 20% de temps actif social mensuellement, annuellement, voire une année sur dix.

    Le choix serait donné à chacun soit de participer directement au travail social, soit de cotiser comme nous le faisons aujourd'hui (combinaison participation directe-cotisation ajustable pour ne pas s'enfermer dans une logique binaire). L'idée est qu'il devienne plus intéressant de prendre part au travail social. Les moins favorisés du domaine productif seraient relativement avantagés à une participation au domaine social, à la fois sur le plan des ressources et sur le plan du statut. C'est tant mieux si on se place du côté du besoin de main d'oeuvre social et si on se place du côté de l'équité. Un décalage massif de mentalité est recherché et attendu, pour un peu moins de tyrannie des biens et un peu plus d'humanité. Comme je le propose par ailleurs, dans le cas où les prélèvements obligatoires se déplaceraient  du travail productif vers un prélèvement indirect sur la consommation et sur un prélèvement direct sur le revenu, c'est sur ce prélèvement direct que la cotisation sociale serait appliquée pour ceux qui choisissent de ne pas participer directement au travail du domaine social. Selon la nouvelle terminologie du parti socialiste (mai 2010), la proposition qui est développée ici s'inscrit dans le cadre d'une société de "soin mutuel".

    La principale résistance à ce changement d'organisation viendrait très probablement de tous ceux qui sont aujourd'hui engagés professionnellement dans un travail social. Il faudrait leur réserver un rôle très important de formation et d'encadrement de toute cette nouvelle main d'oeuvre peu formée au travail social. Des structures mixtes professionnels/volontaires me semblent pouvoir répondre au problème en douceur. Les structures d'accueil de ce travail pourraient prendre la forme de coopératives municipales sociales ou structures privées, SCIC...

    En y regardant d'un peu plus près, une telle proposition serait à même de réduire sensiblement le chômage. Les "actifs" dépenseraient un peu de leur temps dans le domaine social, ce qui créerait une aspiration des chômeurs dans le domaine productif, sans créer de catégorisation du type "les bons dans le domaine productif/les moins bons dans le domaine social". Un autre but recherché est de découpler l'activité sociale des turbulences de la globalisation, afin que la façon dont on s'occupe de grand mère soit le moins possible connectée au CAC 40. Il serait même souhaitable de favoriser encore plus l'emploi de personnes handicapées dans l'entreprise, c'est tout à fait cohérent avec l'idée directrice de faire une place à chacun.

    Les trois pôles de la production de richesses que je propose sont liés mais ils ont aussi leur propre autonomie. Dans un premier temps, j'ai pris acte de la forte domination productive sur l'activité, mais le pôle social serait amené à exprimer de plus en plus sa propre dynamique en tant qu'outil de distribution d'accès à l'activité, en tant que support de l'existence sociale. Au fond ce qui m'importe, c'est que les règles sociales  en cours permettent au plus grand nombre, et pourquoi pas à tous, de trouver une place. Si le progrès me semble encore avoir du jus, le productivisme me semble devoir réduire les gaz, sa légitimité perd du terrain tous les jours au gré de la consommation de la planète et des personnes.

    *Le chèque emploi service universel (CESU) devrait fortement aider au développement de l'activité "de service à la personne". Il ne s'inscrit pourtant pas dans une démarche d'état providence participatif mais oriente cette activité de façon productiviste fortement subventionnée. En définitive il "nous" maintient dans notre culture de client vis à vis du domaine social et reste donc dans le cadre d'un état providence du client-roi. Ensuite, le succès du CESU serait aussi sa perte par manque de solvabilité s'il venait à se généraliser. D'autre part il n'évitera pas la confusion des genres activité productive/activité sociale, ni une catégorisation des actifs (tout à fait comme elle existe entre actifs du privé et actifs fonctionnaires à cause des fortes différences de statuts). Enfin, le nouvel Eldorado de l'emploi que devait être celui du service à la personne se révèle être un générateur de travailleurs pauvres très inégalitaire (voir "La France des travailleurs pauvres" de Denis Clerc-2008). L'observatoire des inégalités montre que ce système profite aux plus aisés.

    **Ces trois domaines font partie d'un seul dans le schéma de trifonctionnalité du monde Indo-Européen proposé par Georges Dumézil, le domaine de la fécondité et des nourritures. Les 3 domaines de Dumézil sont: 1)un ordre -appuyé ou non sur une mystique; 2)La force guerrière capable de défendre le 1) et 3)la fécondité et les nourritures, les biens. Toutefois, ce domaine de production des richesses présuppose un équilibre entre affectivité, productivité et socialité et non pas une hégémonie du seul pôle productif. Il suppose un équilibre entre le je et le nous, une équité au-dessus des autres valeurs.

    MAJ du 16/09/2013 La suppression de l'ANSP démontre que l'activité du domaine social nécessite un étayage institutionnel qui n'est pas celui du domaine productif.

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